Le Premier ministre présentera ce mardi une motion proposant la tenue d’une séance spéciale le vendredi 13 décembre pour honorer la mémoire de Nelson Mandela. Elle est ainsi libellée : « This Assembly is of opinion that a special sitting of the National Assembly be held on Friday 13 December 2013 at 3.30 p. m. to enable the House to pay tribute to late Nelson Rolihlahla Mandela, former President of the Republic of South Africa and that such sitting be exempted from the provisions of all the Standing Orders of the National Assembly, other than Standing Order 8 in so far as it relates to the election of a Speaker for the day, Standing Order 11 in so far as it relates to the adjournment of the Assembly by a Minister, and Standing Order 14 in so far as it relates to the issue of the Order Paper. »
Les parlementaires, probablement le Premier ministre puis le leader de l’opposition et le Speaker, auront ainsi l’occasion de parler de la carrière et de la vie du premier président noir de l’Afrique du Sud qui s’est éteint dans la soirée de jeudi.
L’agenda des travaux de mardi n’a pas d’item consacré aux questions, donc pas de Private Notice Question ni de Parliamentary Questions puisqu’y figure un débat sur un budget supplémentaire pour l’année 2013, un exercice qui, selon les Stading Orders, doit faire l’impasse sur les questions. Pas de question le mardi 10 décembre et il n’est pas prévu qu’il y ait de PNQ le vendredi 13 pour la séance spéciale qui doit, comme le veut la tradition, revêtir toute la solennité que la situation exige.
Il reste la séance du mardi 17, qui devrait inclure des questions, et celle du 20, normalement programmée pour débattre des motions des députés, mais la semaine d’après se déroulera sans les PNQ puisque le leader de l’opposition sera à Paris à partir du 14 décembre pour une évaluation de son état de santé à la suite de son traitement concluant pour un cancer à l’amygdale gauche. Il a des rendez-vous de médecins tous les jours jusqu’à son départ de la capitale française le vendredi 20 décembre. Ce n’est donc qu’à la rentrée parlementaire de mars 2014 que les PNQ seront de retour.
Les travaux se dérouleront donc comme suit : présentation en première lecture du Finance (Miscellaneous Provisions) Bill et du Economic and Financial Measures (Miscellaneous Provisions) Bill par le ministre des Finances, Xavier Duval, les deux textes ayant pour objectif de donner force de loi aux propositions budgétaires pour 2014, du Revenue and Valuation Appeal Tribunal (Amendment) Bill, texte qui, lui, est piloté par l’Attorney General et qui dissout le Board of Assessment qui jusqu’ici traitait des litiges autour des acquisitions obligatoires et transfère ces responsabilité au RVAT, et du Copyright Bill par le ministre des Arts et de la Culture, Mukeshwar Choonee. Ce sera ensuite la présentation de la motion du Premier ministre, qui ne sera pas sujet à débat si ce n’est que l’Assemblée l’adoptera après que le leader de l’opposition l’aura secondé.
Après l’adoption du budget 2014 en troisième lecture, présentation en deuxième lecture de The Supplementary Appropriation (2013) Bill suivi de l’exercice de l’examen en comité de ses dotations. Cet exercice qui exclut les questions est le deuxième de ce genre à être réalisé en cette fin d’année, un budget supplémentaire pour 2012 ayant été adopté au début du mois dernier.
Une fois cet item épuisé, les parlementaires vont poursuivre les débats sur le Sports Bill là où ils ont été interropus au petites heures de mercredi matin. C’est le PPS Patrick Assirvaden qui devrait être le premier intervenant sur ce texte qui prête toujours à controverse. Après le vote du texte, ce sera au tour du ministre du Travail et de l’Emploi de présenter l’Additional Remuneration BIll, texte qui est nécessaire pour donner un contenu légal au paiement de la compensation salariale à partir de fin janvier 2014 et qui devrait être voté dans la nuit.
Le gril à fond
La séance de mardi dernier a, elle aussi, était particulièrement longue. Commencée à 11h30, elle s’est terminée peu avant trois heures mercredi matin. Et ce n’est pas quatre mais cinq ministres qui se sont retrouvés sur le gril au début des travaux qui était axés sur la fin de l’examen en comité des dotations du budget 2014.
Pour démarrer une bordée de questions des empêcheurs de tourner en rond habituels, dont Rajesh Bhagwan et Reza Uteem, entre autres, pour le ministre du Commerce et de l’Industrie, Cader Sayed Hossen, sur le bunkering des produits pétroliers, leurs prix, la protection des consommateurs et les ventilateurs de la marque Pacific. Le ministre s’en est sorti plutôt bien contrairement à ceux qui vont le succéder sur le gril.
Suren Dayal aura fort à faire pour expliquer sa politique de lutte contre la pauvreté et son programme de logement social suite aux questions venant essentiellement des députés Françoise Labelle et Josique Redegonde-Haines, et Jim Seetaram sera également cuisiné sur les PME avant que Rajesh Bhagwan n’en profite pour déplorer la brutale mise à pied de l’ancien directeur de la SMEDA, Vijay Ramgoolam.
