L’exposition Témoignage d’un voyage a été lancée hier après-midi au Amnezia Club. Rencontre avec la conceptrice du projet Saleema Pierre qui nous fait découvrir qu’au-delà du visuel, cette initiative, regroupant des oeuvres d’enfants, relève d’un itinéraire pédagogique…
Au premier abord, Témoignage d’un voyage pourrait se laisser décrire comme une exposition d’enfants alliant ludique, couleurs vives (rose bonbon), arc-en-ciel, petits moutons et nature insouciante. Mais il n’en est rien ! Pour Saleema Pierre, qui a encadré les enfants de l’Atelier Artdoize, il s’agit avant tout d’un travail, d’une évolution artistique revendiquée et d’une expression tendre et vraie. « Cette exposition regroupe un travail de plus d’un an […] Certains enfants sont à l’atelier depuis l’âge de trois ans. Ils en ont maintenant sept ; ils ont grandi artistiquement. »
Grandir est certainement le maître-mot de cette exposition. L’exemple de croissance artistique, Saleema Pierre nous le donne à travers cet exercice : « On a proposé aux petits d’utiliser des jouets qu’ils n’utilisaient plus pour faire de l’art. » Vieilles figurines, petites voitures, tout ce qui cultive l’imaginaire d’un enfant y passe. « Une opportunité pour eux de revenir vers l’enfance plus tard », nous confie la conceptrice du projet.
Des enfants de sept ans faits prisonniers du temps qui passe ? Ne les pose-t-on pas là comme témoins de leur temps ? Ce n’est pas le but recherché. « Il s’agit surtout de leur apprendre le recyclage. C’est une méthode d’éducation. J’utilise un peu de psychologie. Je prends l’exemple d’artistes connus qui utilisent le recyclage dans leur art… Les enfants comprennent cela et adoptent souvent ces méthodes, en laissant de côté la valeur sentimentale de l’objet. Il faut savoir rester flexible… inculquer sans s’imposer ».
Saleema Pierre, s’il nous est permis de poser un regard, se fait la traductrice, le catalyseur du potentiel artistique de ces enfants. « Ils possèdent tous des talents cachés que j’aide à faire monter à la surface ». Sans s’imposer, transposer le talent. C’est peut-être là sa vocation.
Témoignage d’un voyage, c’est aussi le voyage vers l’autre. On parle « d’harmonie dans la différence, en toute simplicité ». À Saleema Pierre de nous expliquer : « Les enfants n’ont pas toujours la même langue maternelle. Par exemple, une de nos petites ne parle que l’anglais. Ce qui peut paraître comme une barrière n’en est plus une … À l’Atelier Artdoize, on casse les murs ». Il n’est pas faux que l’art transcende. Il s’impose « comme une autre langue ».
Saluons également la participation des jeunes de SOS Villages à l’exposition, qui prend fin cet après-midi. Ils ont aussi participé à un atelier de formation sur la fabrication de bougies. Comme l’a souligné Antoine Félicité de SOS Villages, le fruit de cet atelier contribue à faire de cet événement « un voyage vers l’intégration ».