Le walk-out n’est, lui-même, plus l’apanage d’une opposition bruyante à tous les étages… même le Premier ministre, mécontent des propos de Veda Baloomoody sur les pirates qui seront jugés et détenus à Maurice, a brusquement quitté la chambre. Et le knock-out, le k.o., certains ministres l’ont vécu, acculés qu’ils étaient par les coups de boutoir de l’opposition et parfois même du gouvernement, au point de rester complètement démunis et muets devant de trop pressantes et intenables sollicitations.
Il y  eu le triple O à la dernière séance de l’année. Le black-out qui a provoqué interruption et reprise de séance, un alimé-teigne qui a été de courte durée, les générateurs de l’Assemblée Nationale ayant été mis en route pour pallier le manque d’électricité. Le black-out, c’est aussi une manière de ne pas révéler des détails qui gênent. Et ils sont quelques uns à s’en prévaloir pour ne pas s’exposer au courroux général. Il y a aussi ceux qui, pour échapper à la presse de l’opposition, promettent de déposer des documents mais ne le font jamais.
Il en est ainsi de quelques organismes qui, sous prétexte qu’ils sont enregistrés sous le Companies Act mais créés avec des fonds publics, échappent totalement au devoir de transparance. Il y a aussi quelques contrats célèbres et coûteux comme celui qui lie l’État à Jin Fei, projet chinois à Riche Terre, qui a déjà englouti près de Rs 700 millions de l’argent des contribuables et provoqué le déplacement d’une centaine de familles de petits planteurs ou des accords secrets passés avec des compagnies comme Mangalore ou Betamax.
Et c’est précisément sur une sorte de black-out que les travaux parlementaires avaient démarré le 22 mars 2011, au milieu d’une intense campagne du MMM sur le thème du « scandale du siècle », celui de Medpoint, avec révélations de taille, semaine après semaine, amplifiées par meeting, affiches et tracts.
C’est ainsi que c’est un PM extrêmement minimaliste qui a répondu à la PNQ tant attendue de Paul Bérenger sur MedPoint. Rien à dire, a-t-il soutenu, parce que l’ICAC avait déjà initié une enquête sur toute cette affaire. Malgré les astuces du leader de l’opposition et de certains de ses collègues, à l’instar du whip Rajesh Bhagwan, pour introduire certains détails croustillants de ce scandale, rien à faire, Navin Ramgoolam avait décidé de se murer dans le silence et de répéter qu’il ne pouvait rien dire pour ne pas gêner les investigations de l’ICAC.
Recomposition à la rentrée
Mais c’est cette affaire qui va provoquer une recomposition des rapports de force au Parlement. Lorsque la pemière tranche des travaux est interrompue le 19 juillet, tout indiquait que le gouvernement de l’alliance de l’avenir ne tenait qu’à un fil. Or, exactement une semaine après, c’était la démission de tous les ministres du MSM dans une geste de « solidarité » avec leur collègue de la Santé, Maya Hanoomanjee, interpellée dans l’affaire MedPoint et contrainte de libérer son fauteuil.
A la reprise des travaux le 18 octobre et au prix de maintes tractations et d’operations séduction, Navin Ramgoolam a pu améliorer sa faible majorité numérique de 35-34 à 37-32 en débauchant deux élus MSM, Jim Seetaram et Mireille Martin, en leur octroyant à chacun l’alléchant boute que constitue un ministère.
Si le nouveau ministre des PME a fait le grand saut dès la cassure, question de ne pas perdre de temps et de ne pas rater l’occasion, la famille étant là pour faciliter la conversion, non pas de terres, mais d’allégeance, la situation de la nouvelle ministre de l’Égalité du Genre aura été bien plus burlesque, pour ne pas dire pathétique.
Mireille Martin n’avait pas fait de mystère des pressions qu’elle subissait et des offres qu’on pouvait penser indécentes qui lui étaient faites au point où elle avait pubiquement menacé de porter plainte à la police pour « harcèlement » de la part des rouges. Quelques heures plus tard, elle faisait le grand saut. Pas étonnant que les deux ministres « transfuges » ont été systématiquement pris en grippe par l’opposition, ni le MMM ni le MSM ne leur accordant le moindre répit.
De walk-out, il n’y en a, certes, pas eu beaucoup, la méthode étant quelque peu démodée mais quelques uns auront été très remarqués. Il y a des initiatives individuelles de ces députés qui, mécontents de l’attitude de la présidence ou s’estimant victimes d’injustice, ont préféré quitter bruyamment l’hémicycle. Pour revenir ensuite.
Rien que pour la dernière séance, deux walk-out ont été enregistrés après celui effectué la semaine précédente au moment où Hervé Aimée résumait les débats sur le Local Governement Bill. Il y avait eu un Question Time bien animé, il est vrai, ce mardi, mais l’ambiance n’était pas vraiment à la surchauffe et tout allait bien, même durant les débats sur les deux textes pilotés par le ministre des Finances qui donnent du concret à ses annonces budgétaires.
Ce fut sur le Piracy and Maritime Violence Bill, initialement inscrit au nom du ministre Anil Baichoo mais qui a été récupéré par le PM lui-même après les objections du leader de l’opposition quant à la portée du texte que le double walk-out s’est produit dans la soirée de mardi.
C’est Veda Baloomoody qui est à la tribune. Il s’est procuré une copie de l’accord qui lie Maurice à l’Union Européenne sur les conditions d’interpellation, d’audition et de condamnation des pirates, en demandant à la bibliothèque de télécharger le texte, et s’en sert pour démontrer que, contrairement aux détenus mauriciens, les pirates étrangers auront droit à un traitement VIP, ce qui fair sortir Navin Ramgoolam de ses gonds. Il proteste avec force gestes avant de s’en aller, alors même que c’est lui qui avait présenté le texte et qu’il a, par tradition, un devoir d’écouter pour pouvoir répondre évenuellement en résumé des débats.
