Mardi dernier, les participants à l’atelier de travail sur le Risk Preparedness organisé par le Africa World Heritage Fund (AWHF) et le Center For Heritage Development in Africa (CHDA) ont effectué des travaux sur le Trou Chenille Trail pour consolider ce sentier côtier cahoteux en proie à l’effondrement, à quelques dizaines de mètres de la route principale, dû à l’érosion et au passage des véhicules. Le Trou Chenille Trail se trouve au pied de la Montagne du Morne et fait partie de la core zone de ce site mauricien classé Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008.
Qui dit patrimoine mondial dit aussi critères stricts à respecter avant toute intervention à partir de la date du classement du site. Ainsi, avant d’intervenir sur le Trou Chenille Trail, un des six sentiers de balade qui permet de découvrir le site, les participants ont étudié la nature des lieux, fait ressortir une des personnes ressources à cet atelier, le ghanéen Kofi Amekudi.
A quelques mètres de la mer, au milieu de la petite forêt sèche bordant le pied de la montagne et qui est accessible au public, Jean-François Lafleur, Acting Site Manager au Morne Heritage Trust Fund (MHTF) et Pauline Tapfuma Chiripanhura du Zimbabwe mélangent du béton sur une feuille de tôle. Il servira à consolider le muret qui sert de soutien au sentier « lui-même construit en béton, à cet emplacement ». « Nous avons constaté l’utilisation du béton dans la construction de ce sentier. Il date d’environ 50 ou 60 ans », nous dit Jean-François Lafleur. D’où l’option béton dans le travail de conservation, précise-t-il. Le binôme est très vite rejoint par d’autres participants qui leur prêtent main forte. Pendant ce temps, une petite équipe se trouve sur le chantier. Parmi, Julien Lourdes, membre du Groupe consultatif sur Le Morne. Une truelle en main, il étale le béton. Julien Lourdes a participé à cet atelier pendant les trois semaines. « C’était très riche. Cela nous a permis de nous rendre compte de l’importance de respecter les règles lorsqu’on se trouve sur un lieu classé patrimoine mondial. Nous avons aussi appris l’importance de respecter les matériaux d’origine utilisés ».
Jean-François Lafleur indique que malgré le tuyau existant qui sert à évacuer l’eau qui descend de la montagne, cette région est sujette à l’érosion et aux pressions des véhicules qui y passent. Kofi Amekudi précise qu’il s’agit d’une petite intervention. Invité à commenter l’état du lagon, il observe qu’il y a un gros problème d’érosion de la plage et de pollution due aux eaux usées domestiques. « C’est le ministère de l’Environnement qui est responsable du lagon. Nous allons faire des recommandations dans le plan que nous proposerons », soutient-il. Ce risk preparedness plan pour le site du Morne sera intégré dans le deuxième plan de gestion général que l’État mauricien soumettra au Centre du Patrimoine mondial de l’UNESCO bientôt. Un plan qui devrait couvrir la période 2013-2018.
Pour certains participants, à l’instar de Samba Michongwe, architecte au ministère du Tourisme et de la Culture au Malawi, il s’agit d’une toute nouvelle connaissance. « I am involved in the reparing of buildings in my country. I have never come to a site in the wild affected by erosion though we do have some monuments in the wild in my country ». Elle affirme que cette formation sert à consolider sa capacité en gestion de risques sur un site classé patrimoine mondial. Notre interlocutrice a acquis des outils de base qu’elle pourra utiliser dans le cadre de son métier de conservation.
Pauline Tapfuma Chiripanhura, conservatrice en archéologie travaillant pour le compte du National Museums and monument du Zimbabwe, s’étonne dans un premier temps de l’utilisation du béton sur un site naturel. « C’est la première fois que je vois cela ». Dans son pays, la consolidation des murs dans un milieu naturel se fait selon la technique dry stone wall. « On place les pierres les unes sur les autres et la technique permet de les retenir sans que le mur ne s’effondre. On monte des murs jusqu’à 10 mètres de haut ». Cependant, elle constate que « si le sentier bétonné n’est pas peint et que le sable et autres matières naturelles le couvrent, ça marche puisqu’à ce moment-là, il ne détonnerait pas de l’ensemble du paysage ». Elle cite la Charte de Burra pour soutenir ses propos.
Pour Ahmed El Naggar, ingénieur et planificateur du site de Memphis et de sa nécropole en Égypte, l’expérience est aussi nouvelle. Observant que chaque site est unique, il retient de ces trois semaines de travaux pratique les débats forts intéressants qu’il a eus avec d’autres participants sur les méthodologies de conservation, l’Égypte ayant déjà une longue histoire de conservation de ses sites historiques. La conservation d’un site dépend de son concept et du contexte dans lequel il se trouve, nous dit-il, en précisant que ce sont toujours les méthodes traditionnelles d’origine qui sont utilisées dans le cadre des travaux de conservation.
Après le travail de maçonnerie sur le sentier de Trou Chenille, les participants ont appliqué un produit de désouchage chimique mélangé à de l’huile de moteur sur les plantes coupées sur place, sous les directives de Kofi Amekudi. « Cela tue la plante. Si on la laisse pousser, les racines détruiront une nouvelle fois le sentier », indique-t-il. Le groupe s’est ensuite rendu au Morne Lime Kiln (Camp Four à Chaux) qui se situe à quelques minutes de la plage publique pour un constat des lieux et des interventions mineures.