Un atelier de trois jours se tient depuis hier au siège de la Confédération des travailleurs du secteur privé, à Rose-Hill, sur l’élaboration du plan d’action 2014 concernant la lutte contre le phénomène du travail précaire à Maurice. Organisé par la Chemical Manufacturing and Connected Trades Employees Union (affiliée à la CTSP), en collaboration avec l’IndustriAll Global Union, l’atelier est animé par Augustin Adokou, coordonnateur de projet de cette confédération syndicale internationale.
Dans son intervention hier à l’ouverture de l’atelier, Augustin Adoukou a expliqué à la trentaine de délégués syndicaux présents, que cet atelier a pour objectif de faire l’état des lieux du phénomène du travail précaire (voir encadré) à Maurice. « Il s’agira pour nous d’évaluer la pertinence des législations en cours dans le pays par rapport au phénomène du travail précaire, d’identifier les diverses manifestations de ce type d’emploi, principalement dans les entreprises privées et dans les divers secteurs couverts par l’IndustriAll Global Union (voir encadré), notamment l’industrie, l’ingénierie, les mines, le textile et l’aérospatial », a-t-il élaboré, en présence également de Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, respectivement président et secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), et de Steeve Bourdon, président de la Chemical Manufacturing and Connected Trades Employees Union (CMCTEU), syndicat affilié à la CTSP.
Selon Augustin Adoukou, cet atelier vise à évaluer les actions entreprises durant l’année écoulée pour faire régresser le travail précaire. « Nous aurons des échanges sur ce qui a été effectivement fait et sur les obstacles rencontrés », a-t-il ajouté. Le coordonnateur du projet Travail Précaire pour IndustriAll pour la région de l’Afrique subsaharienne a évoqué la nécessité de renforcer les capacités de ceux ayant à lutter pour faire reculer le travail précaire. « Pour faire reculer le phénomène du travail précaire, il s’agira de travailleur sur les salaires, les conditions de travail et les couvertures sociales afin que davantage de travailleurs accèdent à des emplois permanents, durables et dignes », a-t-il encore expliqué.
Augustin Adoukou a par ailleurs regretté l’absence de certaines centrales syndicales invitées également à participer à cet atelier national sur le travail précaire.
Reeaz Chuttoo a pour sa part affirmé que Maurice a connu jusqu’ici 5 « grandes vagues » de précarité au travail : l’emploi des travailleurs agricole des années 1930, la création de notre zone franche dans les années 1970-1985, l’utilisation des travailleurs étrangers (notamment chinois) durant les années 1990, la promulgation de l’Employment Rights Act et de l’Employement Relations Act en 2009, et depuis 2011-2012, une « augmentation » du travail précaire parmi les cadres moyens des entreprises. « À Maurice, le travail précaire est presqu’une tradition sans que personne ne s’en émeuve ! », a-t-il déploré. « Avec ces deux nouvelles lois du travail, tout le secteur privé est devenu précaire. Car nous pouvons nous vanter à Maurice d’être l’unique pays au monde où un employeur peut légalement licencier un travailleur sans qu’il ne soit obligé de lui verser un sou de compensation ou d’indemnité de licenciement », a-t-il ironisé. Il a aussi dénoncé la féminisation du travail précaire à Maurice, car ce sont principalement les femmes qui accèdent de plus en plus à des emplois non règlementés dans les Business Process Outsourcing (BPO).
Le président de la CTSP a ensuite expliqué l’absence des centrales syndicales par leur incapacité à présenter le bilan de leurs réalisations dans la lutte pour faire reculer le travail précaire à Maurice. « Si l’on veut faire reculer le travail précaire et faire accéder les travailleurs à des emplois dignes et aux conditions décentes, nous ne pourrons le faire qu’à travers des accords collectifs et nos lois du travail, qui ne protègent plus les travailleurs », a-t-il souligné.
Le président de la CMCTEU, Steeve Bourdon, a souhaité une bonne délibération aux participants à cet atelier. Reeaz Chuttoo a ensuite donné le détail du programme de l’atelier.