Il y a des semaines comme cela où une seule lettre de l’alphabet décide de se mettre en exergue. Le P était ainsi largement dominant cette semaine à l’Assemblée nationale et c’est le leader de l’opposition qui a donné le ton en entamant la lecture de sa Private Notice Question avec un «Monsieur le président» au lieu du traditionnel Mr Speaker Sir.
Après un temps d’arrêt pour essayer de comprendre où Paul Bérenger voulait en venir, certains avaient un temps pensé qu’il lançait une pique amusante à Navin Ramgoolam qui a réclamé une présidence avec des pouvoirs accrus – mais l’expression s’adressait bien à son «old friend» Kailash Purrayag qui présidait sa dernière séance parlementaire avant de présider la République. Et ce sont des rires de bon coeur et de tous bords qui ont suivi cette introduction du chef de l’opposition.
Alors que tout s’annonçait bien huilé pour que la passation du perchoir à la State House se déroule dans un climat consensuel et solennel, c’est justement de la présidence des débats que les embrouilles sont venues. Installé au perchoir dans la deuxième partie des travaux consacrée aux questions, Pradeep Peetumber a visiblement mal géré la situation, ce qui s’est soldé par une expulsion du leader de l’opposition après un échange verbal assez rude avec le ministre des Administrations régionales dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est rarement percutant dans ses prestations à l’Assemblée nationale.
La question, qui a déclenché les hostilités, portait sur les amendements à la nouvelle loi sur les collectivités en vue d’introduire des sanctions à l’encontre de ceux qui ne respectent pas l’obligation d’avoir une femme candidate sur trois. A Deven Nagalingum qui l’avait initialement interrogé, Hervé Aimée s’en est tenu à la version votée alors qu’à d’autres questions des députés de l’opposition, le ministre prendra ses distances des initiatives de la Commission électorale qui avait entamé des discussions avec les partis concernés pour que d’éventuels règlements dans ce sens soient promulgués.
Malgré l’insistance de l’opposition qui devait faire remarquer que la nécessité d’inscrire dans la loi des sanctions pour ceux qui n’observeraient pas l’obligation du quota pour les femmes avait déjà été fortement défendue par le leader de l’opposition lors des débats sur le Local Government Bill, le ministre ne bougera pas d’un iota à l’effet qu’il considère que les amendements ne sont nullement nécessaires.
C’est devant cet entêtement que des remarques de «bourrique» seront entendus, Paul Bérenger étant manifestement agacé par la posture adoptée par Hervé Aimée. Cette remarque devait été accueillie par quelques ricanements qui n’ont nullement plu au principal intéressé qui a exigé du Deputy Speaker, Pradeep Peetumber, que Paul Bérenger retire sa remarque.
Une décision mal accueillie même dans les rangs de la majorité
Ce dernier avait cru trouver une parade en indiquant avoir bien utilisé le mot bourrique, mais seulement pour souligner que le ministre, «is behaving like a bourrique», mais le Deputy Speaker pas encore suffi samment aguerri à ce genre de situation cornélienne a insisté pour que Paul Bérenger retire cette expression mais le leader de l’opposition a refusé d’obtempérer. Pradeep Peetumber a alors décidé de l’expulser de l’hémicycle pour la journée. Cette expulsion du chef de l’opposition a été suivie du retrait de ses collègues du MMM de même que ceux du MSM à l’exception des députés Maya Hanomanjee et Pratibha Bholah qui se sont montrées réticentes à leur emboîter le pas, ce qui n’a pas manqué de susciter quelques remarques sarcastiques des bancs de la majorité qui les ont invitées à rester.
La brusque tournure des événements a, certes, causé non seulement de l’agacement au sein de l’opposition mais elle a aussi provoqué un certain embarras dans les rangs de la majorité qui se félicitait de la bonne entente qui prévalait depuis le matin avec le Premier ministre qui avait été particulièrement conciliant avec le leader de l’opposition depuis la PNQ du matin sur l’affaire Michaela Harte et à qui il avait même lancé : «with your help», alors que ce dernier l’interrogeait sur les réformes qui s’imposent pour prévenir les accidents de la route.
Cette expulsion du leader de l’opposition sur un différend avec Hervé Aimée est d’autant plus mal passée dans les rangs de la majorité que, plus tôt, alors qu’il était interrogé par Raffi ck Sorefan sur les péripéties de l’échelle téléscopique défectueuse du service des pompes à incendie et qu’il était bombardé de questions supplémentaires sur le coût de cet équipement et celui des réparations qu’il a subies, le ministre n’avait rien trouvé de mieux que de dire que c’est sous l’ancien gouvernement que cette échelle avait été acquise et il a pointé du doigt son propre collègue Anil Baichoo qui n’a pas eu l’air très amusé par la démarche de son collègue.
