2011 : l’année du retour pour Guillaume Thierry. Après sa médaille d’argent à Mahé le mois dernier aux 8es Jeux des îles, le décathlonien a ramené l’argent des Jeux d’Afrique de Maputo, avec en prime un nouveau record de Maurice qu’il détient désormais avec une marque de 7481 pts. Une performance qui le conforte dans ses ambitions de se qualifier pour le rendez-vous olympique de Londres 2012.
« 2011 est définitivement l’année où je retrouve la grande forme. Cela ne m’était pas arrivé depuis 2007. J’espère que les années les plus dures vont rester derrière, car là je suis vraiment concentré sur mes objectifs à venir. Mes coaches (l’Ukrainien Oleksandr Nevskyy et Joël Sévère) ont bien compris ce qu’il fallait me faire travailler pour que je sois plus performant. Mais il faut être sérieux. Et je sais aussi maintenant que si l’on ne consent à faire des sacrifices quand il le faut, tout cet effort n’aura servir à rien », s’exclame-t-il.
En effet, il n’aura jamais été aussi régulier à plus de 7100 pts que cette année. Il a démarré sa saison à Maurice en avril lors du meeting africain des épreuves combinées avec 7444 pts, puis réalisa 7161 pts en Italie (mai) avant de réussir 7337 pts à Mahé et enfin 7481 pts en début du mois à Maputo. « J’ai dû compenser mes faiblesses, notamment dans les épreuves de course, pour en arriver là », explique-t-il. D’ailleurs, à Maputo (3-17 septembre), il devait réussir ses meilleures marques personnelles aux 100 m, 110 m haies et 1 500 m.
Arrivé au Centre international d’athlétisme de Maurice (Ciam) en 2005, Guillaume Thierry a fêté le 15 septembre ses 25 ans, alors qu’il était à Maputo. « À l’époque, je ne savais pas ce que j’étais capable de faire. C’était nouveau et je voulais essayer. J’ai débuté après avoir complété mon HSC. Il m’a fallu six ans pour cerner cette épreuve. Car c’est cette année seulement que j’ai compris comme attaquer et réussir un bon concours de décathlon. »
Soutien financier
Mais son passage au centre n’a pas été sans galère, rappelle-t-il. « Je revenais d’Afrique du Sud avec une performance de 7167 pts que je perdis ma perche au cours du voyage. Puis, je m’étais blessé et dûs abandonner aux championnats d’Afrique à Addis Abeba. » L’année suivante, il prit de l’emploi pendant huit mois à Floréal Knitwear avant d’y mettre un terne. « Étant déjà blessé, cela ne m’a pas vraiment aidé à reprendre l’entraînement. Si je voulais revenir dans le haut niveau, il fallait absolument que j’arrête de travailler, c’est vraiment impossible de faire les deux à la fois. »
Il survivra grâce à la bourse qu’il détenait auprès de la Conféjes (CIAM) et au soutien financier de l’État à travers la High Level Sports Unit. « J’avais $ 100 (?Rs 3 000) comme argent de poche par mois et entre Rs 5 000 et Rs 5 400 par mois pour me nourrir. Avec l’État, je devais à l’époque bénéficier de Rs 5 000-Rs 6 000. Je me débrouillais et c’était vraiment très difficile pour moi de m’en sortir. »
L’année dernière durant sa préparation aux 8es Jeux des îles, il fut également soutenu pendant cinq mois par l’agence Flight & Travel Ltd grâce à l’intervention commune de Gérard Boullé et Carlo de Souza. Mais cette année, il respire mieux grâce à sa bourse olympique et à la HLSU.
Et sauf imprévu, plus rien ne pourra briser son rêve olympique. « Mon plus grand rêve est désormais de me qualifier pour Londres. Je sais que c’est tout à fait possible si je me concentre comme il le faut et je ne fais pas d’erreur », affirme-t-il, même s’il est conscient que les minima sont en hausse avec des barèmes établis à 8100 pts (A) et 7950 pts (B).
Mais Londres pourrait aussi ne pas être une fin en soi, puisque Guillaume Thierry voit plus loin. « Définitivement, si tout se passe bien, je viserai une dernière participation aux Jeux des îles et aux Jeux d’Afrique. » « Faire du haut niveau à Maurice est possible, à condition de revoir le système d’allocation de bourses accordée aux sportifs. Pourquoi ne pas soutenir, par exemple, dès le départ un athlète qui est potentiellement reconnu comme étant capable d’aller loin au lieu d’attendre qu’il atteigne un certain niveau pour commencer à l’encadrer ? »
Il est aussi d’avis que, loin de devoir se contenter d’une allocation, « les sportifs de haut niveau devraient plutôt être pourvus d’un salaire en guise de reconnaissance pour ce qu’ils font pour leur pays. »