C’est fait : le remake de l’alliance MSM/MMM de 2000 est bel est bien conclu. Réunie hier après-midi au Centre municipal de Belle-Rose, l’assemblée des délégués du MMM a en effet voté, à la quasi-unanimité, pour ce remake. Et ce, après deux heures de délibérations marquées, notamment, par l’intervention des membres de la direction du parti, dont son leader, Paul Bérenger. Quelque 1 000 délégués étaient appelés à trancher au moment du vote. Une dizaine d’entre eux seulement devaient voter contre, alors qu’une demi-douzaine d’autres s’abstenaient. La prochaine étape contemplée par les deux partis de l’opposition est dorénavant le rassemblement du 1er-Mai devant la mairie de Port-Louis.
Dans son intervention juste avant que les militants présents ne soient invités à solliciter les éclaircissements nécessaires, Paul Bérenger, le leader des mauves devait, une nouvelle fois, dire sa conviction que dans une lutte à trois, le MMM l’aurait emporté « haut la main » mais que la proposition de remake de 2000 se justifie par « l’urgence » de provoquer au plus vite des élections générales « dans le respect de la Constitution et des lois du pays ». Ce qui, dit-il, est « parfaitement légitime ».
Démocratie : « Aucune leçon à prendre du Ptr »
Il a, à ce propos, vigoureusement dénoncé l’accusation du Premier ministre et leader du Ptr à l’effet qu’en se faisant, l’Opposition voudrait faire « un coup d’État ». Pour lui, le Ptr n’a aucune leçon à faire au MMM en la matière. Il devait ainsi rappeler, plus particulièrement à l’adresse des jeunes militants, comment en 1969, le Ptr avait fait amender la Constitution pour faire que les élections générales organisées en 1967 aient lieu, techniquement, en 1972. « C’est cela que l’on appelle un coup d’État légal », s’est-il exclamé.
Rappel aussi comment, même s’il avait remporté les élections générales de 1976 avec 30 députés, contre 28 au Ptr et huit au PMSD, le MMM n’a pas appelé à la révolte de ses partisans et s’est conformé à la Constitution en permettant au Ptr de joindre ses forces au PMSD pour former le gouvernement. Il a également rappelé comment, après les premiers 60/0 de 1982, le MMM avait amendé la Constitution pour permettre la tenue obligatoire des législatives au moins une fois tous les cinq ans, tout en rétablissant la tenue des élections partielles. « Et ceux-là osent parler de coup d’État », s’est-il indigné.
Pas question non plus, selon le leader du MMM, de « soudoyer » qui que ce soit dans cette démarche de provoquer des élections anticipées. Pour lui, c’est du « devoir de tout patriote » de se dissocier du gouvernement Ptr/PMSD « qui n’a plus de légitimité ». Passant ensuite aux détails du remake de 2000, Paul Bérenger a, d’abord, laissé comprendre que le partage du poste de Premier ministre selon la formule deux ans/trois ans, de même que le partage à parité 30/30 des investitures entre le MMM et le MSM, étaient la condition sine qua non pour trouver un compromis avec sir Anerood Jugnauth. « Sans cela, dit-il, le remake aurait été un non-starter. »
Paul Bérenger devait poursuivre en expliquant qu’il a aussi été convenu que tous ceux qui se dissocieraient du gouvernement et qui seraient candidats aux élections se retrouveraient dans le quota du MSM. Dans le cas d’Ashock Jugnauth, le leader du MMM a laissé entendre qu’il y a eu blocage entre ce dernier et le MSM, aucune des deux parties ne voulant céder sur les conditions imposées par chacune d’entre elles. Ce qui, dit-il, a fait qu’Ashock Jugnauth s’est « auto-exclu ». « Je regrette beaucoup qu’il ne soit pas dans le remake », a laissé entendre Paul Bérenger, qui indique qu’il demeure en contact avec le leader de l’Union Nationale.
