Un pari sur l’avenir est largement gagné. C’est ainsi que l’on peut résumer le vote pris vendredi en soirée sur le The Constitution (Declaration of Community) (Temporary Provisions) Bill et qui s’est soldé par un 63 pour avec les votes combinés de la totalité des élus du PTr, du MMM, de 7 députés du MSM sur 9 (Nando Bodha et Pritviraj Roopun étant absents), des 3 représentants de Rodrigues, Nicholas Von Mally et Christian Léopold (MR) et Francisco François (OPR), et Éric Guimbeau du MMSD. Une seule voix contre, celle du député du FSM, Cehl Meeah, tandis que les trois élus du PMSD se sont abstenus. Les trois quarts requis qui se situent à 52 voix ont donc été largement dépassés pour que la constitution permette désormais qu’un candidat puisse se présenter aux élections sans avoir à décliner son appartenance ethnique.
C’est avec le summing-updu Premier ministre auteur de l’amendement constitutionnel que les débats ont pris fin vendredi. Il a d’emblée brocardé ceux qui ont profité des discussions sur ce texte et qui ont été incapables de«redits the temptation of riding their hobby horse of blatant communalism to create division and hatred between our people».
Pour situer l’enjeu, il a de nouveau rappelé qu’avant même que des démarches légales ne soient entreprises en vue de faire disparaître le communalisme institutionnalisé, il avait déjà dit que 46 ans après l’indépendance on devrait se définir comme Mauricien.
Navin Ramgoolam a insisté sur le caractère transitoire du projet tout en affirmant qu’il sera le premier Premier ministre à venir de l’avant avec un projet de loi complet sur la réforme électorale, texte qui sera soumis à l’approbation populaire avant d’être présenté devant le Parlement et qui devrait être rendu public très prochainement. Il n’a pas manqué de lancer quelques piques au MSM qui parle de temps perdu, alors qu’au gouvernement ses membres ont empêché qu’une réforme soit réalisée. Certains l’ont souhaité, attendu depuis longtemps, lui il le fait, a-t-il déclaré.
Et d’évoquer quelques grandes lignes de la réforme dont certains points, précise-t-il, restent à être arrêtés, rappelant au passage qu’elles vont bien au-delà de la simple suppression de la déclaration ethnique. Le Premier ministre mentionne alors l’introduction d’une dose de proportionnelle pour atténuer les excès du First Past the Post, la possibilité d’une double candidature, directe et sur la liste de la proportionnelle, une représentation plus juste mais qui assure la stabilité d’une participation accrue des femmes.
Il a sévèrement réfuté les critiques de ceux qui, selon lui, n’ont pas mesuré le giant leapque constitue cet amendement. «On juge un maçon au pied du mur. I am walking the talk while others have not even bothered to talk the talk. This is the difference between conviction and hypocrisy, between faith in the Mauritian nation and a distorted view of history», a-t-il lancé en direction du MSM, accusé d’être«all talk and no walk».
«We cannot continue to look in the rear mirror as some want us to do. We must resolutely move forward and construct a nation-state that can fulfil the aspirations and the expectations of our people. I am extremely sad to have heard some speeches that are fit for another age and another century. Rabble-rousers and ethnic entrepreneurs who desperately want to lit a match to spark a fire and fan the flames of communalism. It is a shame that there are people who still believe that they can stop the march of history and turn the clock back», a encore dénoncé Navin Ramgoolam. Il s’est également montré sévère vis-à-vis de Cehl Meeah.
En attendant la réforme électorale, ce que l’amendement vise à réaliser, c’est de permettre à tout citoyen mauricien de se présenter à une élection sans contrainte ethnique, mais le Best Loser System demeure, tandis que c’est son mécanisme qui change, a expliqué le Premier ministre. Il a une nouvelle fois dénoncé les pyromanes qui ont semé le doute et qui ont mené campagne pour faire accroire que certaines communautés seront exclues. Et d’expliquer qu’il proposait un amendement à l’examen en comité pour que tous les doutes soient dissipés.
