Accusés du meurtre de Deonarain Mungur devant la Cour d’assises en décembre 2007, Dharmadev Gangoo et Sujeet Gogah ont plaidé coupables mardi. L’assistant DPP Me Johan Moutou-Leckning a requalifié la charge d’assassinat en homicide. La juge Saheeda Peeroo les a condamnés à 30 ans de réclusion criminelle.
Le Directeur des poursuites publiques (DPP) intentait un procès pour assassinat à Dharmadev Gangoo (alias Rishi) et Sujeet Gogah (alias Vikash) devant la cour d’assises. Ils se sont présentés hier devant la juge Saheeda Peeroo qui les a condamnés à 30 ans de servitude pénale pour manslaughter sous les articles 215 et 223 (3) du Code criminel. L’accusation, représentée par l’assistant DPP Me Johan Moutou-Leckning, a requalifié la charge d’assassinat après le plaidoyer de culpabilité des prévenus. La juge Saheeda Peeroo a déclaré que « the accused have shown their utter disrespect for human life ». Et d’ajouter qu’ils sont un danger pour la société et méritent « une longue peine de prison ». Ces laboureurs de Quartier-Militaire ont des casiers judiciaires très chargés avec notamment des délits de vol et d’agression.
Deonarain Mungur (56 ans) travaillait comme gardien de nuit à la Wastewater Management Authority (WMA) de Vuillemin. Il a été sauvagement agressé par Dharmadev Gangoo et Sujeet Gogah alors qu’il dormait à même le sol le 30 décembre 2007. Les accusés se seraient concertés pour voler cet habitant de Melrose sur son lieu de travail, pensant qu’il avait de l’argent sur lui en cette période festive. Armés d’un sabre et d’un couteau de cuisine, Dharmadev Gangoo et Sujeet Gogah se sont rendus au bassin de la WMA et ont commis l’irréparable.
Le procès s’est tenu en quelques heures mardi. Mes Yahia Nazroo et Thierry Saminaden, représentant respectivement Dharmadev Gangoo et Sujeet Gogah, avaient demandé une sentence de 15 ans à 20 ans. Ce serait, selon Me Saminaden, « la ligne tarifaire » pour ce genre de délit. Ils ont soutenu que certaines personnes ayant commis des meurtres « plus atroces » ont écopé d’une peine de 15 ans. Les avocats ont mis en avant le fait que les prévenus ont fait gagner un temps précieux à la cour en plaidant coupable.
« Nous ne pouvons imaginer les conditions dans lesquelles vivent certains Mauriciens… Ce sont des oubliés de la société », a dit Me Yahia Nazroo. Il a mis en avant les conditions précaires dans lesquelles vivent les accusés qui les ont, quelque part, poussé à commettre ce délit. L’avocat a ensuite insisté sur le fait que « cela n’excuse en rien leur acte ». Il a soutenu que le taux de criminalité n’a pas baissé depuis que le législateur a décidé d’augmenter la sentence maximale en 2007 pour manslaugter et qu’une sentence sévère ne servirait à rien. Les deux hommes ont passé quatre ans en détention préventive.
Le Dr Satish Boolell, ancien chef du département médico-légal, a été appelé à la barre des témoins par la poursuite. Le légiste a soutenu que Deonarain Mungur a reçu des coups à la tête provoquant une fracture du crâne, plusieurs coupures au sabre notamment au cou et à la tête. L’organe génital de la victime avait aussi été sectionné. Des limiers ont expliqué que le pénis du gardien a été retrouvé dans le bassin de la WMA. Les accusés devaient voler les deux téléphones portables de Deonarain Mungur.
Du banc des accusés, les deux hommes ont déclaré qu’ils n’étaient pas partis à la WMA avec l’intention de tuer. « Mo enn dimoun mizer… Mo ti al laba pou kokin… Pa kone kinn arive pou sa maler-la arive », a soutenu Dharmadev Gangoo. Ils ont présenté des excuses à la cour, à la famille de la victime et à la société. Sujeet Gogah a trois enfants à charge.
Me Johan Moutou-Leckning a expliqué, dans son réquisitoire, que la victime était un vieil homme sans défense et que la Cour a un devoir de protéger la société contre des personnes « sans scrupule ». La poursuite a insisté sur le fait que les prévenus ont sectionné l’organe génital de la victime avant sa mort lui causant d’atroces souffrances.