Gouvernement soumis à un feu roulant de questions : MedPoint, l’affaire Briani et Nita Deerpalsing, l’échangeur de Pont-Fer, l’économie, le Plaza, les enfants de rue, échanges par moments rudes comme ceux ayant opposé Michael Sik Yuen et Rajesh Bhagwan, qui ont abouti à un geste quand même élégant du ministre qui a fini par s’excuser auprès de la Chambre. La rentrée parlementaire a, comme annoncé, tenu toutes ses promesses. Et c’est reparti pour une saison.
Comme c’était la reprise des travaux, cinq mois après la dernière séance du 13 décembre 2011, et qu’il y a eu entre-temps des développements politiques, des modifications dans l’arrangement des places de certains députés sont intervenues, d’autant qu’Eric Guimbeau a insisté pour qu’il y ait une place de libre entre lui et le dernier député du MMM, Kavi Ramano.
Sinon, quelques présences inhabituelles à signaler, comme celle de l’ancien ministre des TIC qui fut ensuite Deputy Speaker, Etienne Sinatambou, qui a pris place dans la galerie des visiteurs de marque après avoir eu une rencontre avec le Speaker dans le bureau de ce dernier.
On ne sait pas si c’est en fonction de sa participation en tant que « consultant » de l’émission Question Time que diffusera Radio Plus à partir de demain, mais la présence de ce « one-term MP » au mandat tourmenté a été diversement commentée dans le camp de la majorité.
Sinon il y avait, toujours dans la galerie des invités de marque, la présence ostentatoire en veste rouge de Premduth Dhoongoor, celles non moins remarquées du président du Central Electricity Board, et de celui de la Mauritius Marathi Mandali Federation, Balraj Narroo, qui a été chaleureusement salué par la directrice de communication du Premier ministre, Bettina Cadinouche, et la horde habituelle de « chemises rouges » dans la galerie publique, à commencer par celle de Rajkumar Aubeeluck, l’ancien maire controversé de Beau-Bassin/Rose-Hill. Il y avait aussi le directeur de la MBC, Dan Callikan, toujours assis dans la rangée des collaborateurs de Navin Ramgoolam.
C’est sur le « scandale du siècle » que cette séance a démarré, la Private Notice Question y étant consacrée. Le leader de l’opposition voulait, documents à l’appui – qui ont d’ailleurs été déposés sur la table de l’Assemblée nationale – et sur un ton des plus appliqués et sérieux, établir que l’affaire remonte à une correspondance échangée dès le 18 janvier 2010 entre le propriétaire de MedPoint et le ministre de la Santé d’alors, Rajesh Jeetah, et qu’il y a, en conséquence, eu une visite du site débouchant sur un appel d’offres lancé le 30 avril 2010, soit à cinq jours des élections générales du 5 mai.
Le Premier ministre, qui a gardé son calme tout au long des échanges, a balayé les accusations de Paul Bérenger en revenant sur les différentes étapes suivies depuis le mois de février 2010 pour suggérer qu’il n’y a donc rien eu de bien inhabituel dans la date de l’appel d’offres, et que ses spécifications ne favorisaient en aucune façon MedPoint. Mais il a, par contre, laissé entendre que c’est le prolongement du délai des soumissions qui suscite des interrogations.
Kailash Purryag confronté à ses propres décrets
Mais au fur et à mesure que les questions devenaient pressantes, il y a eu l’interruption systématique du Speaker, comme lorsque le leader de l’opposition a simplement demandé « whether ICAC has taken a statement from the Prime minister himself ? ». Kailash Purryag s’est appuyé sur une réponse donnée par Paul Bérenger lui-même lorsqu’il était Premier ministre en 2004, pour soutenir que de telles questions n’avaient pas à obtenir réponse.
Or, le fait est que le Speaker n’était pas intervenu plus tôt lorsque Navin Ramgoolam a évoqué l’interrogatoire du ministre Rajesh Jeetah par l’ICAC, et il n’en a pas fallu davantage pour que le leader de l’opposition lui rétorque : « In spite of what you just said, you have just allowed the Hon. Prime Minister to say that ICAC took a statement from the then Minister of Health. This you allowed… »
Il fut une nouvelle fois interrompu par le Speaker qui rappela le ruling de 2004, mais devant les protestations venant des bancs de l’opposition, il finit par dire : « I am sorry ! I have missed the question at that time. » Et à Paul Bérenger de sauter sur cet aveu pour lancer : « You missed in his case, and in my case you noticed. » Visiblement embarrassé, Kailash Purryag s’est contenté de répondre : « I am not going to be dictated by the Leader of the Opposition ! »
De nouvelles clameurs furent entendues des travées de l’opposition, qui suggéraient que le président de séance était « dictated by the Prime Minister », à telle enseigne qu’il y a eu une menace de suspension de séance. Le Speaker, tentant de se justifier, rappela une nouvelle fois que des ministres ont toujours refusé de répondre à des questions portant sur les enquêtes de l’ICAC mais, n’en démordant pas, le leader de l’opposition devait alors prendre le pays tout entier à témoin du traitement qui est appliqué au Premier ministre et celui réservé aux autres.
