Ça commence à chauffer dans l’hémicycle. La séance de mardi dernier à l’Assemblée nationale a, en effet, été marquée par de vifs échanges entre l’opposition et certains élus de la majorité nécessitant l’intervention énergique de la Speaker Maya Hanoomanjee. Si ces frictions ont émaillé le Question Time, l’ambiance aura été toute autre lors des débats sur la Mauritius Renewable Energy Authority pilotée par le ministre des Services publics Ivan Collendavelloo avec une intervention fort intéressante du leader de l’opposition qui a ainsi donné le ton quant à la qualité des arguments à suivre.
C’est avec la Private Notice Question que se sont ouvertes les hostilités avec un ministre du Commerce et de l’industrie Ashit Gungah qui a éprouvé les pires difficultés pour justifier l’absence de baisse des prix de l’essence dont les cours ont dégringolé de manière vertigineuse en une année et alors même que la STC a généré des revenus excédentaires de Rs 2,065 milliards. «Ine coquin consommateurs», devait lancer Rajesh Bhagwan.
Devant les coups de boutoir de l’opposition qui n’a eu de cesse de répéter dans la Chambre et en dehors que le gouvernement avait tout bonnement maintenu une méthode de calcul de prix héritée de l’ancien régime et derrière laquelle s’est d’ailleurs abrité le ministre pour expliquer le statu quo, ce dernier a finalement dû quand même annoncer quelque chose, soit la mise sur pied d’un comité pour revoir le mécanisme de fixation des prix du carburant.
Pas plus agréable, le rappel de l’annonce publique faite par celui qui est actuellement le numéro 2 du gouvernement depuis novembre de l’année dernière que le prix de l’essence aurait dû baisser par Rs 10 alors que l’on était encore sous le même régime de fixation des prix. Pas étonnant alors que le ministre, visiblement coincé, ait martelé qu’il reviendra à un comité de revoir toute la formule de calcul des prix à la pompe.
Mal à l’aise également lors du rappel que c’est l’actuel gouvernement qui, en janvier, décidait d’augmenter de Rs 4 la ponction faite sur le prix du litre d’essence, le ministre a justifié la décision en expliquant que le nouveau fonds qui récoltera ces revenus puisés de la poche des consommateurs, le Build Mauritius Fund, servira au financement de l’amélioration de l’approvisionnement en eau. Pas plus éclairant non plus sur le montant exact d’économies que la STC est censée réaliser du fait de la résiliation du contrat passé avec Betamax.
Le ministre renvoyé à la «pizza party» de 2011
Cette posture ministérielle qui n’a pas été au goût de l’opposition a subitement fait monter la température dans l’hémicycle, les trublions habituels Rajesh Bhagwan et Shakeel Mohamed en profitant pour lancer quelques piques en direction d’Ashit Gungah, le premier député de Beau-Bassin/Petite-Rivière allant jusqu’à faire allusion à la valse-hésitation à laquelle le membre du parti soleil avait procédé après le retrait du MSM du gouvernement en 2011 et d’une rencontre qu’il aurait eue autour d’une pizza party à Trou-aux-Biches avec des dirigeants travaillistes.
Egalement très animée la tranche des questions pour le Premier ministre qui démarrait au quart de tour avec la question de Rajesh Bhagwan sur les bénéficiaires d’une escorte de motards de la police. Sir Anerood Jugnauth a rappelé la composition du cercle restreint de cette liste et qui était connue de tous jusqu’à ce qu’elle soit modifiée le 22 mai dernier pour inclure Showkutally Soodhun, Vishnu Lutchmeenaraidoo, Ravi Yerrigadoo, Roshi Bhadain et même Dev Manraj. Seuls les ministres Soodhun et Bhadain ont décidé de se prévaloir de ces facilités, a aussi tenu à préciser le Premier ministre.
Cette réponse a suscité des remarques sarcastiques des bancs de l’opposition. L’auteur de la question s’est étonné que ce soit pour des raisons de sécurité que des modifications ont été apportées à la liste initiale et que c’est probablement en raison de «leur impopularité du moment» que certains préfèrent se faire précéder par un motard. « Zot peur batté», a lancé Rajesh Bhagwan provoquant un rire assez général dans l’hémicycle.
Et après que le député a suggéré que cette situation est source de frustration parmi les ministres, il a demandé au Premier ministre de veiller à ce que ces motards ne bousculent pas les autres usagers de la route et qu’ils fassent preuve de bonnes manières, SAJ, avec du répondant, a déclaré que cela devrait commencer au niveau des parlementaires eux-mêmes.
