Le secteur de l’assurance tant à Maurice que dans la région, voire dans le monde, a montré sa résilience face à la crise financière et économique globale. Cependant, la bonne performance relative de l’industrie, plus particulièrement aux plans local et régional, ne signifie qu’elle est totalement protégée contre les risques et les périodes d’instabilité financière à venir. C’est le message transmis ce matin à l’hôtel La Pirogue par la Chief Executive de la Financial Services Commission, Clairette Ah Hen, lors de l’ouverture d’une conférence régionale axée sur le renforcement de la surveillance du secteur de l’assurance et la promotion de la stabilité financière notamment en Afrique subsaharienne.
Organisée par l’International Association of Insurance Supervisors (IAIS), en l’occurrence l’association des régulateurs du secteur de l’assurance, avec la collaboration du Financial Stability Institute (FSI) et de la Financial Services Commission (FSC), cette conférence, qui s’étalera sur trois jours, réunit des représentants des autorités régulatrices de plusieurs pays d’Afrique : Afrique du Sud, Ghana, Kenya, Lesotho, Maurice, Namibie, Seychelles, Swaziland et Tanzanie. Elle est animée par des spécialistes du secteur financier du FSI, de l’autorité monétaire des Bermudes et du Financial Services Board d’Afrique du Sud.
Pour Clairette Ah Hen, la conférence se tient à un moment où le monde entier se voit face à des défis économiques sans précédent à relever. Alors que les pays membres du G20 ont lors de leur réunion de la semaine dernière tenté de trouver des solutions novatrices à la crise de la dette, la situation telle qu’elle s’est développée ne peut que renforcer encore plus la conviction générale en faveur des changements dans le système régulatoire.
Les mesures immédiates prises par la communauté internationale portent justement sur une consolidation du cadre réglementaire, le renforcement des mesures de contrôle et le respect des normes internationales. Cependant, regrette Clairette Ah Hen, les grands acteurs de l’économie mondiale semblent accorder moins d’importance au développement des capacités au sein des autorités régulatrices. « As regulators face the constant external challenges, it is essential that investment in training and upgrading of skills of their staff be maintained since only through capacity building will regulators be equipped to provide a rapid response to a continuingly evolving financial system », a-t-elle fait ressortir.
Faisant référence au dernier rapport du Fonds monétaire international sur la stabilité financière globale et où mention est faite de la détérioration de la stabilité financière depuis la chute de Lehman Brothers, la Chief Executive de la FSC a réaffirmé que le développement et la croissance ne peuvent se produire que s’il y a stabilité financière. Elle a dans la foulée souligné que l’industrie de l’assurance dans la région subsaharienne a montré sa résilience et a même dans certains pays comme Maurice poursuivi sa croissance ces dernières années en dépit de la crise économique globale.
Augmentation des primes
Les primes brutes enregistrées par le secteur à Maurice ont augmenté de 19 %. Ces primes sont réparties comme suit : assurance-vie : 68 % et assurance générale : 32 %. L’assurance-vie a progressé de 26 % alors que le taux de croissance de l’assurance générale a été de 11 %. Le taux de pénétration du secteur de l’assurance (soit le montant des primes en pourcentage du Produit intérieur brut du pays) se situait en 2010 à 5,86 % et continuait d’augmenter surtout grâce à la croissance de l’assurance-vie.
En Afrique, les primes brutes ont augmenté de 16 % l’année dernière pour atteindre USD 66 milliards et dans le monde elles s’élevaient à USD 4 300 milliards (+6 %). Toutefois, Clairette Ah Hen a mis en garde contre le fait que « the relatively good performance of the insurance industry in Mauritius and our regional positive growth does not shelter us from future risks and instability ».
La Chief Executive de la FSC est d’avis que les régulateurs auront à faire montre de plus de vigilance au niveau de la surveillance des institutions financières ayant un poids important dans le système financier. Ils devront aussi savoir comment mitiger les risques dans le secteur et s’assurer d’une application stricte des normes internationales. Comme d’autres organisations africaines, ajoutera Clairette Ah Hen, la FSC est prête à jouer son rôle à ce niveau et attend, par ailleurs, les recommandations de la Banque mondiale et du FMI concernant le respect par Maurice des principes de base définis par l’IAIS.
Jeffrey Yong, spécialiste du FSI, a élaboré sur ces « Insurance Core Principles » (ICP) préparés par l’IAIS, l’organisation chargée de les élaborer pour les régulateurs du secteur de l’assurance. Il a soutenu cependant qu’il ne suffit pas d’avoir des normes sur papier si on n’est pas prêt à veiller à leur application. Jeffrey Yong a parlé des conditions préalables qui doivent exister dans un marché pour que les normes puissent produire les effets escomptés.
Le représentant du FSI a fait état des leçons qui peuvent être tirées de la crise financière et économique globale notamment des manquements au niveau du cadre réglementaire et de la surveillance des marchés, de la trop grande latitude accordée à des opérateurs, de l’absence de contrôle sur les produits à risque, de la complexité des opérations et du manque de transparence dans les activités de certaines institutions, de l’inconsistance dans l’application des normes et le manque de coopération entre régulateurs relativement à l’échange d’informations. Jeffrey Yong a appelé à une meilleure compréhension des normes internationales telles que développées par l’IAIS pour une surveillance plus efficace du secteur de l’assurance.