S’il n’y a pas eu de grand désordre mardi, cela n’a pas empêché qu’il y ait quelques vifs échanges lors de la Private Notice Question et du Question Time en général. Comme il fallait s’y attendre, la PNQ axée sur le dossier chargé de Showkutally Soodhun a été l’occasion pour le Premier ministre et le leader de l’opposition de croiser le fer avec une pointe de virulence, encore que Pravind Jugnauth s’est efforcé à garder son calme. Insatisfait des réponses du chef du gouvernement, frustré aussi, Xavier Duval a dû en deux occasions retirer les expressions « lying » et « shut up ». Il a néanmoins pu décocher une ultime flèche assassine en direction du Premier ministre en lui disant « you have no moral right to even be a Prime Minister. »
Dans sa réponse initiale à la PNQ du leader de l’opposition, Pravind Jugnauth a indiqué qu’il y a pas moins de 14 cas qui ont été rapportés à la police contre l’ancien ministre des Terres et du Logement dont six rien que sur les propos à relent communal qu’il a prononcés lors d’une réunion avec les habitants de Bassin en juillet dernier. L’ex-ministre a pour sa part consigné une déposition pour infraction aux dispositions de l’ICTA.
Xavier Duval a alors enchaîné avec une série de questions supplémentaires sur le retour en jet privé de Showkutally Soodhun d’Arabie Saoudite et qui, selon lui, aurait coûté la bagatelle de Rs 3,6 millions et l’identité de celui qui aurait payé cette facture et pour quelle raison. Le Premier ministre a dit qu’il n’y a eu aucune enquête initiée à ce sujet et qu’il n’y a pas eu de déposition faite en relation avec cette affaire.
Le leader de l’opposition a ensuite évoqué le volet des valises de l’ex-ministre avant de demander s’il y a eu une enquête des douanes sur le nombre de pièces apportées. Même réponse de Pravind Jugnauth, qui a invité Xavier Duval à aller à la police s’il a des informations crédibles à ce sujet ou à les lui communiquer.
Autre dossier évoqué, celui d’un homme d’affaires du nom de Chapekar, qui aurait publiquement affirmé avoir avancé un prêt de Rs 1 million à Showkutally Soodhun. Le chef de l’opposition a voulu savoir si, comme dans le cas de Nandanee Soornack, le gouvernement dépêchera des enquêteurs de la police pour tirer cette affaire au clair. Même réponse du chef du gouvernement, qui a répété que la police enquêtera s’il y a une plainte formelle logée.
Prochain volet de la saga Soodhun mentionné par Xavier Duval, les factures impayées de l’ordre de Rs 400 000 de l’ex-ministre auprès de la Clinique Apollo et qui furent éventuellement rayées par la direction de cet établissement. Pas au courant, a répondu Pravind Jugnauth, qui a une nouvelle fois invité les dénonciateurs à se tourner vers la police. Mais le leader de l’opposition a dit ne pas avoir confiance dans cette organisation.
Place ensuite à Iframac et les voitures « achetées » par Showkutally Soodhun, une Mercedes sur laquelle il devrait toujours une somme de Rs 600 000 et une Mitsubishi de Rs 800 000 jamais payée. Remboursement et enquête sur cet aspect, a réclamé Xavier Duval, tandis que le Premier ministre, constatant qu’il citait un document, lui a demandé de le lui remettre pour qu’il l’envoie au commissaire de police pour enquête. Quelque peu pris au dépourvu, le leader de l’opposition dira qu’il y a une vingtaine de noms sur le document, a quelque peu hésité avant de dire qu’il le déposait sur la table de l’Assemblée nationale.
Les questions éludées
Prochain dossier à charge contre Showkutally Soodhun, l’affaire du communiqué émis par son ministère indiquant que Maurice s’alignait sur la position de l’Arabie Saoudite contre le Qatar. Xavier Duval a voulu avoir si, en tant que Premier ministre, il a initié une quelconque action disciplinaire à son encontre. C’est par une pirouette que le Premier ministre a éludé la question en prétextant que cela n’avait rien à faire avec la question originelle.
Le leader de l’opposition est alors passé au volet des affiches illégales apposées à proximité des mosquées en juillet dernier pour obtenir comme réponse que la police doit être en train d’enquêter là-dessus, avant d’aborder celui du couple Ruhomally interpellé après une plainte de l’ex-ministre du Logement, alors que le couple avait partagé des courriels portant sur les factures impayées de Showkutally Soodhun. Réponse ici : rien dans le dossier de police n’indique qu’il y a eu une dénonciation du couple.
Passant à l’aspect du fonctionnement du ministère des Terres et du Logement, Xavier Duval a demandé au Premier ministre s’il enquêtera sur les conditions « troublantes », selon lui, dans lesquelles des arpents de plage ont été accordés à deux promoteurs Clear Ocean et KPMM. Il a répondu que pour qu’il y ait une investigation, il faut au préalable établir un prima facie case.