La bonne humeur a vite laissé la place à l’exaspération avec la réponse du Premier ministre indiquant qu’il n’allait pas donner les détails sur le Hedging et autres dossiers controversés à Air Mauritius, cette compagnie étant une entité commerciale. Rajesh Bhagwan qui avait posé la question dans ce sens n’a pas manqué de souligner que pas plus tard que le 22 mai dernier Xavier Duval, alors ministre responsable de la compagnie nationale d’aviation, avait bien répondu à des questions. Pour toute réaction à ce rappel incommodant, le chef du gouvernement a lancé que, «if it was a mistake, we should not continue repeating the mistake».
Ce sera le comble de l’ironie puisque, juste après cette posture opaque, Sir Anerood Jugnauth, qui répondait à une question du député du Mouvement Patriotique Kavydass Ramano sur le Freedom of Information Act, a maintenu que son gouvernement a bien l’intention d’introduire un texte dans ce sens.
Après le nouveau retrait de sa question sur les courses hippiques par le député Soodesh Rughoobur, c’est le financement des partis politiques qui était à l’agenda. Si le Premier ministre a bien confirmé une loi sur cet épineux problème, il est resté vague sur les intentions immédiates du gouvernement et a dit que toute la question sera englobée «in the wider context of electoral reforms».
La visite à Agaléga qui fait des vagues
La tranche des questions destinées aux autres ministres a, une nouvelle fois, été l’occasion d’un affrontement entre les ministres Gayan et Bhadain, d’un côté, et l’opposition, de l’autre. C’est une question d’Aadil Ammer Meea sur la récente visite à Agaléga du ministre de la Santé qui a mis le feu aux poudres. Anil Gayan a commencé par dire que personne ne connaît leurs députés dans l’île, tandis que l’auteur de la question a soutenu que le ministre n’a pas été à la rencontre des habitants d’Agaléga.
Et alors que le ministre a revendiqué avoir des clichés de sa rencontre, des «mentère ! mentère !» ont fusé, ce qui a provoqué un énorme brouhaha, ministres et députés réclamant que le mot «liar» soit retiré. Ravi Rutnah s’est mis de la partie pour s’en prendre au leader de l’opposition en l’accusant d’avoir menti pendant toute sa carrière politique.
Paul Bérenger ne s’est pas fait prier pour lui administrer une volée de bois vert. Se référant probablement aux photos du député du ML qui avaient circulé lors de la dernière campagne électorale, il lui dira : «Taler banne femme désordre la vine rode toi», ou encore : «To pa meme mérite enn calotte ti roquet !».
La séquence Bhadain sera de la même tonalité. Pour ne pas changer, c’est une longue réponse qui suivra la question de Rajesh Bhagwan sur la MBC. Ce dernier, nullement impressionné, va évoquer la mainmise du ministre sur le service public au point où certains n’hésitent pas à parler de Bhadain Broadcasting Corporation, que son omniprésence sur le petit écran agace ses collègues et que le ministre a décidé de s’acoquiner avec un journaliste contesté de la rédaction.
Le ministre, qui n’a pas répondu directement aux questions supplémentaires du député, a, à son tour, estimé qu’il était mieux de ne pas avoir une «Bhagwan Broadcasting Corporation» et que ce que rapporte la presse sur certaines choses qui se passent à la MBC n’est pas forcément exact.
C’est le même ton d’animosité qui caractérisera la réponse, plus qu’élaborée du ministre à une question de Reza Uteem sur le traité de non-double imposition avec l’Afrique du Sud. Mécontent de la teneur des questions supplémentaires du leader de l’opposition, Roshi Bhadain l’accusera de ne pas comprendre, ce qui provoquera des cris de «arrogant», «fézer» des bancs de l’opposition qui ont aussi tenu à mettre en exergue le fait que le ministre embarrassait une nouvelle fois Xavier Duval qui avait signé une autre mouture du traité en 2013.
Roshi Bhadain qui continuait à lire de longues déclarations en guise de réponses aux questions supplémentaires s’est finalement fait taper sur les doigts par la Speaker qui lui a dit : «Don’t make comments! Reply exactly to the questions being asked!»
Et comme si les piques en direction de Xavier Duval sont devenues une habitude pour les nouveaux ministres, Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui était interrogé par Reza Uteem sur les indicateurs économiques et le chômage notamment, a expliqué que le chiffre des sans-emploi a toujours tourné autour de 7,8%, mais qu’il a grimpé à 8% en 2012 et 2013 — alors que c’est Xavier Duval qui était aux Finances — et qu’il est confiant que le taux pour 2015 serait en dessous des 8%.