Navin Ramgooam a également dit ne pas comprendre que Pravind Jugnauth ait osé prétendre que la Commission électorale a déjà décidé pour les prochaines élections, alors que l’on ne sait même pas quels en seront les résultats. Comme le BLS est une mesure de correction, il faut logiquement attendre l’issue d’un scrutin pour apporter les corrections qui s’imposent, a soutenu le chef du gouvernement.
Les faiblesses du BLS et le cas de 1987
Expliquant le mécanisme complexe du BLS qui est «erratic, illogical and irrational», il a cité le cas de Paul Bérenger en 1987. «Mr Régis Finette of the PMSD had polled 13,541 votes – which was 47.4% of the votes, was allocated a seat. While Mr Paul Bérenger polled 15,332 votes which was 48.4% of the votes, was not allocated a seat. This is because when the seat had to be allocated to a member of the General Population – the community under-represented, Mr Bérenger was in the appropriate community but not in the appropriate party».
Et de poursuivre ainsi sa démonstration : «But when another seat was to go to the MMM, Mr Bérenger was then in the appropriate party – the MMM – but not in the appropriate Community (General Population) because by then the appropriate community was not the General Population but the Muslim community. Thus it was Mr Peerun (MMM) who had polled 44% and got 12,999 votes who was selected in spite of the fact that Mr Bérenger had polled 48.4% with 15,332 votes and both belonged to the same party.»
Entre réfutations précises et explications détaillées, Navin Ramgoolam a aussi eu le temps de lancer quelques provocations politiques, d’abord en disant que «no one should be surprised that the 2 biggest parties, the Labour Party and the MMM, although we have our differences, when national interests are at stake, tend to converge», pour ajouter sans plus de details que «we will have another 60/0 very soon». Il a terminé en disant son engagement en faveur de «one people, one nation, one destiny»et en annonçant que pour les prochaines elections, les candidats du PTR déclareront leur communauté.
Avant lui, le dernier orateur de l’opposition était Alan Ganoo, qui a participé au comité mixte qui a permis de dégager tant l’amendement en débat que les grandes lignes de la réforme électorale à venir. Intéressante prestation qui a eu le mérite d’éclairer l’opinion sur les mécanismes de l’amendement proposé et ses conséquences. L’orateur n’a pas pu cacher son indignation quant à la teneur sectaire de certaines allocutions.
La séance de vendredi avait démarré avec une Private Notice Question du leader de l’opposition sur le dossier de l’énergie. Et alors que Paul Bérenger avait déjà annoncé l’objet de sa PNQ et qu’il avait même prédit l’annulation de CT Power, Rashid Beebeejaun a, dans ses réponses, soufflé le chaud et le froid en soutenant que le projet controversé n’est ni approuvé ni annulé. Il a aussi essayé de rassurer tant bien que mal qu’il n’y a pas de risque de pénurie d’électricité à court et moyen terme.
La séance qui s’est tenue lundi aura été autrement plus animée, même si les travaux avaient démarré sur une note plutôt calme avec Paul Bérenger adressant une PNQ sur la déclaration des avoirs. Navin Ramgoolam a confirmé la création d’une Serious Fraud Agency qui absorberait l’ICAC et a semblé rejoindre Paul Bérenger dans le souhait d’un nouveau départ contre la corruption. Le Premier ministre s’est par contre montré une nouvelle fois très prudent sur la question de la déclaration des avoirs des parlementaires.
Pour ouvrir les débats sur l’amendement lundi, l’Attorney General, Satish Faugoo,  a essayé avec des arguments légaux de réfuter certains points avancés par l’opposition MSM et PMSD. Il a été suivi du député Éric Guimbeau qui, tout en disant son accord avec le texte, a souhaité une vraie réforme qui soit juste.
Place ensuite à l’intervention la plus mouvementée, celle de Cehl Meeah, qui a d’emblée dit son opposition totale au project et qui s’est embarqué dans use diatribe qui lui a valu de frequents rappels à l’ordre du Speaker qui lui a dit :«I can’t follow you. Normally, I have to say it, I am lenient when Members speak. I try to accommodate them as much as I can, but you are going a bit too far and if you are going a bit too far, I may think of sending you very far.»
