La seconde tranche du Question Time de la séance parlementaire d’hier a été dominée par les dossiers relevant du ministère de l’Infrastructure publique. Le fait majeur demeure que le ministre de tutelle, Nando Bodha, a annoncé la possibilité que le projet de métro léger sur le corridor Curepipe–Port-Louis, avec des investissements massifs de Rs 25 milliards, soit ressuscité à la faveur des récentes négociations, pour ne pas dire pressions de l’Inde, et d’un nouveau Package of Financial Facilities offert à Port-Louis par New Delhi. Force est de constater qu’en 2014, soit presque à la veille des précédentes élections générales, le projet de métro léger avait été avalisé par le gouvernement travailliste sortant, dirigé par Navin Ramgoolam. Il ne manquait que la signature du contrat avec le contracteur indien désigné. Mais avec l’avènement du gouvernement de l’Alliance Lepep aux élections du 10 décembre 2014, l’annulation de ce projet de Mass Transit fut l’une des premières décisions d’envergure. Mais aujourd’hui, le ministre Bodha a annoncé la réhabilitation de ce projet dans le cadre de la troisième et ultime étape du Road Decongestion Programme.
Toujours lors du Question Time, deux dossiers relevant du ministère de l’Infrastructure publique, en l’occurrence les travaux de reconstruction de la Terre-Rouge/Verdun Link Road et la collaboration de la Korea Expressway Corporation avec la Road Development Authority, ont retenu l’attention. Nando Bodha a été soumis à un feu roulant d’interpellations à cet effet. Pour la Terre-Rouge/Verdun Link Road, avec des milliards de roupies englouties, le ministre a annoncé la fin des travaux pour décembre prochain.
De son côté, le vice-Premier ministre et ministre des Terres, Showkutally Soodhun, répondant à une Parliamentary Question du député du MMM,  Reza Uteem, a défendu bec et ongles son conseil légal, Me Robin Appayah. Il s’est félicité que le travail abattu par ce conseil légal, attaché à son ministère, a permis au ministère de recouvrer quelque 400 hectares de State Lands non-utilisés de promoteurs privés.
Par contre, le ministre de la Santé, Anil Gayan, a dû essuyer la fronde du député de l’opposition Raffick Sorefan, au sujet de la qualité des services offerts par les laboratoires privés. Il a porté de graves allégations contre ce service, alléguant que les résultats des analyses fournies aux patients s’apparentent à des détails retirés des livres d’analyses médicales.
L’annonce du ministre Bodha au sujet du Revival du projet de Light Rail Transit System a eu un effet de surprise au sein de l’hémicycle avec le leader de l’opposition, Paul Bérenger, se reprenant à deux fois à ce sujet. Répondant à une interpellation du député travailliste, Osman Mohamed, il a confirmé que le gouvernement avait revu ce projet d’envergure en 2015. « We decided to proceed with the implementation of a new Road Decongestion Programme as a priority », ajoute-t-il. Le programme de décongestion routière, qui était évalué initialement à Rs 35 milliards, a été réduit à Rs 15 milliards.
« However, following recent negotiations between India and Mauritius, the Government of India has offered a new package of financial facilities to implement major infrastructural projects and in this respect, Government may re-consider the Light Rail Transit System Project, as one of the options to be retained », devait poursuivre le ministre.
Devant le retournement de la situation au sujet du Light Rail Transit System Project, le député Osman Mohamed, qui avait prévu des supplémentaires, devait abandonner la partie. Toutefois, l’opposition parlementaire eut l’occasion de rebondir sur le projet de métro léger car le même député avait une autre interpellation y relative inscrite en son nom juste après. Elle portait sur les acquisitions obligatoires de terrain pour la réalisation du projet de métro léger avant 2015.
Le ministre de l’Infrastructure devait confirmer que 92 lopins de terre avaient été identifiés à des fins d’acquisition obligatoire sur le corridor Curepipe–Port-Louis. De ces 92 lopins, 88 couvrant une superficie de 47 arpents et 33 perches ont déjà été acquis alors que pour le reste, les propriétaires ont logé des contestations contre la légalité de la démarche.