Le cas Guimbeau : « Pas content, mais pas inquiet »
Pour ce qui concerne le MMSD et Eric Guimbeau, Paul Bérenger explique que et le MMM et le MSM n’étaient pas favorables à l’idée d’inclure le sigle de ce parti dans l’appellation du remake, dans la mesure où cela aurait « brouillé le message ». Le leader du MMM se dit, d’autre part, « surpris » que le MMSD ait cette fois sollicité deux candidatures, alors que pour les élections de 2010, ce parti s’était contenté d’une unique investiture sur 60 candidats.
Même si, dit-il, il n’avait pas dit un « non » final à cette deuxième proposition, le leader du MMM se dit « attristé » par la prise de position ultérieure de la présidente de l’aile féminine de ce parti. Ce qui, déclare Paul Bérenger, a tout remis en question. « Je ne suis pas content mais je ne suis pas inquiet non plus », devait-il dire en expliquant que toute la question sera reprise « à tête reposée » lors de la prochaine réunion MSM/MMM.
Évoquant encore les détails du remake de 2000, le leader mauve laisse entendre que sur le dossier de MedPoint, le MMM et le MSM ont convenu que si le Directeur des poursuites publiques (DPP) retenait une charge formelle contre le leader du MSM, Pravind Jugnauth, ses avocats réclameront un « early trial ». Un accord a aussi été trouvé à la satisfaction des mauves sur ce que le leader du MMM appelle « certaines candidatures délicates », ainsi que sur celles de la circonscription Curepipe/Midlands (N° 17).
Les discussions se poursuivent par ailleurs sur les investitures au N° 1 (Port-Louis Sud/GRNO). Devant des protestations soulevées par des militants de cette circonscription quant à une éventuelle candidature de l’ancienne députée MSM, Sheila Grenade, à l’heure des éclaircissements, Paul Bérenger devait finalement révéler que cette dernière ne sera pas candidate au N° 1. « Je ne suis même pas sûr si elle sera candidate ailleurs… « 
« Vers un nouveau 60/0 avec de bons candidats »
Toutes ces précisions sur les candidatures apportées, le leader du MMM a encore une fois mis les militants présents en garde contre ce qu’il estime n’être que des « articles farfelus » et des « spéculations » de la presse. Il explique avoir lui-même été « surpris » d’apprendre la veille, en lisant un journal, que Joe Lesjongard serait candidat à Curepipe/Midlands (N° 17). Une chose est sûre, estime Paul Bérenger, la liste des 60 candidats du remake de 2000 fera le maximum de places à des femmes. Il devait ainsi appeler tout un chacun à ne pas faire preuve « d’égoïsme » à cet effet.
Paul Bérenger assure encore que sir Anerood Jugnauth et lui-même sont convaincus que si de « bons candidats » sont choisis, « à commencer par le N° 5 (Triolet/Pamplemousses) », le remake MSM/MMM de 2000 irait, lors de nouvelles élections générales, vers un nouveau 60/0 « comme en 1982 ».
Au moment du vote devant approuver ou rejeter le remake de 2000, les délégués présents ont voté, à main levée, « pour », et ce à une unanimité presque totale. En effet, des quelque 1 000 militants présents et représentant quelque 500 branches régionales affiliées aux 20 comités régionaux MMM du pays, seulement une dizaine de délégués devaient voter contre, alors qu’une demi-douzaine d’autres se sont abstenus. Il n’y a donc pas eu lieu d’avoir recours à un vote à bulletin secret, comme cela avait été le cas pour le vote pris par le comité central du MMM sur le même sujet. Le vote quasi-unanime de l’assemblée des délégués dépassait largement la majorité des deux-tiers, requise par la constitution de ce parti, pour  sanctionner un projet d’alliance électorale soumis à son vote par les instances dirigeantes. Paul Bérenger annonce que, dorénavant, la prochaine étape sera le rassemblement du 1er-Mai, que l’opposition MSM/MMM prévoit devant l’esplanade de la mairie de Port-Louis.
