Du bon boulot. C’est ce qu’a fait l’opposition, mardi dernier, à l’Assemblée nationale sur le dossier de l’accident du 3 mai provoqué par un autobus Blue Line de la Corporation Nationale de Transport (CNT) et qui a causé la mort de 10 personnes et fait quelques 45 blessés. Entre révélations et déterrements de faits qui tendent à confirmer les failles de l’enquête et la possibilité de cover-up et la révélation de cet élément de taille à l’effet que le chauffeur avait rapporté une défection sur le même autobus le 29 avril soit, quatre jours avant le drame et la touche de perfidie apportée par Rajesh Bhagwan qui a rappelé, avec une bonne dose de malice, les propos tenus par Navin Ramgoolam sur Anil Baichoo après l’accident de The Vale qui avait fait 5 morts fin 94, on peut dire que l’opposition a fait oeuvre utile et salutaire lors de l’exercice de la Private Notice Question.
Cette séance avait démarré sur une note solennelle avec une minute de silence observée à la mémoire des 10 victimes du terrible accident de la route survenu le 3 mai. Vite suivi de la PNQ. Le seul point à retenir de la réponse liminaire du ministre des Infrastructures publiques est le nombre d’accidents impliquant la CNT. Si Alan Ganoo avait demandé cette information pour la période s’étalant de 2007 à ce jour, Anil Baichoo a choisi de remonter plus loin dans le temps, soit jusqu’à 2000, époque où, faut-il le rappeler, il était également ministre… des Infrastructures publiques pour dire qu’il y a eu 7 909 accidents dont 45 mortels de 2000 à ce jour et 3 384 de 2007 à ce jour avec 24 morts enregistrés sur cette période.
Si, comme on s’y attendait, le ministre est venu avec ses assurances à l’effet que l’enquête sera conduite en toute transparence et qu’il en a profité pour souligner que le Premier ministre avait opté pour un appel à l’expertise indienne, il allait très vite devoir faire face à un tir de barrages de l’opposition.
A commencer par Alan Ganoo qui lui a demandé s’il est au courant que Suresh Chunnoo — qui dirige les services mécaniques du ministère et qui délivre des certificats de contrôle de qualité aux autobus de la CNT et qui est donc rémunéré par cet organisme — joue un rôle crucial dans l’enquête sur l’accident du 3 mai, ce qui le met en situation de juge et partie. Ce à quoi Anil Baichoo a répondu que c’est un des ingénieurs les plus qualifiés de son ministère et qu’à ce titre il est impliqué tout en assurant que l’enquête est conduite de la manière la plus professionnelle et transparente qui soit.
Des ingénieurs du MPI éconduits
Mais le leader de l’opposition n’a pas lâché prise et l’a invité à assurer que les personnes concernées par l’enquête et qui ont un intérêt dans cette affaire ne manipulent pas les preuves, question qui a obtenu la même réponse que la précédente. Mais Alan Ganoo devait en rajouter une couche en affirmant que M. Khodabacus et deux autres personnes se sont rendus, le soir même de l’accident, au site du Bulk Sugar Terminal pour examiner le véhicule accidenté mais qu’ils ont été interceptés par la police qui leur a enjoint de « make an official record in the Police Occurrence Book and they refused to do that and went away ».
Là aussi, le ministre des Infrastructures a défendu ce qui s’est révélé être un ingénieur de ses services qu’il a d’ailleurs couvert d’éloges pour son travail de « senior engineer » et a profité pour ajouter, sous la pression du leader de l’opposition qui réclamait que la CNT et les autres départements du ministère des Infrastructures Publiques ne soient en aucune manière mêlés à l’enquête policière, que la police est libre, de jour comme de nuit, de procéder à des recherches sur le site de la CNT.
Et ce fut au tour de Pravind Jugnauth de prendre le relais des questions qui font mouche avec une sur l’autobus accidenté et d’un rapport en date du 29 avril, soit quatre jours avant le drame et faisant état de représentations du chauffeur sur l’état du 4263 AG 07 à l’effet qu’il y avait un « air leakage at a connection point » et que « the same driver reported that the vehicle was making a lot of noise ».
