L’interpellation inscrite à l’agenda du Question Time d’hier au nom du député de l’opposition, Rafick Sorefan, a constitué un tremplin pour le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, de procéder à un règlement de comptes avec le Top Management de la SICOM. Il n’a pas hésité à confirmer que Karuna Bhoojedur-Obeegadoo, Chief Executive Officer de cette compagnie d’assurances, gérant le portefeuille d’assurance de l’État, bénéficie d’un Pay Package de Rs 1 million, en ajoutant que le budget des allocations des membres du board en 2014 se montait à Rs 28 millions sans compter les Rs 8 millions pour les Independent Directors. La CEO de SICOM a été également prise à défaut avec la possibilité d’infraction pour le délit de conflit d’intérêts vu qu’elle siège également sur le conseil d’administration du MCB Group, avec des intérêts dans d’autres sociétés d’assurance. En passant, le ministre Bhadain a égratigné des officiels de l’Office of the Director of Public Prosecutions (DPP), qui ont fait partie de ce board. Il a qualifié d’inédite la situation, qui prévaut à SICOM, le Top Management refusant de mettre à exécution les instructions du conseil d’administration au sujet du paiement de la prime de performance aux membres du personnel de la compagnie d’assurances.
Un autre dossier qui a retenu l’attention concerne le problème du cancer à Maurice avec deux principales causes identifiées, à savoir le tabac et l’alcool. A été discuté le projet de signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) avec la Luzerner Kantonsspital de Lucerne, en Suisse, au sujet de l’infrastructure pour le traitement du cancer. Tout en reconnaissant la qualité du service de ce centre hospitalier helvétique, le leader de l’opposition, Paul Bérenger, s’est appesanti sur le fait que cet établissement n’est nullement une référence en matière de traitement du cancer et que le ministère de la Santé doit se tourner vers la Grande-Bretagne, la France, l’Inde, même si Washington est un peu éloigné. Les échanges entre l’opposition et le gouvernement sur le dossier du cancer étaient empreints de passions.
De son côté, le vice-Premier ministre et ministre des Services publics, Ivan Collendavelloo, a joué au Ponce Pilate dans l’affaire de la suspension du N° 2 du Central Electricity Board (CEB), interdit de fonctions suite à une fuite d’informations confidentielles. Face aux interpellations supplémentaires de l’opposition, le ministre a rétorqué qu’il « n’est pas le General Manager du CEB ». Et au chef de file du Labour à l’Assemblée nationale, Shakeel Mohamed, de rappeler que c’est le vice-Premier ministre Collendavelloo qui a tout initié au sein du CEB suite à la soumission par le leader de l’opposition d’un document non-signé.
Par le truchement d’une Parliamentary Question, le député Sorefan voulait obtenir confirmation du ministre Bhadain s’il était au courant du fait que des employés de SICOM n’avaient pas été payés leur Productive Bonus au cours de ces deux dernières années. « I am very much aware of the situation at SICOM », a répondu le ministre des Services financiers, qui ne s’est pas fait prier pour s’engager dans une opération de déballage en vue de clouer au pilori le Top Management de cette compagnie d’assurances.
Bhadain :  J’ ai même rencontré les employés de SICOM pour m’enquérir de la situation. I must say that the situation is very unfair. I believed that what has happened is that the employees have missed the target by a few percentage points. De ce fait, le Management a refusé de verser ce boni aux employés. Par contre, quand vous regardez du côté des salaires, des bénéfices et autres allocations en faveur des membres de la Management Team, c’est mirobolant. It’s really unfair that the employees are not paid the productive bonus. J’ai même rencontré des membres du board pour évoquer la question et plaider en faveur des employés. Il y a une proposition émanant du conseil d’administration pour que le paiement se fasse. Mais le management de SICOM ne veut pas mettre à exécution les directives du board. C’est une situation inédite, qui prévaut à la SICOM. Nous suivons l’évolution de la situation dépendant des conseils légaux prodigués.
Sorefan : Est-il vrai de dire que la Chief Executive Officer de SICOM perçoit des salaires mensuels de Rs 1 million par mois ? Et qu’elle siège sur le conseil d’administration de la MCB ?
Bhadain : Ce ne sont pas des salaires de Rs 1 million mais un Package de Rs 1 million avec trois billets d’avion en première classe chaque année. Il n’y a pas que la CEO. Il y a d’autres membres du Top Management avec des Packages variant entre Rs 400 000 et Rs 500 000. Entre-temps, aucun dividende n’est versé au gouvernement alors que des effets se font sentir sur des réserves de Rs 4,6 milliards. Les membres du management bénéficient de gros salaires. It’s a completely unacceptable situation…
Sorefan : Le ministre peut-il confirmer que durant ces trois dernières années, la CEO a bloqué dans son tiroir un rapport, qui avait recommandé des paiements aux employés ?
