«Trop, c’est trop! Nous n’allons plus tolérer les abus!» C’est ce qu’indiquent une centaine de médecins du privé qui refuseront, à partir de cette semaine, les cartes d’assurances médicales des patients admis dans les cliniques pour des soins médicaux. Pour cause, les compagnies d’assurances auraient unilatéralement décidé de réduire les honoraires de certains médecins, tout en augmentant ceux d’autres médecins et, parallèlement, les cotisations des patients aux assurances continuent d’augmenter. Déplorant cette politique de deux poids deux mesures, une lettre en ce sens sera, demain, envoyée à la présidente de l’Association de compagnies d’assurances de Maurice et la décision des médecins prendra effet dès mardi.
Une centaine de cardiologues, anesthésistes, généralistes et pneumologues s’unissent ainsi contre les assurances médicales et ont décidé de revoir leur copie. Ce, car jugeant injuste la décision prise par les compagnies d’assurances de baisser les honoraires de certains médecins et ne respectant pas l’accord signé avec les médecins. Selon nos informations, les honoraires de ces médecins ont été revus à la baisse entre 4 et 45%, dépendant du nombre de jours d’admission en clinique et des actes opératoires des patients. Ayant pris connaissance de cette décision des compagnies d’assurances, le 26 décembre dernier, les médecins protestataires leur ont fait parvenir une première lettre réclamant une rencontre en vue d’obtenir des éclaircissements et d’ouvrir le dialogue. Cette demande étant demeurée lettre morte et la rencontre n’ayant jamais eu lieu, les médecins ont décidé de se retirer de l’accord tacite qui existe avec les compagnies d’assurances. Accord qui existe depuis les années 90, apprend-on, et toujours reconduit de manière consensuelle entre compagnies d’assurances et médecins, rapellent les protestataires.
 
Hausse des cotisations des patients
«On ne comprend pas pourquoi, du jour au lendemain, sans aucune consultation, les compagnies d’assurances ont décidé de réduire nos honoraires pour les soins médicaux, alors que, dans le même élan, les honoraires d’autres confrères – notamment, les chirurgiens – ont augmenté», disent-ils. Et de souligner leur consternation quant au fait que, parallèlement, les cotisations des patients aux assurances continuent d’augmenter. «Nous pouvons comprendre les difficultés financières auxquelles tout le monde doit faire face dans le contexte économique actuel. Mais nous avons fait beaucoup d’efforts par rapport aux compagnies d’assurances en acceptant des tracasseries administratives et des retards de paiement allant de six mois à deux ans, parfois. Nous ne pouvons plus accepter les abus aujourd’hui», disent les médecins concernés.
Deux modes de paiement proposés aux patients
Ils font, cependant, ressortir que les patients ne pâtiront pas de leur décision de réclamer leur dû dès la fin des soins prodigués et à la sortie de clinique. Les médecins protestataires comptent, ainsi, proposer deux options aux patients. «Nous continuerons à prodiguer nos soins comme d’habitude, car les patients représentent notre priorité. Cependant, les patients devront, au choix, soit payer la totalité des frais réclamés par les médecins et se faire rembourser ensuite par leur compagnie d’assurances, soit payer la différence entre le taux accepté des assurances et le taux réclamé par le médecin», expliquent-ils.
Actuellement, 55% des patients admis en cliniques sont des cash payers. «Les patients assurés représentent 45% de notre clientèle. Nous avons toujours travaillé de manière professionnelle en privilégiant la santé des patients. Nous n’allons pas les pénaliser mais revoir le mode de paiement», disent les médecins.
Outre une lettre qui sera envoyée demain à la présidente de l’Association des compagnies d’assurances de Maurice, Delphine Ahnee, les cliniques seront avisées de la décision de ces médecins qui prendra effet dès ce mardi 11 février, à 8h.
Pour les protestataires, «il est urgent que le gouvernement légifère ce secteur, car en l’absence de cadre légal, les abus se perpétuent en ce qui concerne les paiements des compagnies d’assurances aux médecins.» Les quelque cent cardiologues, anesthésistes, généralistes et pneumologues estiment que«c’est malheureux qu’on en soit arrivé là. Les assurances ont beaucoup aidé à l’épanouissement de la médecine à Maurice, mais cette décision unilatérale désavantage certains médecins et en favorise d’autres, ce qui est injuste.»