Le membre du front bench du MMM souligne alors « It is an important issue… they have not seen the agreement and when we bring the agreement to their face, he runs away. Shame on him! Shame! Et aux deux factions de l’opposition de lui emboîter le pas et de quiter l’hémicycle eux aussi. Il est 11h23. Lorsqu’il répondra plus tard, Navin Ramgoolam aura laissé passer son courroux pour rejeter le postulat selon lequel il y aurait un traitement VIP prévu pour les pirates.
Abandon de partie
Quant aux knock-out, il y a les habitués et il y a ceux qui ont du mal à affronter les Private Notice Questions ou de simples questions parce qu’ils ne maîtrisent pas leurs dossiers ou qu’il sont complètement démunis s’ils ne sont pas servis en « petits papiers » ou « petites notes » de leur personnel. Des situations tellement délicates que certains auraient voulu se prévaloir de leur licence de skipper pour se retrouver loin, très loin, de l’hémicycle.
Comme dans les matchs de boxe, il y a aussi ceux qui abandonnent la partie ou qui, malgré eux, perdent la face. Et dans de tels cas, il y a ceux qui font amende honorable, comme ce fut le cas notable du Speaker qui – après un rejet inopiné d’un argument du leader de l’opposition quant à la nécessité de venir de l’avant avec une motion formelle pour le retrait d’un projet de loi déjà présenté en première lecture – a candidement accepté d’avoir créé une « confusion ». Et de motions, il y en a éventuellement eus dans le respect de l’esprit et de la lettre des Standing Orders.
Perdre la face. C’est ce qui est arrivé au PM dans cette fameuse affaire Medpoint qui, définitivement, empoisonne la vie du gouvernement. Lors de l’examen en comité des dotations du budget supplémentaire de 2010, il y eut une motion de Pravind Jugnauth pour supprimer la dotation de Rs 144 millions mais le PM, plutôt décidé, avait annoncé que le gouvernement ne pouvait rien puisque l’argent était « gone abroad » dans les jours qui avaient suivi la conclusion de la transaction le 22 décembre 2010.
Or, une semaine plus tard, répondant à une PNQ, Xavier Duval a dû reconnaître que la majeure partie des Rs 144 millions, soit Rs 120 millions, était toujours dans un compte à Maurice, et le lendemain, on apprenait aussi que l’ICAC avait initié une démarche en justice qui avait abouti au gel de ce compte bancaire.
On peut être vieux routier et se tromper. Cela arrive à tout le monde, au Speaker, au PM et au leader de l’opposition qui, dans la sur-dramatisation des provisions du Local Governement Bill, avait insisté sur l’illégalité de certaines de ces clauses, sur le nouveau redécoupage, en oubliant le fait que c’est un nouveau texte qui était voté, lequel annulait les provisions antérieures qui octroyaient certaines prérogatives au président de la République. Qui, pour bien montrer qu’il se trouve du côté de la légalité, donne son assentiment au texte cette semaine.
 
La reprise fixée au 20 mars 2012
C’est à 1h49  mercredi dernier que les travaux de l’Assemblée Nationale ont été ajournés au 20 mars 2012. Un ajournement qui avait été précédé des traditionnels voeux du PM et du Speaker et en l’absence de l’opposition, qui s’était retirée pour protester contre l’atitude du PM au moment de l’intervention de Veda Baloomoody.
Dans son allocution, Navin Ramgoolam a procédé à un bilan des travaux de 2011  avant de saluer le travail de Kailash Purryag en ces termes: « We would like to express our deep appreciation to you for your characteristic sense of fairness and impartiality in presiding over the deliberations of the House, and your spontaneous guidance whenever the need arose. »  Pradeep Roopun a lui eu droit à la reconnaissance du PM qui a déclaré: « We wish to thank the Deputy Speaker for his contribution in presiding over the deliberations whenever he was called upon. »
Le régime imposé par l’opposition lors de l’examen en comité du budget 2010 a aussi été mis en exergue par le chef du gvouvernement: « We have spent many long hours answering many detailed questions during the Committee of Supply of the Budget before its adoption », a souligné Navin Ramgoolam, avant d’adresser ses voeux à tous, le Speaker, le président de la République et même l’opposition, pourtant absente, une démarche à laquelle s’est associée Kailash Purryag.
L’Assemblée Nationale en 2011, c’est 36 séances, 41 projets de loi dont les plus importants ont été le premier budget de Xavier Duval, cet amendement à la constitution pour faire plus de place aux femmes dans les collectivités locales, la nouvelle loi sur les administrations régionales qui a eu pour effet une nouveau renvoi des échéances, l’amendement au Equal Opprtunity Act qui a créé une commission spécifique pour considérer les plaintes logées sous cette loi et ceux apportés au Bail Act pour introduire, entre autres, le bracelet électronique.
Il y a aussi eu 26 PNQ sur de nombreux scandales, MedPoint, Neotown, Infinity, STC et la réintégration de Rehana Abdool Gaffoor, pour ne citer que les plus marquants, et 425 questions des députés. Il faut aussi souligner que les députés de l’opposition ont aussi bien utilisé l’item ajournement pour évoquer de très nombreux problèmes, qu’ils soient de nature nationale ou, plus près, des régions qu’ils représentent.
2011 aura été, en tous cas, un bon cru dans la mesure où l’opposition, en grande partie, renouvelée depuis l’année dernière, a pleinement joué son rôle et que le gouvernement rétréci a, sous l’impulsion de son chef, souvent joué la carte de l’apaisement plutôt que celle de l’affrontement. Rendez-vous le 20 mars.