Bhadain : I’m aware of that. Cette décision a été prise pour des raisons obscures. These issues are being looked at and we are dealing with it in fairness and natural justice.
Uteem: Le ministre s’est-il donné la peine de voir sur le marché les salaires et conditions de service, qui sont pratiqués dans le secteur assurances et des banques en vue de faire la comparaison?
Bhadain :  SICOM est une société qui gère les polices d’assurance du gouvernement. C’est un Service Provider dans le public. Nul besoin de campagne de marketing et de publicité ou encore moins de réseau de représentations à travers l’île. SICOM n’a qu’un bureau à Port-Louis. Par contre, la National Insurance Company Ltd a 14 filiales à travers l’île. C’est ce qui se passe en général dans des corps para-étatiques. People use their positions to make money. Et sans rien en retour. Pour revenir à la question de la MCB, je confirme que la CEO de SICOM, qui siège sur le conseil d’administration de la MCB, est en position de conflit d’intérêts ; la MCB détient des intérêts dans des activités d’assurance autres que la SICOM, et la CEO de la SICOM participe à des prises de décisions. This is unacceptable.
Bérenger : Après avoir écouté tout ce que le ministre a dit sur la SICOM , puis-je prendre connaissance de la composition du board ? Qui est le président du conseil d’administration ?
Bhadain : Je vais soumettre les informations à la Chambre.
Le leader de l’opposition s’étonne de la réponse du ministre.
Bhadain : Pourquoi je n’ai pas les informations ? Simplement parce qu’il y a plusieurs boards à la SICOM. (Le ministre les énumère.) Puis-je rappeler qu’en 2014, les allocations aux directeurs membres du board étaient de Rs 28 millions sans compter les Rs 8 millions des directeurs non-exécutifs. Cela nous amène à Rs 36 millions…
Bancs du gouvernement : Tou sa la.
Bhadain : Evidemment, je vais déposer la liste sur la table de l’Assemblée nationale avec des noms de Senior members of the DPP’s Office, qui siégeaient sur le board de SICOM.
Le leader de l’opposition intervient pour réclamer que la composition de tous ces Boards soit rendue publique.
Uteem : Par rapport à la situation des employés, le ministre a dit que the CEO is wrong in her approach. Mais qu’a-t-on fait pour remédier à la situation ? Qu’a-t-il fait ? A-t-il envisagé de demander au Premier ministre d’intervenir ?
Bhadain : J’ai déjà dit que c’est une situation inédite et malsaine. Le management de SICOM refuse d’obtempérer aux directives du Board. Le management a cherché des avis légaux.
Avec le leader de l’opposition reprenant le fait que « now he is telling us that the General Manager is flouting the decision of the board », le ministre s’est demandé “what can I do?” en ajoutant que « si je demande au board de faire quoi que ce soit vous savez ce qui se passera après ».
Jhugroo: Puis-je savoir qui a donné son aval à de tels Packages?
Bhadain : Pour être franc avec vous, cela remonte à des années…
Meea : Ki sannla ti minis de Finans ?
Bhadain : It dates back to many years.
Shakeel Mohamed: Ki minis de Finans to pe vise?
Bhadain: Far back before he has been minister of Finance.
De son côté, le ministre de la Santé a été soumis à un feu roulant d’interpellations. D’abord, il a révélé à une PQ du député Bhagwan que depuis janvier 2015 à ce jour, il a effectué 12 missions officielles à l’étranger. Il a déposé sur la table de l’Assemblée nationale la liste de déplacement à l’étranger, soit dans l’ordre l’Ouganda (15 au 18 février 2015), Bruxelles (25 au 26 février 2015), Genève (16 et 17 mars) Genève (14 au 26 mai), Réunion (27 au 28 juin), Kenya (19 au 21 juillet) Glasgow (2 au 4 septembre) Cape Town (4 au 6 octobre), Londres (29 au 31 octobre) Addis-Abeba (24 et 25 février 2016) 15 au 22 mars (Chennai) et 23 au 28 mai (Genève). Il a révélé que l’Executive Director du Trust Fund for Specialised Medical Care ne l’a jamais accompagné dans ces missions officielles.
