Il était donné favori et il a bien tenu son rang. Hier matin au pied de la Colline Candos, Paramasiven Sammynaden a remporté son premier titre de champion de Maurice de cross doublé de celui de la ligue. Une victoire que personne n’a pu lui contester, ni Mohammad Dookun ni Jean-Luc Vilbrim, le tenant du double titre, et encore moins Kevin Narain (4e) et Nicolas Boissèque (7e) au terme des 9,5 km du parcours. Sammynaden effectue donc son entrée au prestigieux palmarès après trois ans d’attente. Chez les dames, la Rodriguaise Antoinette Milazar, 40 ans en juillet, a fait subir à Prisca Manikion une nouvelle défaite après celle de l’an dernier en la privant d’un quatrième titre de championne de rang sur 7,2 km.
La longue attente de trois ans marquée par « des hauts et des bas » a donc récompensée. Sammynaden avait pour rappel été privé du doublé en 2011 au Gymkhana quand Jean-Luc Vilbrim avait mis brutalement fin à sa domination sans accro dans les trois précédentes étapes en lui soufflant le titre de champion. Pas cette fois, car le Port-Louisien s’est offert la cerise sur le gâteau en guise d’apothéose.
Toujours placé aux avant-postes, il commença à se démarquer de ses adversaires à la fin du 4e tour du circuit couru sur gazon. Le trio qu’il formait avec Dookun et Vilbrim avait alors pris une avance sur Narain et Christophe Mootoosamy. Écart qui devint plus important et difficile à combler à l’entrée du 5e tour avec Narain et Boissèque qui étaient définitivement lâchés. Mais curieusement, les cinq premiers tours du circuit virent Vilbrim se positionner en tête pour la première fois depuis son entrée dans le cross (3e manche). Une position qu’il ne céda point jusqu’au tour décisif, quand Sammynaden et Dookun passèrent à l’offensive. À cela, Vilbrim ne put rien, sauf de constater les dégâts.
Plus loin, alors que l’arrivée se dessinait, Dookun n’allait lui aussi pas résister, laissant le véritable patron de cette ligue de cross s’envoler seul vers la victoire. « Définitivement, ils sont plus forts et plus expérimentés que moi. J’ai flanché dans le dernier kilomètre quand ils sont partis. Il fallait les attaquer plus tôt pour conserver mes chances. J’ai trop réfléchi. Pas grave, on apprend toujours de nos erreurs… », concède Mohammad Dookun. Il ne manquera pas néanmoins de remercier spécialement Sammynaden et consorts de lui avoir montré « comment se court un cross lorsqu’on fait partie des favoris » et M. Coomar (physiothérapeute), « celui qui a soigné ma douleur à l’abdomen. Sans lui, je n’aurais pas pu tenir aussi longtemps. Je termine 2e grâce à lui et à mon coach Frankie Lebon. Merci beaucoup. »
Aucun suspense en féminin
Quelques secondes auparavant, Paramasiven Sammynaden, 25 ans, avait franchi l’arrivée en grand vainqueur. Après avoir repris son souffle, il avoue que rien n’était joué d’avance dans cette dernière étape. Sans doute craignant de revivre la même désillusion qu’en 2011. « Cette victoire n’était pas attendue, mais je m’étais bien préparé à l’emporter. Je savais qu’elle serait difficile avec Vilbrim et Dookun, et même Boissèque. Ils ont tenté de me faire douter, Vilbrim surtout en élevant sans cesse le rythme. Mais j’ai tenu bon. Dookun est fort et je crois qu’il pourra effectuer une superbe league de cross l’an prochain avec Boissèque. C’était définitivement une course tactique. Nous somme partis lentement, ne voulant prendre aucun risque. À trois tours de l’arrivée, Vilbrim a secoué la course pour me déstabiliser, mais on a vite réagi. » Il laisse ensuite éclater sa joie et savoure. « C’est l’expérience qui a fini par faire la différence… C’est mon premier titre, mon premier doublé. J’en suis très heureux. »
Plus loin, Boissèque tentait lui de se remettre de sa déception. « Je n’avait pas de bonnes jambes aujourd’hui (hier). Rien ne répondait. Je ne suis pas senti à l’aise. D’habitude, je réagis aux attaques. Là, je n’ai rien pu faire. Quand ils sont partis dans la montée à trois tours de l’arrivée, mes jambes étaient lourdes. J’ai préféré décrocher. » Il lui reste maintenant la piste pour gommer sa déception.
Quant à Jean-Luc Vilbrim, il ne peut qu’être satisfait d’avoir terminé tout au moins sur le podium. « Ils ont endormi la course dès le départ, et je n’ai pas apprécié. Je suis donc parti, n’ayant rien à perdre puisque je me prépare pour le marathon. À un tour de l’arrivée, ils se sont avérés logiquement plus rapides. Mais je suis assez satisfait de ma course. On ne peut gagner à tous les coups. Je crois avoir bien défendu mon titre. Je remercie mon sponsor Yoplait, mon coach Mike Félicité et ma famille. »
S’agissant de la course des seniors dames, le duel opposant Prisca Manikion, déjà championne de la ligue, à Antoinette Milazar tourna en faveur de cette dernière sans donner lieu à un quelconque suspense. La Rodriguaise mit dans le vent son adversaire à un environ trois tours de l’arrivée pour s’imposer avec aisance. « Je pensais qu’elle était la meilleure. Mais après j’ai senti que je pouvais gagner et suis partie à trois tours de l’arrivée », confie la toujours souriante Milazar. Elle remercie son entraîneur, Jean-Noël Lisette, sa famille ainsi que le personnel de l’hôpital Queen Elisabeth de Crève Coeur et même le commissaire aux Sports de Rodrigues de leur soutien.
D’autres coureurs de Rodrigues et de La Réunion se sont aussi distingués hier en remportant pas moins de cinq victoires en minimes et cadets en particulier.