— Aye, aye, aye tu as ta figue mouche jaune-là. Qu’est-ce qui t’es arrivée comme ça ?

— Ayo, je suis plein, je te dis, je suis mari plein.

— De quoi ?

— De faire des démarches pour les autres et de me bagarrer au téléphone.

— Tu fais des démarches pour qui ?

— Pour ma maman, toi. Dis-toi qu’elle a des problèmes avec son assurance.

— Ayo ! On a toujours des problèmes avec son assurance. Surtout quand on demande des remboursements.

— Tu as remarqué ça toi aussi ?

— Et comment. Quand on te vend une assurance on te promet le ciel, la lune, le soleil et les étoiles et quand tu envoie une réclamation, on te traite comme si tu avais envoyé une fausse facture.

— C’est exactement ça. On te traite comme si tu étais un fraudeur en puissance.

— Tu as eu cette impression-là toi aussi ?

— Plus d’une fois, toi. Une fois mon bonhomme était fatigué

il ne dormait pas bien, il était stressé quoi. Son docteur lui a dit d’aller faire un test avec un cardiologue et a même pris le rendez-vous pour lui. Il est allé et a fait le test sur une machine à courir.

— Qu’est-ce qu’il avait comme ça ?

— Son coeur n’avait rien, mais il était trop gros, mangeait trop et ne faisait pas assez d’exercice, lui qui se prétendait sportif.

— Comme mon bonhomme qui est un grand joueur de tennis et de football devant la télévision.

— Exactement, toi. Ce sont de grands sportifs de salon et ça connaît plus que les joueurs et les arbitres.

— Quel a été le problème avec l’assurance ?

— Ecoute, comme c’est moi qui m’occupe de ça

— monsieur n’a pas le temps !

—, j’ai envoyé la facture du cardiologue à l’assurance. Quelque temps après, j’ai reçu un coup de fil de l’assurance. Qu’est-ce que tu crois que la personne m’a demandé ?

— Je parie que le cardiologue avait oublié de mettre son stamp sur la facture ?

— Pas du tout. La personne de l’assurance voulait savoir pourquoi que mon bonhomme avait été voir un cardiologue ?

— Quoi ? Tu n’es pas sérieuse ? On t’a demandé ce que ton bonhomme était allé faire chez un cardiologue

— Oui, toi. On m’a demandé ça. Comme s’il était allé jouer aux canettes avec le docteur !

— C’est pas vrai toi. Et qu’est-ce que tu as répondu ?

— D’abord je lui ai demandé de répéter la question. Et après je lui ai répondu que mon mari était allé voir un gynécologue pour savoir s’il était enceinte. La personne a coupé et le claim a été remboursé sans problème.

— Tu es terrible même toi.

— Ecoute, je n’allais pas me laisser faire, quand même. Tu sais : si tu ne bats pas toi-même, personne ne va te défendre dans la vie.

— Ça tu as bien raison, mais il faut avoir le courage et surtout, comme toi, la langue bien pendue. Quel problème ta maman a comme ça ?

— Elle a des problèmes aux yeux et a du changer plusieurs fois de lunettes. Et puis son docteur lui a dit qu’il fallait qu’elle se fasse opérer de la cataracte.

— On te dit que c’est une simple formalité maintenant. Dis moi un coup : c’est cher ?

— Non. Et puis maman a une assurance santé et j’ai téléphoné pour savoir si elle était couverte. On m’a répondu oui, qu’elle était couverte pour les deux yeux.

— Alors l’opération s’est bien passée ?

— Les opérations tu veux dire, parce qu’on ne peut pas faire les deux en même temps. Il faut attendre que le premier oeil cicatrise avant de faire l’autre. Mais on a attendu le temps qu’il fallait et tout s’est bien passé.

— Et ta maman est contente ?

— Elle est enchantée, je te dis. Elle dit qu’elle voit les choses avec un regard neuf, comme si elle avait un téléviseur haute définition dans ses yeux.

— Elle a toujours le mot pour rire. Mais quel est le problème avec l’assurance ?

— Après les opérations le docteur a donné une prescription pour de nouvelles lunettes pour ma maman. Mais l’assurance refuse de rembourser ces nouvelles lunettes.

— Mais pourquoi ?

— Parce que maman avait changé de lunettes l’année dernière et avait pris toute le somme pour laquelle était assurée.

— Ah bon ! Et qu’est-ce que tu as fait ?

— J’ai téléphoné et on m’a parlé de règlements, de protocoles, de sommes allouées, de quotas. J’ai demandé si maman devait attendre l’année prochaine pour avoir de nouvelles lunettes, la personne m’a dit qu’elle devait suivre le règlement. Je lui ai demande si on devait veiller à suivre le règlement avant de tomber malade, elle ne m’a pas répondu.

— C’est terrible toi. Tu crois être couverte et tu ne l’es pas. Qu’est-ce que tu vas faire ?

— Je vais prendre rendez avec le grand directeur pour lui dire ma façon de penser. Parce que tous les petits chefs de l’assurance à qui j’ai voulu parler n’étaient pas à leur place ou en réunion.

— On dirait qu’ils ne sont jamais à leur place, surtout quand on a besoin d’eux.

— Moi ce qui m’inquiète le plus dans tout ça, c’est maman. Quand elle va apprendre que ses lunettes ne seront pas remboursées, elle va faire une dépression.

— Ayo, dis-lui surtout de ne pas faire une dépression.

— Pourquoi ?

— Tu ne sais pas que les assurances ne remboursent pas les soins et les médicaments pour les dépressions ?