“Chassons les idées reçues”. Tel est le thème, cette année, de la Journée mondiale de l’Asthme, observée le 5 mai. Et une de ces idées reçues, justement, est que l’on ne meurt plus de l’asthme aujourd’hui. La maladie étant fréquente, elle tend en effet à être banalisée. De fait, elle est souvent mal évaluée et mal soignée. Pourtant, selon le Dr Reshad Kurrimbukus, spécialiste en médecine interne, en moyenne, « environ 100 à 150 personnes décèdent d’asthme grave à Maurice chaque année ». Ce qui est beaucoup, observe le médecin. D’où l’importance, souligne-t-il, « de bien éduquer les asthmatiques de manière à diminuer ces accès graves qui peuvent être dramatiques ».
L’asthme est une maladie qui entraîne une inflammation au niveau des bronches, à l’endroit même où l’air entre et sort pour que l’on puisse respirer, explique le Dr Kurrimbukus. « Cette inflammation fait que, par moments, ces bronches se contractent. C’est ce qu’on appelle un spasme. Lorsque les bronches se serrent, cela entraîne une diminution de l’arrivée et de la sortie de l’air du poumon. » La personne éprouve alors des difficultés respiratoires. Maladie chronique (le patient n’en guérit pas), l’asthme survient par accès, ce qu’on appelle des crises d’asthme.
Les crises varient selon la sévérité de la maladie, précise le Dr Kurrimbukus. « Il y a des asthmes peu sévères et qui ne nécessitent pas d’hospitalisation. Il faut simplement prendre ses bronchodilatateurs. En revanche, il existe des cas où la crise est plus grave, et où une hospitalisation est donc nécessaire », fait ressortir le spécialiste. Le gros problème, selon lui, c’est que malheureusement, parfois, l’asthme entraîne des décès. « Les chiffres ne sont pas officiels, mais il y a environ 100 à 150 patients qui décèdent d’asthme grave par an. C’est beaucoup ! » note le médecin.
Asthme aigu grave
Ne dit-on pas que la maladie se traite mieux aujourd’hui ? « Le problème, c’est que, des fois, ces patients n’ont même pas le temps d’arriver à l’hôpital. C’est ce qu’on appelle l’asthme aigu grave. La plupart du temps, quand cela survient, les patients ne sont pas à l’hôpital. Ils sont à la maison, en train de cuisiner ou en train de faire leurs courses. Puis, d’un coup, ils ont du mal à respirer. En général, cela survient chez des personnes qui sont des asthmatiques connus. Évidemment, quand on a un blocage respiratoire, la conséquence est très rapide. Dans les dix minutes, malheureusement, on fait un arrêt cardiaque », fait ressortir le Dr Kurrimbukus.
N’est-il pas possible d’avoir sous la main les traitements d’urgence de mise dans de telles situations ? « Les asthmatiques ont normalement deux types de pompe. Une pompe de “ventoline” pour la crise et une autre qui contient de la cortisone, qu’ils utilisent comme traitement de fond. Quand ils se sentent étouffés, ils utilisent la pompe de ventoline pour soulager les symptômes. Malheureusement, dans certains cas, même s’ils utilisent cette pompe, ces patients ont ces accès très graves. S’ils ont le temps d’arriver à l’hôpital, en général, avec les traitements par voie intraveineuse ou sous aérosols de médicaments ou, comme cela le nécessite parfois, sous respiration artificielle, ils peuvent s’en remettre. Mais comme il s’agit de quelque chose de soudain, et donc qui ne prévient pas, bien souvent, ils n’ont pas le temps d’arriver à l’hôpital. »
Selon le Dr Kurrimbukus, en vue de diminuer ces accès graves, qui peuvent être dramatiques, il faut éduquer la population des asthmatiques. D’autant que « l’asthme est surtout une maladie de l’enfant, qui persiste à l’adolescence et à l’âge adulte ». En général, la plupart des asthmes graves surviennent avant l’âge de 40 ans « parce que l’asthme, on ne l’attrape pas le plus souvent à cet âge, mais depuis l’enfance ou l’adolescence ».
Qu’en est-il de l’asthme qui disparaît à l’adolescence ? « Il ne faut pas confondre ce qu’on appelle l’asthme du nourrisson, où il est normal, après un peu de temps, que l’asthme disparaisse. Mais en général, quand on a de l’asthme durant l’enfance ou l’adolescence, il y a une petite composante qui restera avec le temps, même si dans certains cas aussi la maladie peut disparaître. »
Asthme allergique
Si d’un côté, des facteurs génétiques font que certaines personnes sont prédisposées à l’asthme, un autre élément mis en cause dans l’asthme est l’allergie. C’est ce qu’on appelle l’asthme allergique. « Il y a les facteurs environnementaux, comme le tabac ou certaines plantes par exemple, quand la canne à sucre fleurit et qu’il y a du pollen dans l’air. Tout cela peut déclencher une crise d’asthme. La poussière, les poils de chat, de chien, certains aliments comme les noix et, dans certaines alimentations riches en préservateurs ou colorants artificiels. Il y a donc des facteurs génétiques et des facteurs “précipitants” », explique le médecin interne.
Tout patient asthmatique, rappelle-t-il, doit absolument arrêter de fumer et ne doit pas s’exposer à la fumée des cigarettes des autres, car « cela peut entraîner une exacerbation de l’asthme ». Les asthmatiques doivent par ailleurs éviter d’attraper des virus. « Quelqu’un qui a une grippe peut faire une crise asthmatique grave. Il faut donc faire attention quand on a la fièvre ou une bronchite, car cela peut exacerber la maladie. » D’autres cas peuvent prendre de grandes proportions par la prise de certains médicaments, tels des anti-inflammatoires. « Comme c’est souvent le cas à Maurice, quand on a des douleurs, on se rend à la pharmacie pour se procurer des anti-inflammatoires, et ce sans prescription. Mais si on est asthmatique, cela peut déclencher une crise sévère. C’est pourquoi il est important de ne pas prendre de médicaments sans avis médical. Dans certains cas, des personnes sont décédées parce qu’elles étaient asthmatiques et ont pris des médicaments d’eux-mêmes », met en garde le Dr Kurrimbukus.