Et à Xavier Duval de rappeler qu’en Grande-Bretagne des ministres ont été poussés à la démission après que des enquêtes aient été initiées par le Cabinet Office et que, là-bas, on ne se cache pas derrière les enquêtes et l’ICAC. Pour faire la démonstration qu’il agit, Pravind Jugnauth est revenu sur la copie de la vidéo sur Showkutally Soodhun qui lui a été remise par les journalistes de l’express et qu’il a immédiatement transmise à la police.
Comme c’est Xavier Duval qui a lui-même revendiqué avoir remis cette vidéo à l’express, le Premier ministre a ajouté : « I am asking myself, and the people of this country must ask themselves the question : what was the motive of the Leader of the Opposition to hand it over to the journalists  » Ce qui a provoqué un brouhaha dans l’hémicycle. Mais Pravind Jugnauth a poursuivi en disant « was it to try to prevent or to try to stir up communal tension in the country ? » Avant de préciser avoir entendu parler de cette vidéo mais ne pas avoir été au courant de son contenu exact et qu’il savait que le leader de l’opposition avait, lui, une copie depuis un moment.
C’est à ce moment qu’il y a eu de vifs échanges et que le leader de l’opposition a affirmé n’avoir eu une copie de cette vidéo la veille qu’il l’a remise à Axcel Cheney. Les échanges ont alors brusquement cessé avant même que le temps imparti à la PNQ ne soit épuisé.
Le Prime Minister’s Question Time a été également bien animé. Surtout avec les questions de Rajesh Bhagwan sur Rudy Veeramundur, objet d’une lettre de dénonciations depuis le 11 septembre pour son ingérence dans la rédaction de la MBC et la réponse plutôt surprenante de Pravind Jugnauth disant qu’il n’a reçu la missive que le 9 novembre dernier.
Le premier député du N°20 en a profité pour dénoncer la MBC, sa partisanerie outrancière consistant à monopoliser le journal télévisé pour faire la promotion du PM en profitant pour envoyer quelques piques et dire que ce gouvernement n’a que quelques mois encore à tirer, mais Pravind Jugnauth a dit qu’il enquêterait sur cette affaire tout en assurant qu’il ne s’ingère en aucune façon dans les affaires de la MBC.
La question suivante du député portait sur la nomination récente de Prakash Maunthrooa sur le conseil d’administration de la State Insurance Company of Mauritius et il a aussi exprimé son exaspération quant à la situation du Senior Adviser du Premier ministre qui, bien que poursuivi dans une affaire de corruption, siège sur plusieurs boards.
Et la FSC ?
Reza Uteem a, lui, demandé comment la Financial Services Commission a pu autoriser quelqu’un qui fait face au procès Boskalis à participer à la direction d’une compagnie d’assurance, alors que la réponse du Premier ministre, invariable, est que Maurice est un état de droit et que tant qu’il n’y a pas de condamnation il ne peut pas agir.
Pour le reste du Question Time, le fait marquant aura été l’expression d’une très mauvaise humeur du ministre mentor sir Anerood Jugnauth qui a répondu brutalement à toutes les questions supplémentaires qui lui étaient posées.
En sus du tâtonnement habituel du ministre ex-PMSD passé au MSM Alain Wong, il y a eu cette autre question de Rajesh Bhagwan sur la fameuse fête de Divali organisée par le CEB dans la cour du Plaza le 15 octobre. Cette fête, qui avait un double objectif, célébrer le Divali et les 50 ans du CEB, a, selon le ministre suppléant des Services publics, Eddy Boissézon, coûté Rs 2,4 millions dont Rs 790 000 apportées par les producteurs privés. Rajesh Bhagwan a dénoncé le coût de cette opération politique, la présence de gros bras et l’heure tardive à laquelle s’est terminée la soirée avec moult références sarcastiques à « chiwawa ».
Mascareihnas pas Macarena !
La question du député travailliste Ritesh Ramful sur une ferme d’ostréiculture à Bambous Virieux-Mahébourg devait provoquer quelques grincements de dents de part et d’autre, avec le ministre répondant Prem Koonjoo disant que la firme autorisée s’appelle Mascareignas et non « Macarena ». L’auteur de la question a voulu avoir si le promoteur de cette compagnie, Keshaye Beeda, est un parent à lui et le ministre a répondu qu’il s’agit bien du fils de son beau-frère et qu’il est aussi parenté à Ritesh Ramful. Le ministre a été incapable de préciser s’il s’est retiré des instances qui ont décidé d’accorder cette concession à un membre de sa famille.
Après le vote de deux textes, la Copyright Act et la Code de Commerce Act, il y a eu l’intervention fixe à l’ajournement qui se tient en quinzaine. Cette semaine, c’est Rajesh Bhagwan qui avait pris rendez-vous pour parler d’un sujet de brûlante actualité, le cas de l’avocat de Pravind Jugnauth, Raouf Gulbul, et de la demande répétée du MMM, au nom de la bonne gouvernance, pour qu’il se retire de la présidence de la Gambling Regulatory Authority et de la Law Reform Commission, lequel est aussi confronté à la commission d’enquête sur la drogue. Le Premier ministre a réaffirmé sa position qui est de ne décider que lorsque les faits seront établis.