On attendait tous les autres, sauf lui. Mais Nicholas Boissèque, 20 ans, a frappé un grand coup lors de l’ouverture de la ligue nationale de cross-country hier à Trianon. En enlevant cette première manche, il a affiché clairement ses prétentions dans la course des as. « Mon but cette année est d’être champion de la ligue et pourquoi pas champion national », lâche-t-il sans ambages. Voilà qui est bien dit. Dans la course féminine, Prisca Manikion n’a pas raté sa première sortie. « Une bonne entrée en matière », comme elle l’avoue elle-même.
On attendant Xavier Verny ou encore Paramasiven Sammynaden. Mais si ce dernier n’a pas répondu à l’appel hier, l’autre a craqué sur le dernier des six tours du circuit balisés sur le terrain de jeu du Racing Club de Maurice. Xavier Verny avait en effet animé la plus longue partie de la course aux côtés de son rival du même club, Nicholas Boissèque, sans donner le moindre signe qu’ils allaient finir par céder. Plus loin, le marathonien Nitesh Soodun les suivait après que les deux coureurs l’eurent faussé compagnie vers la mi-course.
Mais les deux fuyards se trouvaient à environ 250 m de l’arrivée quand Boissèque décida de porter l’assaut final : un sprint que même son compagnon d’échappé ne put répliquer. Et c’est ainsi que Boissèque enleva sa première victoire d’étape en sa deuxième année chez les seniors.
Pourquoi en fait a-t-il opté pour une course d’attente avant de lancer le sprint ? « Mon adversaire est meilleur que moi dans des courses d’endurance. Partir trop tôt aurrait pu me coûter la victoire. Donc, j’ai préféré attendre le sprint pour faire la différence », confie le jeune élève de Jacques Lebon.
Cela fait un bon moment déjà dans la ligue de cross qu’on n’avait pas entendu un coureur être aussi franc et direct dans ses prétentions dès l’instant qu’il remporte la première étape dans la course des as. Cela dit, Nicholas Boissèque se sent d’âme à relever le défi cette année après être resté pendant longtemps dans l’ombre de ses adversaires alors qu’il était encore junior.
Devenu plus sérieux, il a remis l’ouvrage sur le métier déjà en octobre pour éviter toute déconvenue. « Ce qui a changé cette fois ? Je ne commets plus les erreurs du passé et j’ai changé de tactique. J’ai aussi suivi mon plan d’entraînement étape par étape sans rien négliger. Cela dit, je m’attendais à gagner aujourd’hui (hier). Xavier (Verny) m’a paru un peu fatigué sur la fin. Sa précédente course de trail lui a peut-être laissé des traces de fatigue. Cela dit, je vais courir les trois prochaines manches et les championnats tel qu’il a été décidé avec mon coach. »
Deuxième à l’arrivée, Xavier Verny ne se fait pas pour autant de souci quant à la suite des hostilités. « L’erreur que j’ai faite est peut-être d’avoir couru le trail la semaine précédente à Rivière-Noire (10e). Sinon, la préparation s’est bien passée depuis septembre. Aujourd’hui, (hier) ce n’était qu’une mise en jambes. J’ai haussé le rythme au 2e tour et il (Nicholas) a bien répondu. Mais sur la dernière boucle, je n’ai pu à mon tour répondre à son attaque. Car d’habitude, j’en mets une dernière couche pour me détâcher. Aujourd’hui, je n’avais pas de bonnes jambes. Mais la lutte ne fait que commencer dans la ligue et pour les championnats. La prochaine course sera sûrement mieux », dira-t-il.
Chez les dames, Prisca Manikion regrettera simplement que ses principaux adversaires n’étaient pas toutes présentes « pour mieux s’évaluer. » « Mais je me rends compte d’avoir bouclé ma course un peu plus vite cette fois. Je m’attendais à gagner. Le cross reste un passage obligé vers la piste où, cette année, je ne me limiterai pas aux courses de fond uniquement », a-t-elle prévenu.
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Puren : une histoire de famille…
Chez les Puren à Trou-aux-Biches, le cross est une histoire de famille. Le papa Stephan, un Français, est troisième chez les vétérans, le fils Alexandre, vingt-quatrième chez les benjamins, et Lucile, vainqueur de la première manche de cette Ligue de cross chez les poussines.
Ce trio s’entraîne trois fois par semaine au stade Anjalay au sein du Centaurs Port-Louis Athletic Club, que dirige Stephan Puren lui-même. A neuf ans seulement, Lucile, qui fréquente l’École du Nord, a commencé très tôt l’athlétisme (à sept ans). Elle demeure la fierté de la famille.
« J’ai super bien couru cette premième manche à Trianon et j’en suis très fière. J’étais d’ailleurs très confiante en mes chances de remporter cette course », confie-t-elle. Elle veut participer à toutes les manches de cette ligue 2012 et espère même s’aligner à un cross en France en juillet prochain. Elle y a déjà remporté deux courses sur route, sur un parcours de 1,5 km.
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Cyril Rasoamanana : un moral d’acier
Cyril Rasoamanana, âgé de dix ans, a été le grand vainqueur chez les poussins, terminant sa course avec un chrono de 8’29. Il habite Tamarin et fréquente l’école Paul et Virginie. C’est le petit protégé de Laurent Lactive, entraîneur du Club d’Athlétisme de Bambous.
« Au début de la course, j’ai couru en troisième position et j’ai sprinté dans le tournant final. Je suis très satisfait de ma performance pour cette première mise en jambes », confie-t-il.
« Cyril est un jeune très prometteur qui a un moral d’acier et un gros potentiel. C’était une victoire attendue mais j’ai été surpris par la résistance de son adversaire dans les derniers mètres de la course », avance Laurent Lactive.
Le petit Cyril s’entraîne trois fois par semaine, au rythme d’une heure et demie par séance. Il a réalisé son meilleur chrono (3’10 sur une distance de 1000m à l’entraînement), l’année dernière. Et en février 2010, il a remporté le championnat de cross-country de La Réunion et s’est classé troisième l’année dernière alors qu’il courait dans une épreuve sur route pour non-licenciés.
Cyril Rasoamanana mettra le cap sur le Kenya le 17 février afin de suivre un stage de treize jours à l’école de Ketchopkeino, qui accueille les étoiles montantes de l’athlétisme.