On a cru pouvoir dire enfin ouf ! On a pensé que, probablement, les fous du volant ont fini par réaliser qu’une vie, c’est sacré. Qu’une vie, c’est l’âme d’une famille. De plusieurs, même.

On s’est même mis à imaginer qu’à force de compter des morts chaque jour, chaque automobiliste, chaque piéton, chaque motocycliste, chaque Mauricien a redoublé de vigilance et fait preuve d’une plus grande responsabilité sur la route. Par souci de stopper le massacre. De freiner l’hémorragie. Et parce que nous vivons dans ce petit coin de paradis qu’est le nôtre, où, au final, tout le monde fait partie d’une même grande famille, on a voulu croire que le pire était derrière nous. On a osé y croire. On en a même rêvé si fort qu’on a voulu que ce soit la vérité…

Puis est survenu ce terrible drame, ce mercredi 6 juin, en toute fin de journée, qui a emporté la toute menue et irrésistible Mahima, 7 ans, au compteur et 85e victime de cette bande d’irresponsables qui déciment nos familles. Un sourire craquant comme seuls les gosses en ont le secret. Un éclat qui vous désarme et fait fondre la plus pire des colères. Des yeux qui croquent la vie goulûment. Un regard qui crie « je veux vivre » d’une telle force, avec un tel désir innocent d’enfant qui ne vit que pour ces plaisirs qui vont lui bâtir une vie.

Mais il a suffi d’une fraction de seconde, d’un conducteur qui se trouvait au mauvais moment et au mauvais endroit et… tout a chaviré. Fauchant Mahima mortellement, emportant à tout jamais ses rêves et ceux de ses parents, proches et amis. Détruisant d’un coup de freins trop tardif et un mauvais réflexe, une vie… Une autre victime. Encore une de trop.

On a failli croire à un répit. On a eu tort. Il en faut plus, il faut croire, pour refroidir les ardeurs incontrôlées de ces écervelés et irresponsables qui sèment la terreur sur nos routes. La violence de certains des récents accidents est au-delà du cible. Un des chauffards impliqués n’était pas uniquement sous influence de l’alcool, mais également de substances nocives, en l’occurrence de drogue synthétique. Est-ce étonnant ? Pas vraiment.

Mais combien d’autres morts faudra-t-il compter pour que le gouvernement de Pravind Jugnauth accepte de ravaler sa fierté, la boucle au fond d’un placard, au nom de l’humanité et accepte de prendre, enfin, des mesures draconiennes que l’on attend depuis des lustres ? Comme, pour commencer, rétablir le permis à points. Et punir ces délits qui peuvent, a priori, paraître banals, mais qui font que l’ensemble des conducteurs développent une mentalité qui fait fi des règlements et des lois en vigueur. Avec, évidemment, comme incidence, un total manque de rigueur et de discipline, entraînant, trop souvent des accidents fatals…

L’hécatombe croissant, année après année, sur nos routes ne pèsera peut-être pas trop lourd dans la balance des arrivées touristiques. En revanche, plusieurs événements sont venus assommer l’image de l’île à l’extérieur. Comme ces alertes enregistrés dans les centres commerciaux, en cette fin de semaine. Le scandale de dopage qui a frappé l’univers hippique contraignant une écurie à retirer tous ses chevaux ! Ainsi que cette manif dans la capitale le week-end dernier.

Maurice est connue pour être l’une des destinations les plus sûres au monde. En contraste avec certaines îles où règne l’instabilité politique, où des groupes milices armées font régner la terreur. Mais si l’on continue à effriter de cette manière notre image de marque, il y a fort à parier que ce ne seront pas que quelques opérateurs isolés qui appelleront au boycott de la destination. Ce seront des marchés entiers qui seront perdus à jamais quand certains pays carrément opteront pour d’autres destinations vendant non seulement le dépaysement mais assurant la sécurité, la tranquillité d’y passer des vacances au calme et un endroit où le respect des droits de tout un chacun est scrupuleusement respecté. Et dans la foulée, n’oublions pas que notre économie prendra en sale coup !

L’actuel gouvernement semble plutôt lent à la détente sur ces questions. Préférant s’enliser dans des inaugurations répétitives et projets coûtant des milliards, même si dans le processus, on écrabouille l’âme de ce pays. Au figuré comme littéralement, d’ailleurs.

Alors il est temps de dire assez, massivement ! Ça suffit. Que l’on prenne des mesures. Que l’on redresse la situation. Qu’on arrête de prendre le bon peuple pour argent comptant qui encaisse, dans tous les cas de figure. Que l’on trouve des pistes si l’on n’a pas de solutions toutes faites et adéquates. Car il faut bien commencer quelque part. Cela vaut mieux que de continuer à jouer à la politique de l’autruche et s’entê- ter à croire/faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Non. Rien ne va plus. On ne veut plus que meurent nos petites Mahima. Plus de ces conducteurs qui tronquent des familles de leurs membres. Plus de ceux qui s’arrogent de pou- voirs et dictent leurs caprices. Il est de temps de botter le cul à la médiocrité et à l’ignorance. Nous ne méritons pas cela.