La suite des échanges sur la PNQ, avec des questions sur le trou de mémoire du Chief Government Valuer, devait se dérouler sur la même note avec des interruptions du Speaker, mais le leader de l’opposition devait quand même provoquer l’embarras du chef du gouvernement lorsqu’il le confronta à sa déclaration précédente, remontant à une année, à l’effet que la Declaration of Assets Act serait amendée et qu’il n’y a toujours rien eu dans ce sens.
Navin Ramgoolam évoquera des consultations de part et d’autre qui ne sont pas terminées. Au terme de cette nouvelle question sur MedPoint, le doute était toujours permis sur les vrais protagonistes de cette triste affaire.
Ce qui est sorti du Prime Minister’s Question Time, c’est qu’il viendra avec un projet de loi sur la réforme électorale et qu’il laissera le soin à l’Assemblée nationale de décider. Séquence bien plus animée ensuite, avec la question de Mahen Jhugroo sur le fameux épisode « briani » de décembre dernier, dans lequel la député Nita Deerpalsing s’est retrouvée mêlée.
Navin Ramgoolam a donné une nouvelle version à cette affaire. Si la député avait dit au moment des faits qu’elle avait reçu un appel et qu’elle s’était rendue sur le lieu où le marchand de briani avait maille à partir avec la police de Quatre-Bornes, le Premier ministre a, cette fois, laissé entendre que la député passait par là. Il a toutefois indiqué que la police avait bouclé son enquête et que le DPP avait logé un procès qui sera appelé pro-forma le 29 courant.
Le chef du gouvernement a ensuite été interrogé par Mahen Jhugroo sur la teneur des dépositions faites par des policiers de Quatre-Bornes, qui ont clairement dénoncé l’ingérence de la député dans une affaire d’activité illégale, mais le Speaker a commencé par dire que l’on ne peut commenter la conduite d’un membre de l’Assemblée nationale qu’au moyen d’une motion formelle.
Le Premier ministre a, cette fois, laissé entendre qu’il pourrait s’agir d’un complot, mais d’autres députés à l’instar de Joe Lesjongard se sont demandés si il n’y a pas eu infraction au POCA, dans la mesure où il y a eu intimidation alléguée des forces de l’ordre. Le Speaker a, une nouvelle fois, fait barrage à ses questions supplémentaires.
Cela n’a pas empêché Rajesh Bhagwan de soutenir que la député Deerpalsing a pour habitude de s’ingérer, mais il fut interrompu par le Speaker et la député elle-même, cette dernière traitant le député de l’opposition de « menteur » dans un grand brouhaha où il a été inévitablement question de « micro ».
La bicyclette qui blesse
La tension ne retombera pas durant la tranche des questions aux autres ministres, la série démarrant avec une question de Kavi Ramano sur la nouvelle politique de desserte d’Air Mauritius. Les choses devaient dégénérer lorsque Rajesh Bhagwan évoquera un régime « maja karo » à la MTPA, ce qui ne sera pas du tout du goût du ministre Sik Yuen, qui l’invitera à aller à l’ICAC s’il a des preuves de ce qu’il avance.
Mais ne se démontant pas, le député du MMM lui répondra : « Prend to bicyclette, alle guetté ». C’est apparemment cette allusion à la bicyclette qu’il avait récemment enfourchée qui a mis le ministre hors de lui, et l’a amené à lancer un juron accueilli par des cris de « lâche ! » des bancs de l’opposition. Et c’est le « sort dehors ! » qui va suivre, le ministre ayant déjà pris le chemin de la sortie tandis que de part et d’autre, l’on tentait de calmer ses ardeurs. Il est 12h52 et le Speaker décide de suspendre la séance.
Quelques autres moments de vifs échanges également sur l’échangeur du rond-point de Pont-Fer, sur le renvoi de 15 000 travailleurs en trois ans seulement du fait des deux lois du travail adoptées par le gouvernement en 2009, sur l’aveu du ministre des Finances d’avoir délibérément sous-estimé le taux de croissance de 2012 pour obtenir l’assistance de la Banque Mondiale, et sur la situation des enfants de rue, ce dernier point ayant donné lieu à un réquisitoire des membres du MSM contre leur ancienne collègue, la ministre Mireille Martin.
Pour le reste de la séance, un seul intervenant seulement, le ministre Mohamed, sur la motion de Kalyanee Juggoo concernant le discours-programme, débat qui s’est déroulé en l’absence de l’opposition, et l’adoption de deux textes, The Sugar Insurance Fund et The Sugar Industry Efficiency (Amendment) Bill.