Comme réponse, le député a dit qu’il était en train de «tackling the bill philosophically»avant de parler de l’ONU, de «flafla»autour des prétentions de Resistanz ek Alternativ non sans avoir lancé quelques boulettes sur un registre strictement communal.
Aurore Perraud, qui l’a succédé à la tribune a, elle aussi, débordé du cadre du texte en débat pour parler du sort de certains au niveau de l’emploi. Elle a aussitôt été interrompue par Razack Peeroo, qui lui a assez sèchement lancé : «Non ! Là il me semble que vous êtes sous une influence quelconque !»Référence probablement faite à l’orateur précédent. Son collègue du PMSD Thierry Henry, qui a lui aussi eu quelques soucis avec le Speaker dans la mesure où il a essayé, entre deux dénonciations sur les «têtes à queue»ou les «crocs en jambe», d’introduire certains arguments.
La fraîcheur rodriguaise
C’est Rodrigues qui a apporté un moment de fraîcheur dans un débat qui commençait sérieusement à s’enliser. Le député de l’OPR Francisco François
qui, d’emblée, lance : «We shall make no mistake, this amendment Bill is important. It is not just a temporary provision, but also a confident stride forward. We are in the process of consolidating the accessibility of any citizen to general election nomination without any obligation to declare his community. It is equality of opportunity for all citizens. The Republic is moving forward in an equal future as we are born equal either as Mauritian, Rodriguan, Agalean or Chagossian in the Republic of Mauritius.»
Et comme pour dire que Rodrigues avait déjà montré la voie non seulement en adoptant la proportionnelle, il a évoqué la candidature de Soopramanien Sooprayen, qui n’a pas été élu en 2010 et qui est aujourd’hui président de l’assemblée régionale, et Ismaël Vallimamode, un élu du gouvernement local qui occupe le poste de président de la commission du sport. Et de conclure en plaidant pour un «new collective Mauritius».
Même tonalité pour le ministre de la Pêche et député du Mouvement Rodriguais, Nicolas Von Mally, qui a ardemment défendu l’identité rodriguaise et qui a dit avoir découvert les divisions lorsqu’il est venu faire ses études secondaires à Maurice. Plutôt que de se focaliser sur les différences, il faut les considérer comme une variété de fleurs dans un jardin, a lancé le ministre qui a, lui aussi, soutenu le texte.
Nando Bodha, le prochain intervenant et du moins celui qui, au sein de l’opposition MSM-PMSD-FSM, a tenu le discours le plus sérieux, n’a pas manqué de rappeler au Premier ministre que son engagement portait sur la réforme électorale et non un amendement transitoire.
Il a suggéré au Premier ministre qu’il applique la formule proposée par le leader de l’opposition pour la désignation des meilleurs perdants au lieu de la moyenne accumulée par Rama Sithanen à partir des élections de 1976. L’intervention qui a le plus marqué les esprits en ce lundi après-midi a été celle de Reza Uteem qui, dans un langage posé et unitaire, sans consulter abondamment ses notes, a fait un vibrant plaidoyer pour que l’on avance sans léser qui que ce soit. Jamais, a-t-il dit, le MMM ne donnera son accord à un projet qui exclura qui que ce soit.
Surprenante, par contre, l’allocution de Shakeel Mohamed, le ministtr du Travail, qui a eu ceci à dire :«The Leader of the Opposition has so much experience, far more experience than I have, clearly. I can only dream of one day of having such an illustrious career as he has had. I can only dream ! We have had our differences, but the fact is, I can still – I say it again – only dream that I would have such a long career as his.»
Il a aussi dit son adhésion au project de réform du BLS. «Call it subsuming or call it by any other name, it is changing. So, if it is going to be changed, they have given us stability for 46 years. This country, the people out there, all communities have benefitted from the Best Loser System. 46 years of peace ! 46 years of stability ! It has served us very well and I am of the view that we have achieved political maturity and it is time to change. It is time to evolve. It is time to progress. It is time to move forward».
Il a terminé comme il a commencé en disant qu’il se sent ces jours-ci très proche de Paul Bérenger. «I never thought, after nine years in this august Assembly, that I would feel so close and so intimate with hon. Bérenger».
Il y a décidément des textes qui soulèvent des montagnes.