Que serait-il advenu du Meeting international d’athlétisme de Maurice s’il n’y avait pas eu le meeting africain des épreuves combinées vendredi et samedi dernier au stade de Bambous ? Comme l’an dernier et l’année précédente, les athlètes étrangers et mauriciens du Centre international d’athlétisme de Maurice (Ciam) ont sauvé en grande partie l’événement de l’anonymat et surtout de ses perspectives olympiques. Parmi ses membres figure l’inusable Ghanéenne Margaret Simpson, 30 ans et toujours aussi rayonnante, comme aux premiers jours où elle débarquait à Maurice début 2000 en compagnie de son coach de toujours, l’Ukrainien Oleksandr Nevskyy.
Depuis le retrait de Stephan Buckland de la scène en juillet 2010 et le déclin d’Éric Milazar au 400 m, il faut dire qu’il n’y a vraiment plus d’athlètes de valeur mondiale, à défaut de véritables stars, pour garder le meeting à flots et l’empêcher de sombrer dans une dimension régionale. Par contre, l’animation est depuis assurée dans les épreuves combinées par le trio du Ciam Margaret Simpson, le Malgache Ali Kamé et le Mauricien Guillaume Thierry. Les trois s’entraînant avec Oleksandr Nevskyy et le Mauricien Joël Sévère.
Alors que Kamé enlevait samedi son 4e titre de rang au décathlon, Simpson obtenait le même succès dans l’épreuve d’heptathlon en y ajoutant la manière. Elle réédite pour la troisième fois depuis l’année dernière les minima olympiques. Pour elle, Londres n’est plus un rêve. 9e à Athènes en 2004 (6253 pts), elle avait dû faire l’impasse sur les Jeux de Pékin quatre ans plus tard pour cause de maladie. Il n’est pas question qu’elle rate le voyage londonien. « Je suis confiante et je veux monter sur le podium et battre mon record d’Afrique », confie-t-elle vaillamment. Elle détient la référence africaine avec 6 423 pts réalisés à Goetzis en 2005.
Margaret Simpson est un autre modèle de persévérance et d’abnégation pour les athlètes mauriciens. D’humeur toujours combative et volontaire à souhait, elle est déterminée à aller jusqu’au bout. Depuis son arrivée au Ciam, elle n’a jamais cessé de crever l’écran. Elle fut deux fois couronnée championne d’Afrique en 2004 (Congo-Brazzaville) et 2010 (Nairobi), triplement titrée aux Jeux d’Afrique en 2003 (Nigeria), 2007 (Alger) et 2011 à Maputo. Mais son plus grand exploit restera à ce jour une belle médaille de bronze obtenue aux mondiaux d’Helsinki en 2005 avec 6 375 pts.
Aux Jeux nigérians, elle avait décroché sa qualification pour les JO d’Athènes avec 6 152 pts. À Alger, elle l’emporta avec une marque de 6 278 pts. Créditée de 6 140 pts au Congo-Brazzaville, elle aligna son deuxième titre africain à Nairobi avec 6 031 pts.
Problèmes de santé
L’année dernière, elle assura très tôt sa qualification olympique en Italie (6 270 pts), puis aux Jeux d’Afrique de Maputo courant septembre (6 172 pts). C’est au retour de Maputo qu’elle fut opérée d’une hernie abdominale. Cette blessure survenue quelques mois plus tôt en Autriche lui coûta du reste mieux qu’une 14e place (6183 pts) fin août-début septembre aux mondiaux sud-coréens de Daegu pour lesquels elle avait également validé son billet en réussissant en avril à Maurice 6 134 pts.
« Je suis vraiment contente de retrouver la forme après mon opération subie en octobre à Maurice. Après Maputo, je suis rentrée au pays en octobre jusqu’à fin décembre. Puis, j’ai repris l’entraînement en janvier. Maintenant, je suis o.k. sauf une petite douleur au genou (droit). Je ne pensais pas pouvoir terminer mon concours samedi. Mais je l’ai fait. C’est grâce à mon coach. Il est très bon et prend vraiment soin de ses athlètes. »
Oleksandr Nevskyy est en tout cas un coach heureux. Il n’a été que très rarement déçu de sa protégée durant les douze années de leur collaboration. Après 2006, année de la naissance de son premier enfant qu’elle a surnommé “Oleksandr”, Margaret Simpson est devenue maman d’un petit garçon pour la deuxième fois en 2009. Ses deux fils sont élevés au Ghana par sa famille. Et on imagine toute la joie qu’elle éprouve à les retrouver à chaque fin de saison.
« Après la naissance de son deuxième fils, elle a eu de gros problèmes de santé et n’a pu donner de bonnes performances. Elle n’était pas au mieux à Daegu et Maputo. Mais depuis son opération, elle va nettement mieux. Elle n’a plus besoin d’y penser. Je suis content de voir qu’elle a progressé aux javelot, poids et hauteur. Ses trois épreuves lui causaient problème aussi longtemps qu’elle n’était pas opérée. Cela l’obligeait à utiliser uniquement ses bras. Mais la compétition de samedi a démontré qu’elle était maintenant guérie. Sa santé s’est stabilisée et depuis janvier elle a pu recommencer à se concentrer sur ses résultats et l’entraînement », soutient l’Ukrainien.
Nevskyy précise que Simpson n’a pas trouvé les deux jours de compétition trop durs puisqu’elle n’est pas encore à fond. À la longueur et la hauteur, elle tentait seulement de bien sauter en adoptant une approche moyenne. Idem en sprint. « L’objectif est qu’elle soit au sommet de sa forme à Londres et finisse 5e ou 6e. Elle aura d’ici là des compétitions qui lui serviront de répétitions avant cette échéance. »
Margaret Simpson, Ali Kamé et Guillaume Thierry effectueront leur tournée annuelle en Europe le mois prochain. Ils seront en action en Italie, Prague et Autriche avec des objectifs divers. Puis, ils seront engagés aux championnats d’Afrique (26 juin-1er juillet) au Bénin. « Pour les garçons, l’objectif au Bénin sera de réaliser les minima olympiques tandis que pour Margaret, cet événement lui servira de soutien dans sa préparation pour Londres. »