Même régime pour la ministre Mireille Martin, qui a dû faire face à des tirs croisés venant des députés femmes de l’opposition, avec en pointe Lisye Ribot, sur les différents services relevant de la responsabilité de son ministère. Et pour terminer, Suttyadeo Moutia, dont ou aurait pensé qu’il aurait la vie facile, mais non, il a dû lui aussi faire face à de nombreuses demandes de clarification. Les députés de l’opposition constatant que le ministre de la Fonction publique était plutôt démuni face à leurs interrogations se sont finalement montrés indulgents à son égard.
C’est en soirée que le ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée, a présenté un amendement à son Local Government Bill de 2011 et a annoncé qu’il proposait aussi… amendements à son amendement et que cela faisait suite à des observations de la Cour suprême suite au cas d’un candidat disqualifié pour cause de condamnation dans un délit de drogue.
À cause d’un candidat PTr condamné pour délit de drogue …
« Ironie et infâmie » a d’emblée lancé le leader de l’opposition, qui était l’unique intervenant de l’opposition sur ce Local Governement (Amendment) Bill. Ce jugement, a-t-il rappelé, est la conséquence de la présence d’un candidat travailliste condamné pour délit de drogue et qui s’était porté candidat aux élections villageoises de Petite Rivière. L’amendement du ministre vient retirer à ceux qui sont sur la liste réservée la possibilité de se présenter comme candidat, a vivement dénoncé Pau Bérenger. Et de se demander si tout cela est conforme à la constitution, avant d’affirmer que l’opposition votera contre ce texte.
Dans son intervention, l’Attorney General, Satish Faugoo, est venu corriger l’impression laissée par le ministre des Administrations régionales que les candidats se trouvant sur la liste réservée ne pouvaient se présenter à une élection de remplacement d’une candidat déchu. Le texte a néanmoins été approuvé par la majorité.
L’autre gros morceau de la soirée a été la présentation par le ministre des Sports du nouveau Sports Bill qui, en sus de prétendre réorganiser le sport à Maurice, crée une ligue semi-professionnelle de football dans le pays. Dev Anand Rittoo a donné « la garantie que loin de basculer dans le communalisme, nous allons cultiver le concept de vivre ensemble via le sport » et qu’il y aura un cahier des charges strict pour éviter tout dérapage.
Paul Bérenger, très grave dans le ton, a dit que ce que dit le ministre est une chose et ce que souhaitent certains « passéistes et rétrogrades » pour réveiller le démon communal est une autre affaire. Le leader de l’opposition s’est réjoui qu’il y ait eu de nombreuses voix au sein de la jeunesse notamment pour dire non au retour aux clubs d’antan.
Il a ensuite situé ce projet dans sa perspective historique, du « démon communal » qui s’est emparé du pays de 1959 à 63, de l’explosion de 1965 puis de 1968, de la naissance du MMM en 1969 « pour refaire l’unité du peuple mauricien tel qu’elle avait été réalisée en 1936 par le Parti travailliste d’alors ».
Et de rappeler que des incidents à caractère communal ont émaillé les rencontres entres les équipes à dénomination communale avant de s’appesantir sur 1999, l’année de tous les malheurs, sur le rapport Matadeen, sur les événements de mai suite à un match de foot, pour dire que c’est tout cela qui avait conduit à la régionalisation, à une décision qui visait à tourner le dos pour de bon à des équipes communales. Il devait même citer ce que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait eu à dire lors des débats sur le Sport Bill proposé par Marie Claude Arouff-Parfait.
C’est le ministre Shakeel Mohamed qui a été le premier intervenant du gouvernement sur ce texte, et le moins que l’on puisse dire, c’est que loin d’emboîter le pas à son collègue Rittoo et donner des assurances que le communalisme ne passera pas, s’est embarqué dans une analyse selon laquelle le gouvernement de 1999, dirigé par Navin Ramgoolam, avait été mal inspiré d’introduire la régionalisation du sport.
Le ministre a même suggéré qu’il y a eu mauvaise interprétation de l’affaire L’Amicale et il a ensuite déclaré que l’on ne peut imputer au sport la responsabilité du communalisme alors que les politiciens, eux, choisissent leurs candidats en fonction de leur profil communal et castéiste.
Pravind Jugnauth a, sur un ton éminemment politique, affirmé que la réforme électorale qui est censée éliminer le communalisme dans la politique se fait toujours attendre et que certains, à l’instar du ministre Sik Yuen, ont même trouvé l’astuce pour se faire désigner Best Loser.
Le PPS Dhriraj Khamajeet et son collègue Abdullah Hosssen sont ensuite intervenus pour défendre le texte et prétendre que le sport a connu des sommets avec les travaillistes au pouvoir, tandis que Franco Quirin a dit son opposition au retour au football d’antan et que le député de Rodrigues Francisco François a évoqué la spécificité rodriguaise. La suite des débats, c’est pour ce mardi, comme indiqué plus haut.