Le projet de Memorandum of Understanding avec le Luzerner Kantonsspital de Lucerbe en Suisse a donné lieu à de longs échanges. Le ministre Gayan a fait l’historique de ces contacts dans le cadre du traitement du cancer remontant à janvier 2013. Il a confirmé avoir visité cet établissement hospitalier en mai de l’année dernière et avoir eu des discussions avec les responsables. Il a ajouté que même si le conseil des ministres a donné son aval depuis juillet 2015, la signature du MOU n’a pas encore eu lieu. « Il y a une ébauche du MOU pour les besoins du Vetting par le State Law Office », a-t-il soutenu.
Bérenger : J’ai entendu le ministre dire que le MOU n’a pas encore été signé. Je sais que cette institution médicale de Suisse a une bonne réputation. Je n’en disconviens pas. Mais ce n’est pas la bonne adresse pour prodiguer l’encadrement technique nécessaire pour un centre de traitement du cancer à Maurice. C’est clair. It is not specialised in cancer. Pourquoi aller vers cette institution alors que nous savons que les centres d’autorité en la matière sont à Londres, Paris et New-Delhi ? Le ministre ne partage-t-il pas mon avis ?
Gayan : I certainly do not share the view of the leader of opposition. J’ai été en Suisse et j’ai vu ce dont ce centre est capable. They are prepared to come and advise us on the setting up of bunkers ; It will cost about Rs 250 millions…
Bérenger: Bien plus que cela…
Gayan : The bunkers have to be specially designed. We are looking for all possible advice from all quarters; Nous sommes en quête du “best advice”. Nous allons prendre avantage de l’expérienec des autres pays. L’Inde nous a proposés de l’aide. Cancer si such a sensitive issue and life destroying…
Bérenger : Bien sûr, nous devrons opter pour le meilleur. Cet établissement hospitalier est de haut niveau, voire même de première classe. But it is not specialised in cancer. Peut-il donner la garantie avant de procéder à la signature que nous allons rechercher la meilleure solution pour le centre de traitement du cancer ?
Gayan : We’ve not signed. C’est encore à l’étude à Maurice et en Suisse. We are open. Aucune décision n’a encore été prise ; Il y a eu un exercice de market sounding, dont la date limite a pris fin lundi. C’est ouvert à tous les pays du monde.
À une autre interpellation du député Zouberr Joomaye sur les facteurs de risque du cancer, le ministre de la Santé a cité le tabac, l’alcool et le mode de vie. Il devait concéder que le plan national pour le dépistage du cancer n’est pas appliqué de manière systématique. Il regrette que la consommation de cigarettes, qui était en baisse, semble reprendre la courbe ascendante. Il a plaidé pour un effort concerté en vue de contrôler l’usage des produits agrochimiques, un autre facteur à risque.
Parlant sur la base de l’expérience, le leader de l’opposition a attiré l’attention du ministre sur la nécessité de faire une distinction entre les différentes marques d’alcool comme facteur de risque de cancer et que tout dépend du « strength of the alcohol ». Il s’est également demandé si la progression dans le nombre de cas de décès attribués au cancer est due aux moyens de dépistage plus sophistiqués d’aujourd’hui. « Auparavant, on disait qu’il était mort de vieillesse. Or, cette vieillesse n’était autre que le cancer », a-t-il fait comprendre.
Le vice-Premier ministre et ministre des Services publics s’est évertué à prendre ses distances de la suspension du Deputy General Manager suite à une affaire de fuite d’information avec le leader de l’opposition déposant un document confidentiel à l’Assemblée le 8 octobre 2015 . Répondant à une PQ du député travailliste, Osman Mohamed, il a révélé la composition du comité disciplinaire, soit Me Kolunday, président, Me S.Vythilingum, ancien secrétaire permanent dans la Fonction publique, et S. Narain, ancien Deputy General Mananger du CEB. « No invoice has been submitted. No payment effected », devait-il ajouter au sujet des fees.
Bérenger : Puis-je savoir si le N° 2 du CEB a été interdit de ses fonctions sur la base du rapport soumis par ce comité ?
Collendavelloo :  Il doit y avoir des procédures disciplinaires à suivre au CEB. I’m not aware of more. I assume disciplinary procedure is being followed.
À une autre interpellation supplémentaire du député Osman Mohamed au sujet du déroulement des procédures discplinaires instituées contre le N° 2 du CEB, le vice-Premier ministre et ministre des Services publics a tout simplement: “I  don’t want to know.  I do not know. Then I don’t think in order to discuss a matter under enquiry. C’est au management de decider”.
Uteem: Eu égard du rapport de cette instance, un comité disciplinaire sera-t-il institué?
Collendavelloo : I’m not the General Manager of the CEB. I don’t interfere…
Shakeel Mohamed: He is the one who instigated the enquiry in the leakage. Now he does not know anything.