La majorité savait aussi que ces événements allaient hypothéquer la solennité de la séance du vendredi suivant consacrée à l’élection de Kailash Purryag comme président de la République. C’est ainsi que des tractations auront éventuellement lieu à un très haut niveau dans le but de trouver une solution rapide à cet incident malheureux.
Il ne reste plus qu’un rescapé de 1976 : PRB
Il était même question vendredi matin que le Deputy Speaker émette un communiqué pour expliquer sa position mais lors de ses tractations l’opposition aurait fait comprendre que sa décision était prise et qu’elle ne reviendrait pas la-dessus et que son but n’était pas de faire perdre la face à celui qui a été, après l’incident de mardi, affublé du titre de «Deputy Speaker learner». L’affaire a été ainsi minimisée avec l’annonce de Paul Bérenger qu’il sera bien présent samedi matin pour la cérémonie offi cielle de prestation de serment de Kailash Purryag à la State House.
Comme prévu, ce fut une séance rapide que celle tenue vendredi après midi pour l’élection du cinquième président de la République Kailash Purryag. Avant que la séance ne démarre, c’est la bonne humeur dans les couloirs avec les plaisanteries sur les saris rouge vif de la ministre Sheila Bappoo et de la PPS Kalyanee Juggoo tant et si bien que Stéphanie Anquetil, sobrement vêtue d’un tailleur beige, se sentira quelque peu à part dans cette démonstration très colorée pour ne pas dire partisane.
Au perchoir dans l’hémicycle, Pradeep Peetumber et, dans les travées de l’opposition, aucun élu du MMM ou du MSM. Présents, par contre, les électrons libres que sont Eric Gumbeau et Cehl Meeah, de même que le député de l’OPR Francisco François.
Après la présentation de sa motion par le Premier ministre, laquelle motion a été secondée par le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Rashid Beebeejaun, le Deputy Speaker, se prévalant des dispositions de la section 28 de la Constitution qui stipule que le vote en faveur d’un président doit être soutenu par une majorité des députés, décide d’un décompte des voix.
Eric Guimbeau et Francisco François sont les premiers à voter, suivis des membres de la majorité, des PPS, des ministres dont un, Deva Virahsawmy, aura été malencontreusement oublié par le clerk Ranjit Dowlutta et du Deputy Speaker lui-même.
Quelques mots de Navin Ramgoolam ensuite pour retracer la riche carrière de Kailash Purryag qui a démarré de manière très humble dans la vie et qui a persévéré pour atteindre les plus hautes fonctions de président de la République. Il dira d’ailleurs dans une déclaration à la presse à l’issue de la séance que le père du nouveau président était un modeste laitier.
Devenu avoué en 1973, il se joindra, rappelle le chef du gouvernement au PTr et participera à sa première élection sous la bannière de ce parti en 1976. Il occupera différents portefeuilles ministériels, la Sécurité sociale de 1980 à 1982, la Santé de 1984 à 1988, le Développement économique et les Télécommunications de 1995 à 1997, et vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et du Commerce international de 1997 à 2000.
Il devient Speaker en 2005 et a présidé les travaux dans la plus grande tradition d’impartialité et d’objectivité, a souligné Navin Ramgoolam. Sur la prestation de Kailash Purryag comme président de la République, le Premier ministre a déclaré que «it is my living sentiment that Rajkeswur Purryag will uphold the standard of the presidency with a decorum that his offi ce demands».
La séance terminée, les déclarations sont sollicitées de part et d’autre et le Premier ministre qui était interrogé sur l’absence de l’opposition se contentera de dire tout simplement que «li malheureux». Il est à noter qu’avec le départ de Kailash Purryag pour la State House, il ne reste plus d’un seul rescapé de la génération des élus de 1976 et ce n’est autre que Paul Bérenger.
En sus des interventions sur le Discours- Programme de Suren Dayal, de Xavier Duval, de Francisco François et de Dev Anand Rittoo, deux textes ont été adoptés ce mardi, le Certifi cate of Character Act, qui remplace celui portant sur l’octroi du certifi cat de moralité, et le Road Traffi c (Amendment) Act qui introduit le permis à points et qui a vu la participation du Premier ministre qui a réitéré sa détermination de réduire les accidents de la route.