A new design, a new rethinking of the project
« À Technical Committee was, in fact, set up in 2015 under the chair of Dr K. Reesaul, former Chief Executive Officer of the Mauritius Land Transport Authority (MLTA).  The other members were representatives of the Ministry of Housing and Lands, Ministry of Finance and Economic Development, MLTA and the Ministry of Public Infrastructure and Land Transport. The terms of reference of the Committee was to look into the financial and legal implications of retaining the land which has been earmarked for the MLRT Project for the Road Decongestion Programme. However, the Committee did not meet in the light of the decision to dissolve the Mauritius Land Transport Authority », a encore déclaré le ministre.
Uteem : Le gouvernement a-t-il entrepris une évaluation pour savoir quelle est la hausse du coût du projet de construction du métro léger ?
Bodha : Le projet sera revu, notamment avec un réalignement du tracé et une réduction du nombre d’arrêts sur le trajet.
À une interpellation supplémentaire du leader de l’opposition, Nando Bodha a annoncé qu’un comité présidé par le Premier ministre passe en revue les recommandations formulées par les consultants de Singapour à ce sujet.
Sorefan : Des terrains ont déjà été acquis sous l’ancien projet. Now there will be a new design, a new rethinking of the project. Si le gouvernement adopte un nouveau design peut-on s’attendre à voir les autorités restituer les terrains acquis obligatoirement?
Bodha : We are not there now. Il y a le projet de Road Decongestion Programme et le métro léger. La mise à exécution se fera en trois étapes, d’abord l’infrastructure. Puis le Road Decongestion Programme et ensuite le métro léger.
Auparavant, suite à une interpellation du Whip de l’opposition, Rajesh Bhagwan, le ministre Bodha s’est étendu sur les travaux en cours pour la réhabilitation de la Terre-Rouge/Verdun Link Road. Retraçant l’historique de ce projet, il a dit que la Road Development Authority avait confié l’exécution des travaux à Colas Maurice et Colas Madagascar sous la supervision d’Egis BCEOM.  « Several landslides occurred during the period 2010 to 2013 in four specific zones of cuts, namely D4, D5, D6 and D7.  Those landslides prevented the completion of the Terre Rouge-Verdun Link Road project over a length of about 2.7 km, along the Southbound Carriageway towards Ripailles. I am further informed that during that period of three years, several attempts were made to re-profile the slopes at that time but given the complexity of the terrain and the high water table, the works could not be completed successfully, hence the decision of the RDA to allocate a separate contract for the treatment of the landslides », ajoute-t-il.
Ce contrat valant Rs 762,3 millions a été alloué à la firme Sinohydro Corporation Ltd, avec le début des travaux en octobre 2014 et la livraison du chantier le 2 janvier 2016. En parallèle, la RDA a nommé une autre firme de consultants, GETS, pour des besoins géotechniques au coût de Rs 4,5 millions.
« According to the observations of GETS, the tests after the design made by EGIS BCEOM were incomplete as piling details were missing; the specifications were inadequate; and insufficient land was available at zones D5, D6 and D7 for the implementation of the treatment of the landslide problems.  A low factor of safety during temporary conditions on site was also observed by GETS.  The contractor was thus unable to complete the re-profiling works, as per the original scope of works defined by EGIS BCEOM », a poursuivi le ministre dans sa réponse liminaire. De ce fait, la firme GETS fut appelée à revoir le design des zones à la lumière de nouvelles investigations géologiques. Le coût fut révisé à la hausse, soit à Rs 8,8 millions.
Puis vinrent les pluies de février 2015 avec des cracks dans la zone 6 et l’éboulement de terrain sur environ deux mètres. « These cracks propagated over a circumference of 80 metres and are located at around 100 metres from the carriageway », déclare le ministre et mentionne la nomination de ARQ Ltd pour revoir le design proposé par GETS. Le ministre a ensuite passé en revue la progression des travaux dans les différentes zones sinistrées de la Terre-Rouge–Verdun Link Road, en l’occurrence
la fin des travaux dans la zone D 4, plus près du rond-point de Ripailles ;
la conclusion des travaux sur la route dans la zone D 5 et l’installation des filets pour prévenir les chutes de pierres et la réouverture de ce tronçon de la Link Road à la fin de ce mois, même si la fin de l’installation des filets est prévue dans quelques mois ;
la zone D 6 est considérée comme étant « the most difficult due to the observance of several severe cracks ».
