Les images de l’attentat terroriste de la Promenade des Anglais à Nice dans la soirée du 14 juillet sont des plus cruelles. Le poids lourd, engagé dans une course-suicide menée par le Franco-Tunisien, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, n’a rien épargné sous ses pneus. Les enfants et les jeunes, venus assister aux feux d’artifice sur le front de la Méditerranée en cette nuit de Fête nationale française, ont payé un lourd tribut à cette haine. Parmi les 84 victimes dénombrées, plus d’une dizaine d’enfants innocents. A hier, une trentaine d’autres enfants, dont le plus jeune est âgé de six mois, sont soignés à l’hôpital des enfants de Nice pour des traumatismes crâniens et des fractures. Les dernières informations en provenance du Centre universitaire méditerranéen de Nice, transformé en cellule de crise, alors qu’il y avait encore 16 victimes à identifier, poussent l’ambassade de Maurice à Paris à se montrer rassurante. Elle n’est en présence d’aucune indication que des Mauriciens auraient été victimes de cet attentat revendiqué par l’Etat islamique depuis hier. Toutefois, des Mauriciens se trouvaient à Nice au moment du drame, dont Olivier, cet ancien étudiant du Lycée Labourdonnais, résidant en France et qui avait fait le déplacement à Nice pour le week-end prolongé du 14 juillet. Ou encore Clément Manuel, lieutenant aux casernes des pompiers de Magnan de Nice, qui a dû échanger en quatrième vitesse ses vêtements de fête pour sa combinaison de travail et affronter la réalité de cet acte terrorisme sur la Promenade des Anglais  qu’il peut admirer de la fenêtre de sa résidence. Au passage, il oubliera de rassurer son père à Maurice, Gérard Manuel, pris de panique, qui multipliera les contacts pour avoir de ses nouvelles.
Olivier, cet ancien étudiant du Lycée Labourdonnais, installé en France depuis ces dernières années et exerçant dans l’aviation, n’en revient pas de ce qu’il a témoigné quand il avait pu quitter le restaurant où il avait été enfermé avec d’autres personnes qui y avaient cherché refuge au plus fort du drame. Aujourd’hui, il se rend compte du cadeau que lui a fait la vie. « Oui, je dois dire heureusement mon ange gardien est toujours avec moi », avouera-t-il dans ses confidences à Week-End.
En effet, lors des attentats meurtriers à Paris du vendredi 13 novembre dernier, Olivier a dû son salut en restant bloqué pendant des heures dans un café. Et le jeudi 14 juillet, quand avait démarré ce camion-suicide le long de la Promenade des Anglais à la fin des feux d’artifice, il venait de se mettre à table dans un restaurant avec des amis. Il était arrivé à Nice dans la journée et s’était rendu sur le front de mer vers les 21 h 30 pour assister aux traditionnelles manifestations populaires.
« Aucun signe de stress particulier. L’atmosphère était des plus festives. La place était remplie de monde. Rien ne présageait qu’un drame odieux allait se jouer. Nous avions préféré nous rendre au restaurant un peu avant la fin des festivités en plein air. A peine étions-nous assis à table que nous avions vu des gens courir dans tous les sens. Une véritable débandade. Ce mouvement incontrôlé de la foule nous a donné des frissons », confie Olivier, visiblement encore sous l’effet du choc de ce qu’il a vécu lors de cette soirée, qui aurait dû être consacrée à la fête.
« La peur était envahissante et contagieuse »
« Des gens affolés sont  entrés à  toute vitesse dans le restaurant pour chercher refuge. Ils bousculaient ceux qui étaient à table et d’autres n’avaient rien trouvé de mieux que d’aller se cacher dans les toilettes et les cuisines. Nous ne comprenions rien de ce qui se passait. L’incompréhension était totale. Personne n’était en mesure d’offrir des explications cohérentes sur ce qui se passait à l’extérieur du restaurant. Devant la panique qui s’est emparée de ceux qui avaient pénétré en catastrophe dans le restaurant, le responsable n’a eu d’autre choix que de fermer la porte d’entrée », poursuit ce témoin, qui affirme que d’être enfermé dans un lieu sûr donnait un sentiment de confiance et de sécurité.
« Néanmoins, la peur était envahissante et contagieuse. Nous ne savions pas ce qui se passait à l’extérieur jusqu’à l’arrivée des éléments du GIGN. Nous n’avions aucune idée ce qui a pu provoquer ce désarroi dans la rue. Les militaires ont fouillé partout. Ce n’est que bien plus tard que nous avions été évacués du restaurant », dira Olivier alors que le plus dur était à venir. Il n’était nullement préparé à affronter cette scène apocalyptique.
En première ligne des opérations de secours
Une fois dans la rue, Olivier ne savait où donner de la tête. « J’ai été exposé aux corps, à la vue dramatique de cadavres ensanglantés. Au sang, à la vomissure C’était terrible. C’était insoutenable ! Comme des images de guerre ?  Oui, c’est ça », répond-il.
Par précaution et pour leur propre sécurité, Olivier et ses amis ont préféré s’éloigner des principales artères pour emprunter les petites rues de Nice en vue de regagner leur hôtel. L’ancien étudiant se dit chanceux d’avoir pris la bonne direction sur la Promenade des Anglais à la fin des manifestations. « Si nous avions pris le sens inverse, nous nous serions rapprochés du camion avec des risques que nous saurions évaluer», lâche-il.
Olivier passera une nuit blanche après tout ce qu’il a vu et entendu. « Je n’ai pas pu dormir cette nuit-là à cause de ces images d’horreur qui défilaient dans ma tête d’autant plus qu’on entendait toute la nuit les sirènes des ambulances et celles de la police », se souvient-il
Pourtant, dans le tintamarre des sirènes des véhicules de secours sur la Promenade des Anglais, un autre Mauricien, Clément Manuel, lieutenant à la caserne des pompiers, est en première ligne des opérations de secours. Enfilant en quatrième vitesse sa combinaison professionnelle et après s’être assuré que son épouse et ses deux enfants sont en sécurité à la maison, il oublie en passant de rassurer son père, Gérard Manuel. A Maurice, celui-ci, en apprenant la nouvelle de l’attentat de la Promenade des Anglais et sachant la proximité des lieux avec la résidence de son fils, s’inquiète. Ses multiples appels téléphoniques et ses messages SMS resteront sans réponse.
La consolation viendra d’un message de sa fille, habitant Caen, l’informant que Ticlem est sain et sauf et au travail. Finalement, vers 3h vendredi matin, Gérard Manuel sera doublement rassuré en entendant à l’autre bout du fils la voix de Clément, certes exténué, mais fier d’être à la hauteur de ses responsabilités professionnelles.
Du côté de l’ambassade de Maurice à Paris, une permanence téléphonique a été opérée depuis vendredi matin en vue de parer à toute éventualité. « Heureusement, aucun appel n’a été reçu de Mauriciens en détresse ou de Mauriciens cherchant des proches. J’espère ici aussi que c’est un bon signe. Il n’y pas de développements majeurs de notre côté sauf qu’à la cellule de crise, installée au Centre universitaire méditerranéen de Nice, des listes provisoires sont à la disposition de ceux qui cherchent des proches. Nous ne pensons pas qu’il y ait de Mauriciens dessus, mais c’est encore provisoire », fera ressortir l’ambassadeur Rault à Week-End, hier matin.
Le chef de mission a Paris a été sollicité une unique fois par une mère de famille à Maurice dont les deux filles sont à Nice. « Mais heureusement, ses filles étaient saines et sauves. Je n’ai pas d’autres contacts à ce stade », a-t-il conclu.