« Les femmes occupant des postes clés au sein d’organisations et autres entreprises ne sont toujours pas capables d’utiliser leurs qualités féminines telles la douceur et l’intuition. Au contraire, elles sont perçues comme étant parfois plus dures que les hommes ». Tel est le constat de la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, qui ouvrait hier un atelier sur le thème Feminine wisdom for a transformational change, organisé par la Brahma Kumaris Global Peace House et animé par la canadienne Judy Johnson, spécialiste en Leadership Development.
Pour la première femme chef de l’État de Maurice, « un rééquilibrage entre les qualités féminines et masculines est plus que nécessaire pour la transformation de notre société ». En effet, elle constate qu’avec le succès matériel et professionnel, aujourd’hui, s’est appauvri « l’être intérieur ».
Dans un préambule, Judy Johnson devait donner un aperçu de son exposé. Il était question en effet lors de cet atelier d’un changement transformationnel par opposition aux changements ordinaires dont on est témoin dans la vie courante. Pour mieux se faire comprendre, elle devait expliquer que le processus du changement commence par l’extérieur. « Nous changeons les structures, les personnels etc. Mais, tout ceci n’est que des changements et non des transformations. Cette manière de changer les choses a dominé le monde pendant longtemps. Nous avons beaucoup de personnes intelligentes. Pour autant, le monde ne va pas mieux ». La plus précieuse énergie dont nous disposons, dit Judy Johnson, est l’énergie humaine, qui comprend la coopération et qui peut nous mener vers des solutions durables. Judy Johnson a expliqué qu’il existe plusieurs cycles de changement : un premier cycle plus large, comprenant les changements économiques, politiques, technologiques, ensuite un deuxième cercle comprenant les changements au niveau de la communication, les conflits, le stress, le temps et un cercle de changement plus rapproché de l’être humain, comprenant ici la volonté, les qualités, la motivation pour enfin atteindre le noyau de l’être, soit l’énergie de l’être humain.
Mme Gurib-Fakim s’est réjouie de s’associer à l’ouverture de cet atelier en tant que femme et mère. Le principe féminin, dit-elle, est inhérent à tout être, homme et femme. Ce sont des qualités associées à l’aspect plus doux chez l’humain, aspect qui se décline aussi en d’autres attributs tels que l’attention, l’amour, le respect, la confiance, l’honnêteté, l’empathie, la pitié et la fidélité, entre autres. « Pendant très longtemps, notre société a été dominée par les hommes. Dans bien des cas, les droits des femmes ont été bafoués et leurs chances de s’émanciper ont sérieusement été négligées et enclavées ».
Pour la présidente de la République, à cause de la pression de notre société patriarcale, cette sagesse féminine « a souvent été associée à de la faiblesse, aux émotions et à la vulnérabilité et elle a été enlevée du contexte social, économique, et politique et qualifiée d’“affaires de femmes” ». Cette sagesse féminine, ajoute Ameenah Gurib-Fakim, a été supprimée pour faire de la place à de la dureté. « Ce n’est guère facile de changer ce système patriarcal car cela voudrait dire nous libérer de milliers d’années d’éducation transmise de parents à enfants, générations après générations, et malheureusement perpétuée par un système éducatif qui privilégie le développement d’un esprit logique, linéaire, mathématique ». Si des femmes occupent aujourd’hui des postes clés, elles n’utilisent pas leurs qualités féminines. Certaines, observe le chef de l’État, « ont même adopté des qualités masculines et ont succombé au piège de l’exploitation, de la manipulation et même de la discrimination envers les autres. On dit même que certaines femmes sont plus dures parfois que les hommes. Bien sûr, toutes les femmes ne sont pas concernées ».
La présidente a dit sa conviction que « par ces temps de turbulence, le rééquilibrage des deux énergies ou sagesses dans notre monde et en nous-mêmes est plus que jamais nécessaire et devrait rester au coeur de la transformation que nous voulons apporter dans notre société ». Le paradoxe aujourd’hui, dit-elle, est qu’avec le succès matériel et professionnel, s’est appauvri l’être intérieur. Il existe un « sense of inner-depletion ». Or, le progrès venant de l’extérieur doit s’accompagner de progrès à l’intérieur.
Ameenah Gurib-Fakim a félicité la Brahma Kumaris Global Peace House d’organiser un tel atelier qui vise la promotion de valeurs humaines et spirituelles de même que le développement de la personne.
Pour sa part, Sister Gaitree, de la Global Peace House, a indiqué que c’est suite à un atelier par Judy Johnson auquel elle a assisté il y a deux ans qu’elle a eu l’idée d’en organiser un à Maurice. « Elle a un sens de professionnalisme associé à la spiritualité. La spiritualité fait la part égale aux qualités masculines et féminines. Nous avons besoin des deux pour être complets. Si nous ne faisons fonctionner que la tête, nous serons comme des robots. À l’inverse, si nous nous concentrons trop sur le coeur, nous ne serions qu’un sac d’émotions. Il faut une balance entre les deux ».