Visiblement pris de court par ses révélations, le ministre se contentera de répondre que le même rapport fait plus loin état des réparations effectuées mais, ces réponses devraient être couvertes par des cris de « négligence criminelle » et de « cover up » venant des bancs de l’opposition, tandis que les élus de la majorité s’en prenaient à Parvind Jugnauth qu’il ont accusé de ne retenir qu’une partie du rapport.
Les échanges devaient, à partir de là, se faire de plus en plus vifs avec des piques fusant de tous les côtés de l’hémicycle. Et, loin de faire baisser la température, Rajesh Bhagwan va, au contraire, s’adresser directement au ministre des Infrastructures publiques et lui demander s’il est d’accord avec ce qu’avait dit Navin Ramgoolam en 1995 lorsque ce dernier, après un accident à The Vale qui avait fait 5 morts, avait non seulement réclamé la démission du ministre d’alors, Anil Baichoo, mais avait aussi ajouté que « their deaths are going to hang around his neck… the Minister’s neck ».
Évidement aucune réponse à cette question fort embarrassante, si ce n’est un échange d’invectives de part et d’autre et un vrai souci pour le Speaker à faire respecter l’ordre dans la chambre. Toujours est-il que le leader de l’opposition va poursuivre dans le même registre et demander qu’une enquête vraiment indépendante soit menée sur cet accident, que les Blue Line soient confinés au garage en attendant que leur état de navigabilité soit assuré et que « the minister should seriously think of vacating this office and giving place to another Minister ».
Dans sa réponse, Anil Baichoo indiquera que l’opposition n’arrête pas de réclamer des enquêtes pour ensuite se débiner et ne pas venir déposer et qu’elle agit ensuite comme des « vautours » qui attendent qu’il y a des cadavres pour faire de la petite politique, terme qui a provoqué un véritable tollé et des protestations en règle alors que le Speaker mettait fin à l’item PNQ.
Steve Obeegadoo et Alan Ganoo devaient inviter Razack Peeroo à statuer sur le terme « vautour » utilisé par Anil Baichoo. Ce dernier, invité à dire s’il avait bien utilisé ce mot, commencera par dire que, « I did not use it for the opposition » mais le Speaker insista, ce qui a amené le ministre des Infrastructures Publiques à dire « Okay, I did use. I withdraw ! « .
Quant aux questions destinées au Premier ministre, on retiendra qu’invité à se pencher sur l’augmentation de la participation des femmes aux élections nationales, le Premier ministre a annoncé la présentation d’un White Paper sur les réformes électorales, une décision qui fait suite aux demandes du comité des droits de l’homme de l’ONU et que ce document fera provision pour une participation accrue des femmes dans la politique.
Si la tranche de questions pour le Premier ministre a été plutôt calme, cette semaine, tel ne sera pas le cas pour celles concernant d’autres ministres dont Vasant Bunwaree qui a eu fort à faire et qui, comme à son habitude, était décidé à s’engager personnellement dans la défense de certains des employés de ses services comme Saroj Beeharry, la fonctionnaire qui l’a suivi du ministère du Travail à celui de l’éducation.
La handy workers qui voyage dans la voiture du ministre
Si le ministre a cru trouver une parade en disant que le poste mentionné par le député Jhugroo n’existe pas, il n’a pas pu se dérober à la question suivante du même député visant directement la handy worker Saroj Beeharry et, là, le ministre va employer les grands moyens pour défendre cette personne. Et s’il a démenti qu’elle voyage « dans ma voiture, peut-être, elle est une habitante de ma circonscription ! « .
Le ministre devait ensuite être rappelé à l’ordre par ses commentaires généraux au lieu des réponses précises aux questions des députés Jhugroo et Seeruttun. Lorsque la question fatidique tombera, celle de Mahen Jhugroo de savoir « what is the relation between Mrs S.B. and the presumed pedophile of the MITD », le Speaker choisira de mettre un terme à cet échange qui dégénérait d’autant que la députée Arianne Navarre-Marie avait protesté contre le fait que Shakeel Mohamed avait lancé que l’auteur de la question « was behaving like a ‘she' ».
Les autres temps forts ont été les réponses données notamment par le ministre du Tourisme suppléant Tassarajen Pillay Chedumbrum sur Robert Desvaux et les recrutements de 107 travailleurs depuis janvier 2011 à la Tourism Authority qui ont surtout concerné les circonscriptions de Xavier Duval et de Michael Sik Yuen.