« L’OPR n’a pas su jeter à Rodrigues les bases d’une économie solide »

Le nouveau Minority Leader Franceau Grandcourt, également leader de l’Union du peuple de Rodrigues (UPR), soutient que le gouvernement régional a raté une occasion de réinventer l’économie. Il intervenait, lundi, lors des débats budgétaires à l’Assemblée régionale de Rodrigues. Il avance que son parti pensait que le présent budget allait être autrement, mais que force est de constater que celui-ci est fade, ne proposant que des mesures à court terme.

Le Minority Leader déclare que la plupart des mesures préconisées ne cadrent pas avec la vision de son parti pour une île Rodrigues dans les 50 ans à venir. Pour lui, ‘it’s business as usual’, alors que cela ne devrait pas être le cas. Il estime que la pandémie de COVID-19 vient démontrer que ce gouvernement régional n’a aucune vision. « Ils n’ont pas su jeter les bases pour une économie solide et nous en payons les conséquences aujourd’hui. Au cours de leurs deux mandats consécutifs, ils n’ont pas su gérer les affaires du pays et si l’exode continue, c’est que beaucoup de Rodriguais n’arrivent pas à trouver leur place dans ce pays », dit-il.

Pour étayer ses dires, Franceau Grandcourt cite en exemple plusieurs failles mentionnées dans le dernier rapport de l’Audit. Il parle de gaspillage de fonds publics, de braderie des biens et des acquis de l’État tels que l’abattoir, l’hôtel Pointe Venus, celui de Bois D’Olive et la maison des pêcheurs, pour ne citer que ceux-là. Il demande au chef commissaire, Serge Clair, de procéder à un ‘Performance Appraisal’ de ses commissaires et de leurs commissions respectives. Car, selon lui, dans presque tous les secteurs, il n’y a aucune vision pour l’avenir.

« À cause de la pandémie du coronavirus qui sévit, ce budget était l’occasion pour Rodrigues de redevenir le grenier de Maurice. On se demande ce que fait le commissaire de l’Agriculture. Ena enn lizinn kafe dan Mon Plaisir, zot inn met saret devan bef. Kot kafe la ete ? Dans le précédent budget ils avaient parlé d’une ferme de production de semences. Kot li ete ? Le Chef commissaire a raison de dire que l’heure est grave », fait-il comprendre. Rajoutant que la production de haricots rouges a drastiquement baissé, passant de 114 tonnes en 2014 à seulement 7 tonnes en 2018. « Rodrigues produit tellement peu, qu’on importe plus que ce que l’on produit. L’Union européenne avait fait don de Rs 40 millions en 2018 pour la production agricole. Kot larzan la inn pase ? En ce qu’il s’agit de l’environnement c’est la même chose. Rs 44 millions étaient prévues pour un centre de tri des déchets. Kot sant la ete ? L’année dernière, Rs 150 millions ont été injectées dans le ‘National Environment Fund’. Kot ete ? », s’interroge Franceau Grandcourt.

Le Minority Leader estime que la commission des Infrastructures publiques ‘is very poor in terms of performance’. « Ils votent un règlement interdisant l’importation des véhicules de plus de sept ans; maintenant ils viennent dire que le règlement sera revu. On ne sait pas si c’est pour le meilleur ou le pire. Ce budget fait preuve de malhonnêteté intellectuelle. Nous sommes déçus », dit-il.
Il a été très critique quand il a abordé le volet de la santé à Rodrigues. « Ena enn komiser lasante, personn pa anvi tann koz sa boug-la telman dimounn pa kontan li », dit-il. Il trouve que pendant le confinement, le commissaire de la santé « inn zwe away ». Il s’interroge sur le nombre de lits équipés disponibles à l’hôpital de Crève-Coeur. « Si jamais il y a plus de 20 personnes nécessitant d’être mises sous respiration artificielle, que va-t-il se passer ? Il faut au moins 50 lits équipés. Qu’en est-il du ‘Master Plan’ pour l’hôpital de Crève-Coeur ? », se demande-t-il.
Au chapitre du câble à fibre optique, il dénonce le fait qu’avec le projet ‘Fibre to Home, I

am connected’, le gouvernement fait accroire que la population est connectée alors que ‘we are not connected’. « On paye Rs 85 millions par an pour cela. Pov lepap, ti beni kab optik, eski zot inn fer li kone ki nou pa ankor konekte ? », dit-il.
Franceau Grandcourt trouve aussi que les Rs 50 millions prévues pour le ‘COVID-19 Relief Support Scheme’ sont loin d’être suffisantes. « Il aurait fallu y injecter au minimum Rs 300 millions afin de soulager tous les secteurs touchés par la pandémie. Il faut également réactualiser le ‘Sustainable Integration Development Plan for Rodrigues’, le SIDPR et le mettre en oeuvre ». Il souhaite que les objectifs de la ‘Rodrigues Trading and Marketing Co Ltd’ soient revus afin de pouvoir stocker les productions alimentaires de l’île. Tout en s’interrogeant sur le label rodriguais, il estime qu’après presque 18 ans d’autonomie, il convient de procéder à une réforme administrative dans l’île. Et de souhaiter également qu’il y ait un audit sur tous les ‘schemes’ mis en place jusqu’ici « parski bizin rann kont konbien milion inn inzekte dan bann proze depi 2002 ziska zordi ».

En conclusion, Franceau Grandcourt déclare que le pire est à venir si le gouvernement régional ne se ressaisit pas. Car, soutient-il, comme le dit si bien le chef commissaire, il faut se rassembler pour une île Rodrigues meilleure.