À cet effet, les consultants de GETS ont soumis des propositions pour stabiliser le sol selon un design définitif en mars dernier et les travaux, qui ont déjà démarré, prennent fin en décembre prochain. Les travaux de re-Profiling de la zone D 7 sont déjà complets et des acquisitions de terrain en cours; et « the expected completion date is end of November 2016 ».
Au chapitre des coûts de ces travaux, Nando Bodha a révélé que le contrat alloué à Sinohydro est d’une valeur de Rs 496,5 millions alors que les frais des consultants sont de Rs 9,8 millions pour GETS et de 561 475 rands pour ARQ. La société GETS a déjà été payée la somme de Rs 7,1 millions alors qu’ARQ n’a pas été payée compte tenu de l’absence du rapport final.
Bhagwan : Le ministre a énuméré différents chiffres dans sa réponse. Peut-il révéler le montant payé aux consultants. Nous sommes dans cette Chambre depuis des années et le past record de Sinohydro a été commenté à différentes occasions. Peut-il confirmer s’il a discuté avec les consultants en vue de déterminer la capacité des contracteurs et de donner des garanties à la Chambre ?
Bodha : I totally agree with the Honourable Member. Le problème est que le budget initial des consultants était de Rs 800 000. Avec des coûts de Rs 10 millions pour un projet de Rs 800 millions, we’ve done the right thing. We have done the right design. Nous avons également demandé l’avis des consultants de Korea Expressway Corporation.
Bérenger : Puis-je savoir comment les Sud-Coréens ont été mêlés à ce projet ? Quelles procédures ont été adoptées ? Quels sont les frais encourus à cet effet ?
Bodha : Lors d’un déplacement en Corée du Sud pour une conférence, j’avais demandé à rencontrer les responsables de la Korea Expressway Corporation, qui s’occupe de la gestion d’un réseau routier de même que de ponts et de tunnels de quelque 400 kilomètres dans ce pays. Une délégation d’ingénieurs de haut niveau, qui était en visite à Maurice, a procédé à une évaluation des projets dans le cadre d’un Memorandum of Understanding avec la Road Development Authority.
Osman Mohamed : Indépendamment des fees avancés par le ministre, les travaux ne sont pas complétés, et puis peut-il y avoir des réclamations en dommages ?
Bodha : Nous avons initié une enquête au sujet de ce projet. À la lumière des Findings, nous allons pouvoir loger des réclamations contre ceux responsables du design, les consultants et les contracteurs.
Bhagwan : Pour ce qui est du choix de Korea Expressway Corporation, le ministre peut-il confirmer que l’un des membres du board est proche des Coréens et qu’il faut tout faire pour éviter ces connivences entre la RDA et les consultants comme tel avait été le cas dans le passé ?
Bodha : The daughter-in-law of the Chairman of RDA is from South Korea. She runs a snack in Grand-Bay.
Sorefan: Quel est le coût total de la Terre-Rouge/Verdun Link Road?
“A very dangerous one”
Bodha : Pour la première phase, le coût a été de Rs 1,2 milliard et pourrait finir à Rs 2 milliards. Pour les autres travaux, nous avons prévu un budget de Rs 800 millions. We are going to remain within the budget. Nous avons dû stopper les travaux pour quatre mois. Nous allons voir s’ils vont soumettre des reclamations à ce sujet.
À la fin des échanges, le député Rajesh Bhagwan a fait un plaidoyer pour que toutes les mesures de sécurité soient prises, en termes de points de lumière et de marquages car « the Terre-Rouge/Verdun Link Road is a very dangerous one ». Point de vue qui est partagé par le ministre Bodha.
