Elle déborde d’énergie et pétille de vie. Elle n’arrête pas de rire et de faire rire. Elle aime parler, mais a aussi l’habitude d’écouter… L’écoute est devenue sa qualité première. Une main qu’elle tend à ceux atteints du cancer, maladie qu’elle combat elle-même depuis 9 ans. Anne Marie Bhurtun, patiente de l’hôpital Victoria où elle a traversé les moments les plus durs de sa vie, sait de quoi parlent les autres patients lorsqu’ils évoquent découragement et lassitude face au cancer. C’est pour cela qu’aujourd’hui, elle milite pour l’encadrement et le soutien des patients, aux côtés de l’association Link To Life. Une nécessité dans nos centres de santé publics qui devraient, selon elle, être une priorité pour le ministère de la Santé. Anne-Marie Bhurtun souhaite qu’une attention plus humaine soit accordée à ceux touchés par le cancer, qui ont besoin non seulement de soins appropriés mais aussi et surtout de compassion pour les aider à lutter contre cette maladie.
À la voir, on ne dirait pas que cela fait 9 ans maintenant qu’elle vit avec un cancer. Et pas des moindres. Anne Marie Bhurtun souffre du cancer du colon. Elle l’a appris à la suite d’une biopsie (mot qu’elle ne connaissait pas du tout), en 2006. Elle dut se faire opérer d’urgence. “Le médecin m’a dit qu’il fallait enlever une grosseur au niveau de mon intestin, tout près du passage des selles, et qu’ensuite il allait coudre mon anus. Il a aussi dit que pour mes besoins, je devrais porter un sac!”, se souvient-elle.
Tout a commencé lorsqu’un soir, elle a ressenti une terrible douleur au bas de son corps. “Je pensais que c’était parce que je m’étais assise trop longtemps pour coudre”, dit-elle. Après trois visites au dispensaire où elle reçoit des calmants, un après-midi où la douleur est insupportable, sur conseils de ses collègues, elle se rend à l’hôpital Victoria. Elle y rencontre un jeune médecin, qui, après un examen, inquiet, la réfère immédiatement à la Surgical Unit pour des examens plus poussés le lendemain.
Révoltée mais
décidée à se battre
C’est là que le médecin spécialiste qui l’ausculte lui fera comprendre qu’elle doit faire une biopsie. “Ce mot était vague, je ne savais pas que cela avait une relation avec le diagnostic du cancer”, raconte Anne Marie Bhurtun. Les résultats tombent quinze jours plus tard: il faut qu’elle se fasse opérer d’urgence. “J’étais révoltée. Il était hors de question que je fasse une colostomie – opération qui consiste à faire évacuer les selles à partir d’une poche externe du corps”, dit-elle. Cependant, après avoir recherché trois autres avis médicaux, elle comprend que c’est l’unique solution qui s’offre à elle.
Les premiers jours suivant son opération ont été très durs pour Anne-Marie. “C’était difficile de se faire à l’idée . À l’hôpital, je n’ai pas mangé pendant dix jours. Il n’y avait que le sérum. J’étais très faible et j’arrivais difficilement à comprendre ce qui m’était arrivé”, se souvient-elle. De retour chez elle, grâce au soutien de son époux et de ses proches, Anne-Marie se remettra petit à petit. Ainsi, puisant sa force dans la prière et avec l’aide de ses proches elle a tout fait pour sortir de son découragement. D’ailleurs, quelque temps après, après la radiothérapie et ayant appris à vivre au quotidien avec son “sac”, elle reprend son poste de vendeuse dans le magasin où elle travaillait non loin de chez elle à Candos.
La chimio,
le plus dur
Pendant quatre ans, elle a été tranquille. Puis, en 2012, à la suite d’un rendez-vous à l’hôpital pour ses résultats d’analyses sanguines, on lui apprend qu’elle doit être mise sur un traitement de chimiothérapie. “La chimio, c’est le plus difficile. Je suis généralement forte. Mais après six sessions de chimio pendant quatre mois, je ne pesais plus que 52 kilos alors qu’avant je faisais 65 kilos”, dit-elle, heureuse cependant de n’avoir pas perdu ses cheveux.
En effet, si les traitements, plus particulièrement la chimiothérapie, sont lourds, c’est surtout la prise en charge du malade qui est le plus important, estime-t-elle. “Lorsqu’on va à notre rendez-vous pour une chimio, le procédé est long. Il faut voir le médecin, faire des analyses, revoir le médecin et ensuite, avec son aval, on peut effectuer la chimio. Si un truc cloche, on doit revenir un autre jour”, dit-elle. Pas toujours évident avec l’état de santé d’un malade du cancer. Or, c’est un fait courant que des patients qui viennent à leur rendez-vous sont renvoyés chez eux, après une journée d’attente à l’hôpital. “Il faut que les places se libèrent pour qu’un patient puisse faire sa chimio. Et souvent, l’attente est vaine”, dit cette habituée de l’hôpital Victoria. Et le calvaire du patient doit recommencer un autre jour. Autre épreuve pour les patients cancéreux: le système de transport. “Si l’hôpital met une ambulance à la disposition des patients, l’attente des patients pour rentrer chez eux est insupportable, surtout après avoir subi une chimio”, dit-elle.
Manque de personnel
La sexagénaire explique également qu’il existe un réel manque de personnel au niveau de ce département de l’hôpital Candos. “Le personnel n’a pas le temps de s’occuper des patients. Enn zournée zot galopé! Pena assez dimoun…”, estime-t-elle.  “Or, les malades du cancer ont besoin qu’on s’occupe d’eux autrement également”, dit-elle. C’est dans cette optique que depuis qu’elle s’est jointe à l’association Link to Life, elle se fait un devoir de passer ses lundis et mercredis aux côtés des patients qui viennent pour leur traitement. “Nous leur apportons un peu d’encouragement et de soutien. Parfois, parler ça fait du bien”, dit Anne-Marie, qui milite pour que les patients atteints d’un cancer ne se laissent pas aller à la déprime. “On peut s’en sortir. Il faut avoir cette force de positiver. Avec l’encadrement nécessaire et le soutien de nos proches, voire d’étrangers, on peut surpasser cette maladie. La preuve, aujourd’hui je rayonne”, dit-elle.