La Mahébourg Citizens Welfare Organisation avait réussi un coup d’éclat en 2005 en forçant le gouvernement à rouvrir l’hôpital de Mahébourg qu’il avait fermé en 2002. Depuis, continuant sur sa lancée, cette organisation régionale a conquis d’autres lauriers sur le terrain de la revendication sociale, tant et si bien qu’ayant acquis un rayonnement national, l’association a été rebaptisée en 2009 Forum des Citoyens Libres.
Qu’il s’agisse de la Mahébourg Citizens Welfare Organisation (MCWO) ou du Forum des Citoyens Libres (FCL), c’est toujours le même combat citoyen pour une île Maurice plus libre, plus juste et plus fraternelle, affirme son président-fondateur, Georges Ah-Yan. « Le FCL est un chien de garde, et un chien de garde combatif, dans la société mauricienne », insiste-t-il.
Georges Ah-Yan, un travailleur social dont la réputation n’est plus à faire, nous dit avec pertinence : « Il n’est pas vrai de dire, surtout sans raison, que le FCL est systématiquement contre le gouvernement. Dans un contexte où nous sommes souvent sollicités par des forces vives aux quatre coins de l’île dans des cas de litige aux soupçons d’injustice sociale qui les opposent à une quelconque autorité du pays, nous leur accordons volontiers notre soutien dans le souci d’essayer de faire corriger cette injustice si vraiment injustice il y a de la part de l’autorité en question. En bref, nous travaillons en faveur de la paix sociale dans le pays. »
Actuellement, à Cap-Malheureux, il y a une source de conflit entre les forces vives du village et les autorités au sujet de la construction d’un bâtiment puisque, selon les forces vives, le site de la construction serait susceptible de causer un gros problème dans le domaine de l’environnement. Le FCL est présent aux côtés des forces vives de cette localité dans cette affaire. Tout comme le FCL est présent à Quatre-Bornes dans une autre affaire conflictuelle impliquant l’autorité urbaine.
Selon Georges Ah-Yan, « dans le passé, des gens bien protégés par les autorités avaient l’intention de transformer des anciennes toilettes publiques, à Mon-Choisy, en un restaurant mais nous avons réussi à faire stopper cet acte indigne d’une société qui se respecte. Un autre projet aujourd’hui qui est en cours d’être finalisé, nous préoccupe dans la même localité : il s’agit de la déviation de la route côtière en lui faisant faire un long détour à l’intérieur du pays avant de ressortir plusieurs kilomètres plus loin. Si cela se concrétise, ce sera au détriment de tout le monde car pour nous, les insulaires, la mer est une source d’évasion. C’est une situation que nous suivons de très près et nous n’en dirons pas plus pour le moment. »
Il y avait par ailleurs en 2007 de fortes pressions venant d’un groupe de personnes, soutenues par les autorités, pour que l’accès à l’îlot Gabriel devienne payant pour les membres du public au profit de ce groupe, mais, par la suite, le FCL a mené une campagne énergique contre ce projet et l’affaire a été portée devant la justice. Le juge Hamuth a tranché en faveur du FCL. Résultat : l’accès à l’îlot Gabriel est demeuré gratuit pour tout le monde.
Émeutes de février 1999
Le FCL doit sa création à un fait singulier dans l’histoire du pays, les émeutes qui ont éclaté à la suite du décès du chanteur Kaya en prison en 1999. Ainsi, en ce 22 février 1999, alors que le soulèvement populaire s’amplifie à Mahébourg, Gérard César, un travailleur social, réunit autour de lui des habitants pour leur demander de mettre au point une stratégie commune afin de faire face aux émeutes au cas où celles-ci arriveraient jusque dans leur village. Sur-le-champ, la MCWO est fondée pour le bien des habitants de Mahébourg.
Les émeutes prendront fin sans atteindre le village et, sur une proposition de Georges Ah-Yan, qui fait déjà montre de ses qualités de meneur, la MCWO se mue volontairement en une association sociale pour oeuvrer au bien-être de Mahébourg. La nouvelle association devait être appelée à goûter à son baptême de feu dans un avenir pas trop lointain… En effet, en avril 2002, le gouvernement ferme l’hôpital de Mahébourg, contraignant ainsi les habitants de cette localité à se rendre à celui de Rose-Belle. Cette décision gouvernementale provoque le mécontentement des dirigeants de la MCWO, qui décident de mener une campagne intensive pour que cet hôpital soit rouvert au public. En l’espace de quelques jours, la revendication s’installe à Mahébourg : il y a une grève de la faim et la tenue d’une trentaine de meetings dans trente villages de la région du sud. La mobilisation en faveur de la réouverture de cet hôpital est palpable dans le sud de l’île et le gouvernement décide de le rouvrir en février 2005. Cette réussite historique est demeurée à jamais vivante dans la mémoire des habitants de Mahébourg.
Après cette victoire acquise de haute lutte, la MCWO se lancera dans d’autres démarches pour l’amélioration du bien-être social dans la région du sud et, à ce titre, en 2004 la plage de Blue-Bay se verra doter d’un poste de police.
Pour être en harmonie avec son audience sur le plan national, la MCWO changera de sigle et prendra celui du FCL. Entre autres activités de nature revendicative, en 2006 le FCL a été d’une aide précieuse au Front Patriotique Mauricien de Karl Lamarque pour mettre un frein définitif à un projet de construction de 120 villas au Morne Brabant, qui est un lieu de mémoire de l’époque de l’esclavage à Maurice.
Selon son président, le FCL a encore une longue liste de projets revendicatifs pour une île Maurice encore plus humaine sur tous les plans.