Vénus est apparue ce matin tel un gros grain de beauté à la circonférence parfaitement circulaire, devant le soleil qui s’est levé à 6 h 40. Fin prêts pour l’observation, avec cinq télescopes installés sur la plage d’un hôtel de Grand-Gaube, les valeureux animateurs de la Société astronomique de Maurice ont eu quelques craintes au début alors que les masses nuageuses masquaient encore l’astre suprême, mais la joie est vite apparue pour une bonne heure au cours de laquelle l’observation a pu être continuée.
Vers 6 heures ce matin, les animateurs de la Société d’astronomie de Maurice s’affairaient autour de cinq télescopes motorisés qu’ils étaient en train d’installer et de paramétrer sur la plage de l’hôtel Lux à Grand-Gaube. Il s’agissait d’être fin prêts au lever du soleil, dès que Vénus serait visible de chez nous. « Le site est idéal ici en bord de mer, nous explique Ricaud Auckbar, car nous n’avons pas les pollutions atmosphériques des Plaines-Wilhems ou de l’intérieur des terres et nous sommes à l’abri du vent. Le seul problème technique est cette rangée de filaos qui va masquer les premières minutes du lever du soleil. » Quatre des télescopes sont destinés à l’observation tandis que l’un d’entre eux est réservé aux photographies que Bhavik Desai s’est chargé de prendre. Ces appareils peuvent grossir l’objet observé de 20 à 260 fois selon le réglage. Tous portent des filtres spéciaux qui permettent de multiplier la taille du soleil et de l’observer sans s’abîmer les yeux. Pour paramétrer ces appareils, les animateurs ont pris trois points de repère : le lieu où ils se trouvent et deux étoiles diamétralement opposées, comme Altaïr ce matin, l’étoile principale de la constellation de l’Aigle, et Achernar de la constellation d’Éridan (visible seulement de l’hémisphère austral).
Fin de trajectoire
En attendant que le soleil ne se montre, les animateurs ont proposé au petit groupe de passionnés qui ont fait le déplacement matinal pour cet événement d’observer la lune, bien pleine ce matin, avec ses cratères et ses espaces bleutés, bien que ce satellite de la Terre soit plus sec que le désert. Bhavik Desai, qui a attrapé le virus de l’astronomie de son père Bhasker, est heureux car ce 6 juin 2012 représente pour lui la première et la dernière fois qu’il verra le Transit de Vénus. En 2004, il faisait ses études aux États-Unis, d’où ce phénomène n’était pas visible. À Maurice, trois grands points d’observation avaient alors été installés attirant chacun deux à trois milliers de personnes venues voir l’étoile du Berger taquiner le soleil. Ayant lieu de jour, ce transit était en effet visible sur toute sa durée d’environ six heures trente.
Ce matin, seul le dernier quart de la trajectoire de Vénus devant le soleil pouvait être vu de Maurice. Aussi est-ce pour cette raison que la société d’astronomie n’a pu en faire un événement d’envergure comme en 2004. Il aurait fallu aller dans le Pacifique, à Melbourne ou en Corée pour voir cette courbe dans son intégralité. Ici, nous devions théoriquement voir le petit cercle noir apparaître en haut du disque solaire à 6 h 40 et le quitter à 8 h 49. En fait, des brumes et nuages dans lesquelles le soleil semblait avoir passé la nuit ont abrégé le début de l’observation si bien que seulement quelques rares personnes ont pu voir une première image de Vénus à 7 h 35 : un joli grain noir parfaitement rond apparaissant dans le grand disque jaune orangé.
Quelques minutes plus tard, le soleil s’étant élevé davantage dans le ciel, il a été possible d’observer ce transit partiel en continu, jusqu’à ce que le petit cercle noir commence à quitter le disque solaire, semblant le grignoter comme une souris dans un gâteau. Les astronomes appellent ce petit morceau manquant le “black drop”. Si l’usage de miroir dans les télescopes inverse l’image perçue, la trajectoire réelle de Vénus se situait ce matin en haut à gauche à l’intérieur du disque solaire.
Observations planétaires
Aussi grosse que la Terre, Vénus est l’astre le plus brillant que nous pouvons voir. Déjà sous l’Antiquité, les Grecs, les Égyptiens, les Chinois et les Babyloniens la connaissaient et notaient ses mouvements. Les Mayas la vénéraient. Les premières observations de son transit au XVIIe siècle ont permis de calculer la distance Terre/soleil qui avait alors été évaluée à environ 95 millions de km, celle-ci étant en réalité de 150 millions. Les observations qui ont pu avoir lieu en 1761 et 1769 ont quant à elles permis de calculer précisément l’unité astronomique par la méthode des parallaxes décrite par James Gregory. On allait pouvoir définir la taille du système solaire !
Des observations eurent alors lieu dans de nombreux endroits à travers le monde, préfigurant la coopération internationale du monde scientifique telle qu’elle s’est développée par la suite. Edmond Halley considérait ce phénomène comme un des plus nobles, comme nous l’a rappelé Gowtam Choychoo, un Mauricien passionné d’astronomie. Ces observations avaient également amené les astronomes à penser que Vénus était entourée d’une atmosphère dont nous savons aujourd’hui qu’elle est irrespirable. Cet astre qui symbolisait la beauté en raison de sa brillance se situe à équidistance de la terre et du soleil. Comme la vue du transit a été partielle à Maurice, les données ne nous permettent pas de calculer la vitesse à laquelle elle s’est déplacée ce matin, mais d’autres sociétés astronomiques le feront certainement pour nous…