La première tranche des travaux parlementaires du jour, avec une séance marathon en perspective, a été marquée de vives tensions et d’une ambiance électrique. Le chef de file du Parti travailliste, Shakeel Mohamed, a été expulsé de l’hémicycle pour avoir conseillé à la Speaker de l’Assemblée nationale, Maya Hanoomanjee, de « take a break just to calm down »; elle n’a nullement apprécié cette suggestion de l’opposition, qui avait déjà initié une première protestation en refusant de poser leurs Parliamentary Questions à Pravind Jugnauth lors du Prime Minister’s Question Time. Les députés de l’opposition concernés, le Whip Dan Baboo et Rajesh Bhagwan, voulaient protester contre la décision de la présidence de l’Assemblée nationale de limiter les interpellations supplémentaires sur la MBC, un dossier qui suscite passions et controverses. Malgré l’ordre d’expulsion contre Shakeel Mohamed, la situation ne devait pas revenir à la normale car le prochain clash reste un classique entre Maya Hanoomanjee et le leader du Mouvement Patriotique, Alan Ganoo. Ce n’est pas la première fois que ce député de l’opposition proteste contre le fait qu’il n’a pas la possibilité de proposer des interpellations supplémentaires. Pour répondre aux récriminations du leader du Mouvement Patriotique, la Speaker devait s’appesantir sur le fait que la discrétion du nombre d’interpellations supplémentaires revient de droit à la présidence de l’Assemblée nationale. Elle devait donner lecture à un Long Statement from the Chair soutenant que « unruly behaviour in the house may lead to a loss of confidence ».
Avant les incidents menant à l’expulsion de Shakeel Mohamed de l’hémicycle, le député Rajesh Bhagwan avait protesté contre la décision de renvoyer la PQ sur les salaires de l’ancienne directrice générale de l’Independent Broadcasting Authority, Youshreen Choomka, en queue de peloton (voir détails plus loin). Maya Hanoomanjee devait avoir toutes les peines du monde pour tenter de calmer l’ardeur de ce député de l’opposition, qui était venu pour faire feu de tout bois sur ce dossier.
Toutefois, la situation devait s’envenimer lors de l’interpellation inscrite au nom du député du PMSD, Adrien Duval, sur la MBC. La conséquence a été une protestation de l’opposition contre la présidence de l’Assemblée nationale avec un refus de poursuivre le Prime Minister’s Question Time.
C’est une question du député mauve Rajesh Bhagwan, à la mi-journée, qui a été à la source d’une vague de protestations des deux rangs de l’Assemblée nationale, et qui a attisé la colère d’une opposition laissée sur sa faim quant à la possibilité de poser des questions. Plus d’une dizaine de minutes durant, la Speaker aura eu bien du mal à mettre de l’ordre face aux protestants jusqu’à ce qu’elle décide de suspendre cette session parlementaire pour reprendre avec les questions adressées aux ministres.
En fait, la question principale provenait du député du PMSD Adrien Duval. Ce dernier voulait savoir si le poste de Director of News à la MBC était actuellement vacant et quand ce poste allait être rempli ainsi que le nom du dernier occupant de cette fonction et le salaire qu’il percevait. Or, après une question supplémentaire, la Speaker a permis à Rajesh Bhagwan de faire une interpellation supplémentaire.
Rajesh Bhagwan : La section 4(e) de la MBC Act stipule que les nouvelles seront exactes et rapportées de manière impartiale.
Speaker : Honorable Bhagwan, la question a trait au Director of News. Vous ne pouvez poser une question sur la politique générale de la MBC.
Bhagwan : Mais attendez, ma question est celle-ci : est-ce que le PM peut informer la Chambre si le Head of News n’est pas en train de bien travailler parce qu’il y a une mafia… (A ce moment précis, des voix de protestation s’élèvent dans les travées de la majorité alors que Rajesh Bhagwan poursuit). MBC is Pravind Broadcasting Corporation !
Le premier ministre, Pravind Jugnauth, se lève alors pour prendre la parole mais ses propos sont couverts par le brouhaha.
Rajesh Bhagwan : Pe met enn graphic designer la-ba…
Pravind Jugnauth : La MBC ne peut être tenue responsable si le rassemblement du MMM (celle du 1er mai, Ndlr)…
Une fois de plus, ses propos sont rendus inaudibles du fait des protestations assourdissantes de colère qui se sont aussitôt élevées juste après avoir lancé cette pique à l’encontre du MMM. Paul Bérenger est pour le moins irrité ainsi que les autres membres du parti.
