Plusieurs artistes de la Turquie, l’Allemagne, le Zimbabwe, Maurice, Madagascar ont eu le privilège de poursuivre, dans la forme et dans le fond, une sorte de quête existentielle à travers des travaux réalisés lors d’un atelier de travail à Johannesbourg, Afrique du Sud. L’atelier s’est déroulé du 6 au 18 février 2010 au Bag Factory (une structure comme pARTage qui organise des résidences d’artistes). Pendant deux semaines, les artistes réunis ont élaboré divers travaux, épousant des traits, mariant l’encre à la toile, assemblant les formes avec une liberté totale, pour aller plus loin. Le représentant mauricien, témoin et participant, de cette manifestation est Krishna Luchoomun. Lui, a choisi la mise en abîme des incertitudes de l’homme face à la mort avec son installation « Sent Home to Die ». Les autres se sont élancés dans une odyssée parfois douloureuse du combat, de l’exil et d’autres questionnements mis à jour par un langage ouvert. Au terme de l’atelier les travaux des participants (achevés ou en chantier) ont été exposés au public. L’essentiel des ces ouvres repose sur un subtil mélange de démesure, de décalage, de transgression ou de poésie. Pour les participants, cette expérience au Bag Factory a été une occasion de se concentrer sur un nouveau travail. On a entendu dire qu’il fallait se laisser inspirer par l’environnement.
Entre l’ici et l’ailleurs, le travail de Krishna Luchoomun révèle une énigmatique présence de l’art. Cela commence par les recherches sur les inégalités sociales en Afrique du Sud, puis par une mise en déroute des repères d’espace pour arriver jusqu’aux mines d’or dans ce pays. Comment faire exister, entre souvenirs disparus, images oubliées et l’inguérissable présence, ces ouvriers qui sont tombés malades par manque de sécurité au travail ? Krishna donne consistance à ces êtres envoyés à la maison pour mourir dans une détresse glacée. Il part d’un lourd événement surgi du passé, puis il s’éloigne de ces corps toujours en attente de mort et poursuit sans fin cette réflexion sur la vie, la mort, le passé qui s’évanouit. Un lit-cercueil avec des casques multicolores disposés dessus marquent les accidents de la vie. Ces casques horizontalisent l’espace comme si le monde ne savait plus où aller et passe dans le vide emportant de fragiles créatures. La vie se termine sur un lit. La vie est suspendue aux fragiles apparences. Quel autre moyen que l’art pour donner l’illusion de cette trace dans le temps. Implacable est cette histoire d’ouvriers dont la vie a été mise en péril par un manque de sécurité dans les conditions de travail. Ce ne sont plus que des êtres lointains happés par des mines d’or vivant entre les traces d’une existence éphémère. Les personnages de Krishna Luchoomun ne font que passer… certains partent en fumée. « Sent Home To Die » est une installation pudique et profonde, à la distanciation accentuée, comme de fantomatiques silhouettes qui prennent une apparence à travers ces casques d’ouvriers.
En tant que performeur, Krishna a aussi collaboré, lors de son séjour en Afrique, avec un artiste nigérien Olaniyi Akindiya. Il a livré son corps à un autre performeur pour un travail à l’aide de divers symboles.