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Parole de vieux militant : « Akot leader été, lamem militants été ! »
À l’heure où les délégués MMM présents, hier à Belle-Rose, pour cette assemblée spéciale étaient appelés à s’exprimer, il faut dire que l’on n’a pas vraiment eu droit à de réelles oppositions contre le projet de remake de l’alliance. Contrairement à ce qui avait été le cas lors de la dernière assemblée des délégués, tenue en août de l’année dernière, juste après la démission du MSM du gouvernement. À cette réunion, l’on s’en souvient, nombre de délégués s’étaient vivement opposés à tout projet d’alliance, tant avec le MSM qu’avec le Ptr. Beaucoup suggéraient alors que, dorénavant, le MMM se devait d’aller seul pour affronter l’électorat, comme aux dernières élections générales.
À ce propos, les membres de la direction du parti qui sont intervenus hier – le leader du MMM, Paul Bérenger, son adjoint, Alan Ganoo, les deux secrétaires-généraux, Rajesh Bhagwan et Steve Obeegadoo, de même que la présidente, Ariane Navarre-Marie – ont insisté sur le fait que le remake de 2000 favoriserait la tenue d’élections générales « le plus tôt possible ». Alan Ganoo estimant, par exemple, qu’au terme des rassemblements du 1er-Mai, l’effet « jamalack » déjà évoqué par Paul Bérenger aurait lieu.
Pourtant, Paul Bérenger n’a, pour sa part, pas manqué, et ce plus d’une fois, de dire que la non conclusion du remake ne signifierait pas pour autant « la fin du monde » pour le MMM. Même si, tout en étant convaincu que dans une lutte à trois, les mauves l’emporteraient « haut la main », il suggérait qu’il était « urgent » de faire partir le gouvernement Ptr/PMSD en place. « Vous avez le droit de dire que vous êtes contre », a-t-il répété aux militants.
Toutefois, ce sont davantage des plaidoyers pour que, dans l’une ou l’autre circonscription, le MMM aligne la majorité de candidats, voire les trois, qui ont été entendus. Mais les « blessures » subies par les militants, de la part du MSM, pas plus tard que lors des élections de 2010 tout comme pendant la période où ce parti était encore au gouvernement, n’ont pas pour autant été oubliées. Avec un brin de philosophie, Paul Bérenger a expliqué qu’il a été le premier à subir ces « blessures », et devait rappeler que l’amertume est « signe de faiblesse ».
C’est, en fait, un vieux militant de la circonscription N° 3 (Port-Louis Maritime/Port-Louis Est) qui devait résumer l’état d’esprit du militant-type d’aujourd’hui lors de cette assemblée des délégués : « Akot leader été, lamem militants été… « 
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Bérenger « défie » Ramgoolam de présenter une « vraie réforme électorale »
Paul Bérenger a défié, hier, le Premier ministre de venir de l’avant avec une « vraie réforme électorale ». Selon lui, la nouvelle référence à ce propos, faite, jeudi soir par le Premier ministre au Domaine Les Pailles quand le Dr Navin Ramgoolam est venu dire qu’il entend, non pas abolir mais intégrer le « Best Loser » à la réforme électorale a créé une « énorme confusion ».
« S’il entend dire que l’on supprimera la Section 5 de la IIe Cédule de la Constitution  qui stipule que l’Assemblée nationale sera constitués de 62 élus et d’un maximum de huit Best Losers, ce sera le moment de vérité au Parlement ». Le leader de l’opposition qui se dit encore sceptique que le chef du gouvernement vienne, effectivement, de l’avant avec une réforme électorale.
Toutefois, pour lui, une  « bonne réforme électorale »  qui comprendrait une dose de proportionnelle doit être séparée du Best Loser System. « Si l’on s’avise à supprimer la Section 5 de la IIe Cédule de la Constitution, chacun devra assumer sa responsabilité à l’Assemblée nationale », a-t-il estimé.