La critique prend toute sa pertinence quand elle provient du directeur général de l’Africa Media Initiative (AMI) qui, dans Le Mauricien soutient: «Je ne suis pas sûr que les journalistes eux-mêmes comprennent leur propre rôle.» Est-ce pour pallier cette lacune que l’atelier de l’AMI à l’hôtel La Pirogue la semaine dernière a débouché sur l’adoption des «principes directeurs de l’éthique journalistique» que cette association promeut? Démarche salutaire car, espérons-le, susceptible de briser cette regrettable omerta qui pèse sur les largesses alléguées de la Mauritius Duty Free Shopping, cette loi du silence qui alimente les rumeurs les plus farfelues. Rappelons, en effet, que la liste des présumés bénéficiaires comprend de nombreux journalistes qui, à ce jour, n’ont pas jugé utile d’éclairer la lanterne des citoyens (s’exposant ainsi au cruel dicton: qui ne dit mot consent). Ce qui ne les empêche pas de continuer à occuper l’espace médiatique pour, de surcroît, faire la morale aux Mauriciens!
Mais au-delà des interrogations que soulèvent ces comportements prêtés à tort ou à raison à ces journalistes, surgit une problématique qui, dépassant la dimension éthique (qui, somme toute, n’intéresse que les fakirs et les moines), se résume à une question toute simple: la presse court-elle le risque d’avoir les mains liées et les yeux bandés, dépouillée de son impartialité et son indépendance face aux institutions de qui elle aura accepté des cadeaux en amont? Faisant ainsi fi d’une des premières de ses obligations: le respect de la vérité.
Une autre thématique a également été mise en exergue au cours de ce séminaire: la promotion de la liberté d’expression. Pas uniquement celle des journalistes mais aussi celle des citoyens. Surtout ceux qui, souvent sans voix, souhaitent néanmoins apporter leur humble contribution aux débats sociétaux. Jean Claude de l’Estrac en avait même fait une exigence: «Devant la marginalisation des partis, leurs incohérences, l’égoïsme de leurs actions, leur absence de vision, leurs querelles de personnes, la presse devient un lieu privilégié du débat démocratique, le creuset de l’action civique.»
Democracy Watch a, elle, été plus claire dans le sillage de l’affaire  Dharmanand Dhooharika (qui aura eu le mérite de désacraliser le judiciaire) : «Nous profitons de cette occasion pour rappeler aux propriétaires, directeurs de presse ou de groupe médiatique, rédacteurs-en-chef, chefs de chronique, que la liberté de la presse c’est aussi, sinon surtout, tout entreprendre pour publier une opinion, pouvant être contraire à leur ligne éditoriale, quitte pour eux à devoir, par la suite, combattre intellectuellement l’opinion publiée par leurs bons soins mais contraire à leur ligne éditoriale.»
Aujourd’hui, les relations de la société civile avec la classe politique sont caractérisées par une profonde rupture. Il serait dramatique que celle-ci s’étende à la presse. Les dangers qui guettent notre démocratie présentement nous interdisent ce luxe. Si l’atelier de l’AMI pouvait constituer, entre autres,  un miroir tendu à la presse, sa mission aura été accomplie.