Le suspense durera jusqu’au bout, car il faudra attendre définitivement la course décisive des championnats nationaux prévus le 2 mars, fort probablement à Candos, pour qu’apparaisse enfin le champion de cross 2014. Celui-ci pourrait même s’adjuger le doublé ligue-championnat, à l’image de Paramasiven Sammynaden, qui est venu relancer la bataille, hier à Candos, en enlevant avec autorité sa deuxième victoire d’étape. En féminin, par contre, la deuxième victoire d’étape d’Annabelle Lascar ne privera pas pour autant Prisca Manikion, 2e hier, du titre de la ligue en attendant les championnats.
Vainqueur aux Casernes (Curepipe), Sammynaden s’était effondré dans la 2e étape (Médine Bambous) avant de revenir à la charge à Moka (MGI) en se classant 3e. Hier, il est venu démontrer qu’il faudra assurément compter avec lui pour la suite. Alors que Kevin Narain a fait le lièvre en animant les trois premières boucles du circuit, Sammynaden, Boissèque, Dookun et même Jean-Luc Vilbrim l’ont laissé faire en suivant tranquillement le rythme assez élevé qui leur a été imposé.
Mais à deux tours de l’arrivée, Narain céda sous la fatigue, laissant filer le trio Sammynaden, Boissèque et Dookun. Le break était fait. On savait dès lors que la victoire se jouerait entre eux, malgré la remontée de Vilbrim. Allaient-ils se départager au sprint, comme à Moka ? Pas sûr, même si Dookun, qui se plaça entre-temps en embuscade, attaqua en tête la dernière boucle dans la montée. Sammynaden et Boissèque s’accrocheront pour basculer une dernière fois avec lui dans la descente.
Et contrairement à ce qui s’était passé à Moka, Sammynaden et Boissèque n’attendront pas les derniers hectomètres pour déclencher l’attaque. Ils lancèrent cette fois de loin le sprint, soit à plus d’un kilomètre de l’arrivée. Dookun était battu. « On s’est décalés dans la dernière descente, puis on a attaqué à 1 km de l’arrivée environ. Il n’y avait que ça à faire pour ne pas se faire piéger », confia Sammynaden.
« Je reste donc dans la course pour le titre et même pour un doublé. Mais cette course m’a permis de rectifier les erreurs commises précédemment en suivant les conseils que m’ont prodigués certains anciens champions… On a attaqué au bon moment, mais Dookun a bien résisté jusqu’au bout. Je dois dire un grand merci à Nicolas (Boissèque) qui m’a toujours soutenu quand je connaissais des hauts et des bas, et notre entraîneur Jacques Lebon », fait ressortir Sammynaden.    
Solidarité
Pour Boissèque, néanmoins, son soutien va bien au-delà de celui du rôle d’un coéquipier, puisqu’il sait qu’il n’avait dès le début rien à gagner dans la course au titre de champion de la ligue de cross. « L’essentiel aujourd’hui (hier) était que je récupère et revienne le 2 mars. C’est surtout la piste qui est mon objectif. Et puis, ici à Candos, je n’apprécie pas vraiment de courir sur du rock-sand qui est glissant. On ne peut imposer là-dessus un rythme soutenu afin de se sentir à l’aise. Notre tactique a fonctionné. On a attaqué lorsque nos adversaires étaient fatigués. Mais je n’étais pas venu chercher une victoire. Le 2 mars ? On verra bien », nous lança-il. Il remercie toujours son sponsor CEAL, « en particulier Michel Rousset et Jean-François, du Verger de Labourdonnais. »
Quant à Mohammad Dookun, il avoue qu’il ne s’est « pas senti dans la course. » « Mon échauffement s’est mal passé et c’est la première fois que je cours sur ce parcours. Les faux-plats et le vent m’ont compliqué la tâche. Par ailleurs, je traîne toujours une douleur sous les côtes quand je commence à être fatigué. Mais je continue quand même à courir. Je visais une deuxième victoire d’étape… Mais tout se jouera le 2 mars. Je remercie Sammynaden et Boissèque qui m’ont guidé depuis mon arrivée chez les seniors. Aujourd’hui (hier), je termine avec eux sur le podium. J’en suis fier. Mais le titre reste serré et très ouvert. » Mohammad Dookun, qui aura 21 ans en juillet, veut trouver un emploi pour poursuivre des études supérieures et en même temps sa carrière sportive. Il en profite pour lancer un appel.
S’agissant de la course féminine, la participation d’Annabelle Lascar lui ôtait tout son suspense, même si elle aura subi plusieurs attaques de Prisca Manikion. Lascar s’imposera aisément à l’arrivée, mais elle a annoncé clairement qu’elle ne serait pas au départ de l’épreuve phare dimanche. « Je ne serai pas là car je préfère m’en tenir, comme je l’avais bien déclaré au début, à mon plan d’entraînement qui est calqué sur la piste, plus précisément sur le 800 m, où je vise les minima pour les Jeux du Commonwealth à Glasgow. Malgré mes deux victoires, je ne compte pas m’aligner encore au cross, même si le titre sera en jeu. »
Elle laisse donc la voie libre à Prisca Manikion. Mais celle-ci devrait aussi compter « avec la Rodriguaise Antoinette Milazar pour le titre de championne nationale si elle est présente », dira Manikion. En attendant, cette dernière est virtuellement devenue championne de la ligue.