Une quinzaine d’années de cela, alors jeunes adultes, ils ont tous connu le drame de voir leurs amis d’enfance ou leurs camarades de classe mourir à cause de l’alcool et la drogue dans leur quartier de Roche-Bois et ses alentours. Ayant pris conscience des méfaits de ces fléaux sociaux, ils ont retroussé leurs manches et se sont regroupés pour faire face à ce qu’ils considéraient comme la cause de tout ces malheurs : l’effritement des valeurs familiales.
« Nous nous sommes vite rendu compte que c’est à cause des problèmes familiaux que les jeunes en particulier succombent à l’alcool ou à la drogue », explique José Cangy, le vice-président de l’Association Pour Personnes en Larmes (APPEL), une organisation non-gouvernementale qui oeuvre dans le domaine de la réhabilitation des toxicomanes, des alcooliques et dans celui des services de support et d’accueil des familles dans la région de Roche-Bois et de ses environs.
En effet, il y a une quinzaine d’années, Darmen Ellayah (aujourd’hui président de l’association), José Cangy, Clifford Essoo, entre autres, s’alarmaient de voir leurs amis d’enfance et leurs camarades de classe mourir autour d’eux à cause de l’alcoolisme et la drogue. « Nous sentions que nous ne pouvions rester les bras croisés », soutient José Cangy.
C’est ainsi que leur petit groupe d’amis, qui eux s’adonnent aux activités sportives, décident de mettre sur pied à Roche-Bois une organisation de réhabilitation des toxicomanes et des alcooliques. « Pendant des années nous avons travaillé dans l’anonymat sans grand fla-fla, en essayant d’apporter un peu de réconfort et de soutien à ces personnes en détresse. Cela jusqu’en 2006, quand, vu le succès de nos programme de réhabilitation et de réinsertion sociale, nous réalisons qu’il nous faut le soutien d’autres sponsors et organisations pour mener à bien notre mission », explique le vice-président.
En 2004, lors d’un voyage en Australie, Darmen Ellayah apprend l’existence d’un programme innovant pour le sevrage des toxicomanes. Grâce aux contacts établis avec une organisation australienne engagée dans la réhabilitation des drogués, son groupe arrive à envoyer chaque année une demi-douzaine de patients suivre ce traitement en Australie. « C’est parce qu’on avait besoin de davantage de moyens pour continuer à envoyer des patients suivre ce programme australien que nous avons dû quitter notre anonymat, nous structurer en une association et nous faire officiellement enregistrer. Car on nous a alors fait comprendre qu’on ne pouvait nous aider si nous n’étions pas enregistrés en tant qu’association ». C’est ainsi qu’APPEL a été enregistrée en 2006, alors que ses membres oeuvraient sur le terrain depuis une bonne dizaine d’années déjà.
« Aujourd’hui nous avons étendu notre champ d’intervention et nous nous occupons également des familles. Nous nous sommes rendu compte que nombreux sont nos patients victimes de la toxicomanie et de l’alcoolisme parce qu’à la base, ils ont vécu dans des structures familiales brisées. Notre stratégie doit donc s’appuyer sur le renforcement des valeurs familiales si nous voulons vraiment être pertinents », insiste José Cangy.
Les volontaires d’APPEL offrent ainsi non seulement un soutien sociopsychologique aux patients, mais également des conseils à leurs familles. « Les membres de la famille d’un toxicomane ou d’un alcoolique souffrent énormément à cause de cela et ce n’est pas facile d’accepter par la suite que le patient peut changer de vie. Il s’agit donc pour nous non seulement de préparer le patient à réintégrer la cellule familiale mais aussi de préparer les parents à l’accepter », explique encore notre interlocuteur.
Depuis juin dernier, grâce au soutien du Decentralised Country Programme de l’Union européenne, APPEL dispose d’un centre, le Centre SAFE (Support d’Accueil Familiale et d’Écoute), à la Rue Balisage, à Roche-Bois.
« Nous y donnons des cours à une cinquantaine d’enfants à tour de rôle, grâce à l’outil informatique », indique José Cangy.
Outre leur programme Outreach pour les toxicomanes, les volontaires d’APPEL sont constamment sur le terrain, à visiter les familles en difficulté, leur prodiguant conseils et soutien pour les aider à sortir de la précarité. « Si personne ne vous a jamais expliqué les notions de l’hygiène corporelle, par exemple, vous ne pouvez comprendre l’importance de la propreté pour rester en bonne santé », élabore notre interlocuteur. « Si notre radiotélévision animait des émissions sur les valeurs familiales, cela aurait fait une grande différence dans notre lutte contre les fléaux sociaux », dit-il.
APPEL caresse maintenant le projet de mettre sur pied un centre permanent pour les sans-abris. « Les abris de nuit c’est déjà bien. Mais le lendemain, les SDF retournent à la rue… Nous projetons de créer un centre d’accueil pour les sans-abris, où nous essaierons de les éduquer à l’intégration sociale pour qu’ils ne retournent pas à la rue », dit José Cangy. APPEL peut être contacté au 448 2526.