Bhagwan : Shame !
Speaker : I’m on my feet !
Bérenger : C’est une provocation, Madame !
SAJ : Ki provocasion !
Speaker : Nous savons tous que nous avons une longue journée aujourd’hui et peut-être certains d’entre vous trouvent-ils la journée trop longue pour eux… (On entend alors des éclats de rires moqueurs dans les bancs de la majorité).
Bérenger : Koz manti koumsa lor nou !
Speaker : Vous n’avez pas le droit d’arguer avec la présidence.
Bérenger : Pena chair ! Shame !
Speaker : Shame on you !
Adrien Duval se lève pour rappeler à la Speaker qu’il n’a pas fini de poser ses questions supplémentaires. Mais les protestations fusent de plus belle. Le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, se met alors debout à son tour avant que la Speaker lui ordonne de se rasseoir.
Perraud : Rughoobur time !
Speaker : (étonnée et hors d’elle) Honorable Perraud !
XLD : Je voudrais faire appel à votre bon sens. Depuis que vous avez été au Parlement, combien de questions supplémentaires avez-vous accordées ? Vous devez vraiment être impartiale… Vous avez accordé dix questions supplémentaires à l’autre côté de la Chambre.
Speaker : Je sais de quelle manière je calcule le temps pour les questions supplémentaires. Je n’ai aucune explication à donner à aucun membre de la Chambre. L’honorable Rutnah m’a déjà harcelée pour ne pas lui avoir accordé suffisamment de temps… Honorable leader de l’opposition, vous pouvez venir avec une autre motion contre la présidence, mais je continuerai comme j’ai dit…
Adrien Duval : J’ai été Deputy Speaker et je le sais aussi. La dernière question supplémentaire doit revenir à celui qui a posé la question. Mais vous l’avez donné à l’honorable Bhagwan. C’est OK. Mais je n’ai pas eu ma dernière question supplémentaire.
Speaker : Je n’ai pas à arguer sur aucune décision.
Perraud : Deux poids deux mesures !
Speaker : J’invite les honorables membres, y compris ceux de l’opposition, à venir avec une motion contre la présidence. J’ai attiré votre attention sur le fait que quand la Speaker “is on her feet, there should be silence” ! La prochaine question à l’honorable Baboo, mais si vous n’avez pas envie de la poser, ne la posez pas.
Le brouhaha se poursuivant, la Speaker décide de mettre un terme au PMQT. Le chef de file du Ptr à l’Assemblée nationale, Shakeel Mohamed, irrité, présente alors un « point of order » à la Speaker : « En tant qu’ami, do you need a break ? »
Avec la décision de mettre fin prématurément au Prime Ministers’ Question Time, la tension entre l’opposition et la présidence de l’Assemblée nationale devait prendre une autre tournure. Le député Ganoo voulait intervenir avec des supplémentaires sur une PQ du député Ezra Jhuboo. Mais Maya Hanoomanjee ne voulait pas l’entendre de cette oreille, ajoutant que « the latter has been properly canvassed » avec au moins trois questions supplémentaires de l’auteur.
« La discrétion quant au nombre des supplémentaires revient à la présidence de l’Assemblée. Un des principes cardinaux est que la décision de la présidence de l’Assemblée ne peut être remise en question et I will not allow that you question my decision », devait-elle faire comprendre au député Ganoo. Ce dernier avait attiré l’attention de Maya Hanoomanjee que depuis le début de cette PQ, il avait levé la main à trois reprises et qu’elle n’avait pas levé la tête en direction de cette partie de l’hémicycle.
Profitant de la protestation du député Ganoo, Maya Hanoomanjee devait donner lecture d’une longue déclaration au sujet de la discipline et du décorum pendant le déroulement des travaux. Elle souligne que le comportement de certains parlementaires n’est nullement « conducive » aux débats. « My repeated calls to order seems to fall on deaf ears. Or they are sometimes simply ignored. Some elementary rules are simply disregarded or not complied with. » Et la Speaker d’ajouter que ces réprimandes s’adressent à une minorité de membres de l’Assemblée nationale.
« We are not only being watched by the population but by the whole world. Such unruly behaviour in the House may lead to a loss of confidence », s’appesantit Maya Hanoomanjee dans son appel au calme au sein de l’hémicycle. Auparavant, devant les protestations de l’opposition, la présidente de l’Assemblée devait faire ressortir que « I’ll invite Honourable Members to come with a motion of no confidence against the Chair. That’s the end of the matter. You cannot act as you do ».