C’était dans la logique des choses. En remportant, samedi au Gymkhana, son premier titre de champion de Maurice et de ligue de cross-country, Nicolas Boissèque a rendu le cross au monde à qui il appartient : le fond et le demi-fond. En succédant au marathonien Jean-Luc Vilbrim, il rejoint donc au palmarès tous les véritables champions de la spécialité qui, comme lui, s’étaient illustrés tout en restant à la base des coureurs de fond ou de demi-fond.
Si Jean-Luc Vilbrim avait eu tout le mérite de s’imposer l’an dernier sur le même parcours, c’est principalement parce que la distance faisait peur aux coureurs de fond et de demi-fond. Qui aurait pu, en effet, relever le défi sur 12 km face à un marathonien sans y être préparé avec minutie et sérieux ? Vilbrim serait-il une exception à la règle ? Car faut-il bien se rappeler qu’il avait lui-même succédé au palmarès à Xavier Verny (2010), Dharamjai Jeetun (2009), lui aussi à l’époque spécialiste de fond, et avant eux, Menon Ramsamy, dix fois couronnés en championnat et neuf fois en ligue, Sameer Moos, Pascal Face, Patrick Moonsamy, Mike Félicité, Ajay Chutoo, Michel Jean-Louis, Chendraduth Tengur, Robert Jhureea et Lalah Seenarain, tous se démarquant en demi-fond et fond.
Durant leur domination dans le cross, leur parcours croisait aussi souvent celui des marathoniens tels Satish Hurill, Clément Caprice, Nazim Noorbux, Raj et Vasoo Moonsamy, Clément Pirogue, Raj et Pradeep Gukool et plus récemment Vilbrim et Judex Durhône. Mais aucun de ces derniers, sauf Vilbrim pour les raisons que l’on connaît, n’a pu s’imposer à la régulière chez les as dans le cross national.
Il faut donc espérer que la victoire de Nicolas Boissèque, 20 ans, n’est que le début d’une longue domination. Le secret de sa réussite ? Tout simplement une préparation méthodique qu’il n’a jamais négligée tout au long de la période foncière. C’est le creuset par lequel sont passés tous les champions avant lui… La voie est donc toute tracée pour ceux qui voudraient comme Boissèque se donner la chance de réussir une bonne entrée de saison en attendant de revenir à l’offensive sur la piste. Car c’est bien là l’objectif du cross. Et cette avance qu’a prise Boissèque sur les autres déjà dans le cross, personne ne la lui ravira sur la piste s’il sait bien la gérer.
Dans la course élite dames (7 km), Prisca Manikion a été poussée dans ses derniers retranchements par la Réunionnaise Pamela Clorate, une junior. Mais la Mauricienne, qui a bien résisté, a dû néanmoins attendre le dernier moment pour semer son adversaire au sprint. Cette faiblesse devrait être compensée, si elle veut à l’avenir être plus convaincante, même si l’opposition fait défaut.
Dans les autres catégories, on notera que Mohamed Dookhun a par contre comblé au fur et à mesure qu’il a avancé dans cette ligue de cross des manquements qui lui avaient coûté une victoire dans la première manche à Trianon. Avec Dimitri Seechurn et Sylvestre Sénézan, entre autres, on détient là un groupe qu’il faudra bien surveiller.
Ailleurs, on dira que les jeunes talents ne manquent pas. Mélivan Dauphin, 16 ans, en reste l’exemple le plus frappant. Il a survolé ses quatre courses pour ses débuts chez les cadets. Il avait déjà été champion en minimes. Ce coureur de Chamouny, qui veut autrement se perfectionner dans la coiffure — il suit des cours à l’IVTB dans ce domaine —, croit que son destin est ailleurs, soit « en France où je pourrai me perfectionner en demi-fond », lance-t-il. Pour l’heure, il espère porter cette saison son record personnel au 800 m de 1’58 à 1’55 une fois que les compétitions sur piste débuteront.
En cadettes, la surprise se nomme Emilie Ng Foong Po. Cette étudiante en Lower VI au collège Lorette de Curepipe s’est servie du cross pour se perfectionner en course à pied, « mon point faible en triathlon qui reste ma spécialité », avoue-t-elle. « Le cross fait aussi partie de ma préparation en vue des prochains championnats d’Afrique de triathlon. Et depuis que je cours le cross, je sens que j’ai progressé. Mais je ne m’attendais vraiment pas à remporter les quatre manches de la ligue pour devenir championne », ajoute-t-elle.
Elle peut compter sur ses parents pour la pousser et aussi sur son ancien coach de triathlon, Pascal Auger, qu’elle remercie.