Point de parole ! Tout passe par l’attitude, le geste et la mimique. Les raisons ayant motivé les stagiaires à se joindre à l’atelier de mime animé par Laurent Decol au courant de mai sont diverses. Certains y ont été par curiosité, d’autres pour profiter de l’expérience professionnelle du mime Decol ou encore pour apprendre et développer de nouvelles techniques à mettre en oeuvre lors de leurs jeux de rôles sur scène ou à l’écran. Dans tous les cas de figure, le mime les fascine.
Stupéfaits par une démonstration de quelques secondes de Laurent Decol à la fin de leur stage, les participants prennent conscience du travail fourni pour arriver à une telle maîtrise de soi.
Le regard vide, le mime a recourt à l’expression faciale impassible et au langage corporel pour présenter son personnage. Pourtant, la déshumanisation de la figure ne constitue pas l’essentiel de son art. Pour lui, il s’agit simplement de montrer aux stagiaires jusqu’où ils peuvent aller dans cette discipline. « Ici, le regard ne suit pas le mouvement de la tête », explique-t-il.
Les profils des stagiaires sont divers : comédiens, conteurs, acteurs… Mais tous confirment que la discipline qu’ils pratiquent ont un lien direct avec le mime. Un art qui demande un travail assidu afin de pouvoir transmettre dans sa plus grande subtilité les situations et les pensées du mime aux spectateurs dans un langage non-articulé.
« Sur scène, je ne fais rien de fatiguant. Ce qui fatigue, c’est la concentration. Il faut toujours être dans son histoire », affirme Laurent Decol aux stagiaires. À la fin d’une journée de travail, quelques-uns sont invités à présenter un petit numéro en solo ou en binôme. Quelques commentaires constructifs sur leur prestation. Il prévient : « Il faut faire attention à ne pas se laisser entraîner dans une conversation. » Entendez par là, à travers le regard. « Au lieu de faire semblant de parler, autant parler », lance-t-il.
Outil important
« C’est très dur ! Il faut beaucoup travailler pour pouvoir tout exprimer par le corps, pour que cela soit percutant », affirme Véronique Nankoo-Barnes, enseignante de français au St-Mary’s et une des animatrices principales du club d’expression du collège, après cette journée de formation. Elle estime que cette initiation au mime lui « apporte des techniques pour le conte et le théâtre ». Idem pour Andrew René qui interprète souvent des rôles dans des courts-métrages ou des publicités.
« Le mime est un outil important dans la manière de jouer. Que ce soit au théâtre ou pour les contes, on fait toujours appel aux gestuels et aux attitudes », fait ressortir Marie-France Favory de la troupe Favory.
Pour elle, le stage avec Laurent Decol est l’occasion de revisiter ce qu’elle a déjà appris. « Le théâtre et le mime sont liés et les deux renvoient à la vie de tous les jours », ajoute de son côté Thérésa Li Mow Chee de la troupe Favory. « Je fais souvent appel aux techniques de mime lorsque je joue », dit-elle.
Jamel, performeur de rue, outre la pratique de plusieurs formes d’art, est aussi mime depuis deux ans : « Je faisais les choses à ma façon au départ. Je ne faisais pas attention aux autres mimes. Je suis mime suiveur, c’est-à-dire que j’imite celui qui passe devant moi. » Le jeune homme se rend cependant compte de la richesse d’apprendre des autres, de leur technicité. « Quand on maîtrise les techniques, on peut ajouter des expressions et mieux travailler ses scénarios. On apprend à faire des mouvements justes et percutants », affirme-t-il en ajoutant : « J’apprends aussi la rigueur du travail. »
Aujourd’hui, Jamel souhaite pousser son art encore plus loin en jouant quasiment nu. « En couvrant, ce qu’il faut et peindre le reste du corps », dit celui qui affectionne le personnage qu’il a créé « le miroir ».
Pour les nouveaux venus au théâtre, l’atelier avec Laurent Decol est une opportunité d’apprendre les nouvelles techniques. « Au théâtre, il y a beaucoup de textes à retenir. Ici, on a travaillé surtout sur l’expression corporelle », avance Severine Perrine, étudiante en Food science and technology à l’Université de Maurice et qui s’est jointe à la troupe Sapsiwaye en début d’année.
Universalité
Si l’on a parfois tendance à croire que le mime peut-être ennuyeux puisqu’il n’y a point de parole, cette expérience en atelier était pour Martine Charrié l’occasion de prendre conscience de l’universalité des gestes et des sentiments exprimés à travers des mimiques. Pour notre interlocutrice, c’est une manière de s’ouvrir aux autres et d’être récepteurs de ce qu’ils souhaitent faire passer. Il suffit pour cela d’être attentif à leurs gestes, laisse-t-elle entendre. « On se rend compte qu’on peut souvent passer à côté de l’essentiel puisqu’on ne sait pas écouter l’autre », poursuit-elle.
Imaan Balbolia, poussée par la curiosité, a aussi expérimenté cet échange en travaillant en binôme. « J’ai trouvé formidable le travail en équipe et surtout la synchronisation des mouvements à deux, lorsqu’on fait les jeux de miroirs. » Un acquis que de nombreux stagiaires réinvestissent dans leur troupe respective, à l’instar de Mahmade Meersaheb qui travaille avec des jeunes ou encore Christopher Ratsizaonen, Marcel Poinen et Severine de la troupe Sapsiwaye. « Nous nous sommes rencontrés en vue de discuter de ce que nous avons appris et nous avons mis en place des exercices similaires avec les autres membres de la troupe pour qu’ils puissent en bénéficier également », affirme Christopher Ratsizaonen, qui n’écarte par l’idée de monter un spectacle de mime.
Les stagiaires auraient souhaité une formation plus poussée avec Laurent Decol. De son côté, le mime estime qu’ils ont un potentiel formidable qui demande à être exploité.