Toujours au plan de l’infrastructure routière, le ministre a confirmé la signature le 5 avril dernier d’un MoU avec la Korea Expressway Corporation. « The main objectives of the MoU are to promote technical and institutional knowledge exchange in the field of road and transport, and to collaborate on the implementation of the Road Decongestion Programme (RDP) through close collaboration between the parties », a-t-il dit. Une équipe de consultants de Corée du Sud a fait le déplacement à Maurice en vue de faire « a technical and financial assessment of our proposed Road Decongestion Programme and to consider possibility of implementation of same » car « South Korea is internationally known for its expertise in the construction of roads, tunnels and bridges using state-of-the-art technology in South Korea and other parts of the world ».
Répondant à une interpellation supplémentaire du député Sorefan, Nando Bodha a soutenu qu’il n’a aucune objection que le MoU soit deposé sur la table de l’Assemblée nationale. Il a ajouté que la collaboration avec la Korea Expressway Corporation dépendra de l’évaluation du rapport soumis à cet effet. « Un Government to Government Agreement est envisagé et nous aborderons la deuxième étape. Il ne faut pas oublier qu’en ayant recours au Lowest Bidder, we have the worst consultants. The most important thing is to have the best technology ».
Le ministre a donné la garantie que « the government will do everything in all transparency. What we have got in the past in terms of variation of costs, delays, all this is not going to happen with this government ». Il a cité l’exemple du coût du Road Decongestion Programme, qui a été ramené de Rs 35 milliards à Rs 15 milliards. « Il y a le cas de la construction d’un tunnel à deux voies pour le coût de Rs 5 milliards. Maintenant ce même tunnel, à quatre voies, coûtera nettement moins cher », devait-il conclure.
Pour sa part, le vice-Premier ministre et ministre des Terres a sorti les grands moyens pour justifier le recrutement d’un conseil légal au ministère. « Mr Robin Appayah has contributed in the retrieving of more than 400 hectares of undeveloped State Lands from promoters and in forfeiting deposits and recouping arrears of more than Rs 400 million », a-t-il fait comprendre au député Reza Uteem. Il a ajouté que tout cela a été entrepris sans aucun paiement de compensation « whereas in the past the government has had to pay damages to the tune of Rs 170 million to a company for erroneous cancellation of the Letter of Intent ».
Me Appayah, qui détient un LLB (Hons) de l’Université de Londres et un MBA de l’Université de Maurice, bénéficie des salaires de Rs 95 000 par mois et des allocations de transport de Rs 10 200. « This all-inclusive allowance includes gratuity, cashable leave, passage benefits and end-of-year bonus », dit-il.
Uteem: Puis-je obtenir confirmation que ce Conseil legal a été recruté avec des salaires de Rs 95 000 par mois pour la bonne et simple raison qu’il a été Campaign Manager de l’Alliance Lepep dans une circonscription ?
Soodhun : So what’s wrong? Que s’est-il passé après les élections de 2000…? Zotte blyé kombié azan MMM ti ena en 2000?
Cette réponse du vice-Premier ministre provoque des remous au sein de l’hémicycle, Showkutally Soodhun rejetant les allégations de Reza Uteem à l’effet que Me Appayah l’avait accompagné au Central CID pour des dépositions à titre personnel. «He is having a free ride at taxpayers’ expense», devait trouver le député Uteem.
Pour sa part, le ministre de la Santé, Anil Gayan a révélé l’opération de 14 laboratoires médicaux dans le public et de 33 dans le privé. Il a ajouté que les responsables de ces laboratoires doivent se soumettre à des épreuves de contrôle de qualité et que tous les laboratoires du privé sont « licensed ».
Toutefois, les assurances du ministre Gayan au sujet de la qualité des services offerts ne semblent pas avoir convaincu le député Sorefan. « It is a fact that when people get their results from the laboratory, it is as if they copy from books », soutient Raffick Sorefan sur la base de son expérience dans le domaine médical. Et au Chief Whip, Mahen Jhugroo, d’en rajouter une couche en demandant au ministre si chaque laboratoire doit être sous le contrôle d’un pathologiste et si un seul pathologiste peut être responsable de plusieurs laboratoires à travers l’île.