Rien ne pouvait arrêter les coureurs Sud-Africains samedi au Gymkhana lors des championnats d’Afrique de cross, événement qui coïncidait avec la 4e et ultime étape de la ligue nationale comptant également pour les championnats nationaux. Ils sont passés tel un rouleau compresseur alors que Nicolas Boissèque et Prisca Manikion ont été exacts au rendez-vous, le premier enregistrant son premier titre en ligue et championnat chez les as, alors que l’autre a réédité son doublé de l’année dernière.
La domination intrinsèque des coureurs Sud-Africains tant en masculin qu’en féminin était un scénario qui était écrit d’avance. Les deux équipes ayant en point de mire une participation aux championnats d’Afrique de cross prévus le 18 courant à Cape Town, comme l’an dernier.
Ils mirent très tôt les voiles dans la course masculine car même s’ils couraient en équipe, c’était chacun pour soi à l’arrivée, nous dit le vainqueur Lungisa Mdedelwa, 26 ans. « C’était une course tactique, même entre nous. Et nous savions qu’elle allait être dure. Chacun a mené le train à son tour et à l’arrivée c’était chacun pour soi. C’était important pour moi de gagner puisque nous jouons tous notre sélection pour le cross africain. »
Tels des métronomes, les coureurs du pays de Mandela n’ont jamais faibli. Bien au contraire, on s’étonnait devant l’ampleur de l’écart qu’ils avaient creusé à l’arrivée contre les coureurs locaux. Au moment où ils chevauchaient la descente vers l’arrivée, Nicolas Boissèque, suivi plus loin de Dharamjai Jeetun et Paramasiven Sammynaden, entamait alors la dernière des cinq boucles du circuit long de 1,9 km. Et là encore, il faut se dire que l’an dernier il y avait 12 km à parcourir…
Reste que Lungisa Mdedelwa émergea des 11 km en 33’22 au terme d’un sprint final aux dépens de ses coéquipiers Dean Brummer (33’23) et Moorosi Boye Soke (33’24) qui complètent le podium. Le Namibien Johannes Thomas Krywer, 7e à l’arrivée et unique représentant de son pays, s’est retrouvé à un contre six.
Boissèque : « Je savais … »
Plus de trois minutes plus tard, c’est Nicolas Boissèque, 20 ans, qui rallia l’arrivée en grand vainqueur (36’56) pour cueillir ses premiers lauriers en sa deuxième année chez les seniors. Il a savamment dosé son effort, gardant son calme même lorsque Dharamjai Jeetun attaqua pour passer devant lui avant la fin du premier tour du circuit. Qui plus est, son duel tant attendu contre Jean-Luc Vilbrim, le champion national en titre, tournait vite en dérision tant ce dernier a déçu tout son monde.
En retrait et au ralenti dès le 2e tour, Vilbrim a été incapable de réagir, sombrant graduellement jusqu’à concéder l’abandon à environ deux tours de la fin. « J’ai trébuché et commencé à ressentir une douleur à la hanche. J’ai préféré arrêter pour ne pas prendre plus de risque », a-t-il confié. Une thèse soutenue avec insistance par son coach, Mike Félicité. « Oui, il ne pouvait vraiment pas continuer dans ces conditions… »
Bref, Jeetun poursuivra lui jusqu’au bout son effort, bien que rattrapé puis tenu à distance par Boissèque à l’entame du 3e tour. De son côté, Paramsiven Sammynaden, qui avait emballé la course au début, se maintiendra en tête avant d’être relayé par Jeetun au 2e tour. Il terminera 3e Mauricien en 37’35 devant Xavier Verny (38’00) et Christophe Maréna (38’33).
Calme même après sa victoire au classement mauricien, Nicolas Boissèque se réjouit au fond de lui de son doublé. « Je m’attendais un peu à gagner. Quand Jeetun est parti, je suis resté avec Vilbrim derrière pour contrôler. Je savais que j’allais pouvoir revenir sur lui. Quand ce fut fait, je lui ai mis aussitôt un écart que j’ai géré jusqu’à l’arrivée. Quant à Vilbrim, je pense qu’il avait peut-être les jambes un peu lourdes après les 9,8 km qu’il a courus une semaine de cela dans la 3e manche au MGI. Sinon, il s’est piégé lui-même, ne voulant jamais accélérer. Je suis vraiment content d’avoir gagné et dédie ma victoire à mon oncle Maxence, à Philippe Delaître mon employeur qui m’a permis de m’entraîner, à Judex Durhône qui assurément aurait été vraiment le seul à pouvoir me battre aujourd’hui (samedi) s’il était venu. Car il était plus en forme que moi avant son accident survenu récemment à La Réunion. Je les remercie tous du fond de coeur de même que mon coach, Jacques Lebon. »
Visiblement déçu, Dharamjai Jeetun trouva lui bon d’avouer qu’il est parti seul « pour ne pas laisser Vilbrim se faire piéger. » « Finalement, il ne m’a pas rejoint et je me suis retrouvé seul et en danger en tête. Quand Boissèque m’a passé, je pensais qu’il allait faiblir plus loin. Mais il a maintenu le rythme et a bien géré tandis que moi j’ai ralenti. Je remercie mon coach Mike Félicité. »
Effectivement, personne à l’exception de Durhône n’aurait pu priver Boissèque du sacre samedi. Il a bouclé cette saison de cross en apothéose, comme il l’avait entamée en frappant un grand coup le 29 janvier à Trianon.
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La course féminine: Jenifer Mabuza s’impose,
Manikion double la mise

La course australe devait forcément revenir à une Sud-Africaine. Et c’est Mpho Jenifer Mabuza, 32 ans, qui a mis toutes ses coéquipières d’accord. La championne du cross austral, qui vit à Soweta, est une spécialiste du marathon. Elle l’avait d’ailleurs prouvé en remportant le marathon international Orange en 2009 après une 5e place obtenue en 2008.
Elle estime que la préparation au cross permet de combiner la puissance à l’endurance, surtout en vue des championnats d’Afrique de cross le 18 mars au Cap. « Je suis si contente d’avoir gagné. Car c’est mon premier titre en cross. On a fait la course en équipe et à la fin la meilleure l’a emporté. Le rythme était rapide, mais je devais le soutenir », a-t-elle confié à la presse venue l’interroger.
Diana Lebo Phalulu, la favorite de l’épreuve, a dû se contenter de la 3e place derrière Nolene Conrad. Mpho Jenifer Mabuza avait terminé 2e d’un marathon couru à Soweto le mois dernier en 2h43, son meilleur temps personnel. Elle devrait enchaîner un autre marathon prévu le 1er avril au Botswana.
Cette course a quelque peu éclipsé le sacre de la Mauricienne Prisca Manikion, qui s’offrit un deuxième sacre en ligue et championnats depuis l’an dernier. À la lutte avec la Réunionnaise Pamela Clorate jusqu’au dernier tour des 7 km, Manikion s’imposa au terme d’un sprint haletant en 29’10 contre 29’11 à son adversaire, alors que Lidzy Bayaram et Valencia Cupidon (1re jr) et Sabrina Keisler complétèrent le podium.
« Clorate m’a toujours résisté en entrant dans mon rythme et c’était très motivant. Il fallait que je m’accroche jusqu’au bout pour gagner. Quant aux Sud-Africaines, elles sont parties très vite pour se détacher. Moi, je me suis concentrée sur l’objectif de réaliser le doublé », a commenté Manikion.