Les premiers élèves de Physical Education au School Certificate ont récemment obtenu leurs résultats. L’occasion de propulser le sport dans la cour des grands et d’apporter le soupçon de leadership qui manque parfois au système éducatif. Levons le voile sur ce phénomène au Belle-Rose SSS où trois élèves se sont classées parmi les dix meilleurs de la cuvée 2011.
Plus de 10 ans. C’est le temps que les enseignants en éducation physique et sportive (EPS – Physical education) ont attendu pour avoir enfin un syllabus « bien à eux ». Jugé trop loin des cahiers, le sport a longtemps rencontré des obstacles pour se frayer un chemin vers les salles de classe. Les plus modérés se questionneront certainement sur le bien-fondé de cette démarche. L’on entend ainsi dire : « Le sport et ses valeurs, c’est intéressant mais ça apporte quoi au final ? » Comme pour faire allusion au résultat final qui est le savoir lire, écrire et compter.
Après un marathon tant idéologique que pédagogique, l’EPS a finalement trouvé les ressources nécessaires pour traverser la ligne d’arrivée aux récents examens du School Certificate (SC). Le premier batch d’élèves en sport voit le jour. Coup d’essai, coup de maître… Le sport passe de la case projet pilote à la réalité.
Le Belle-Rose SSS s’est d’ailleurs démarqué en la matière. Parmi les 188 candidats nationaux, seules trois filles figurent dans le classement combiné des dix meilleurs ; elles viennent toutes de cet établissement.
Pédagogie fructueuse
Éloïse Delmasse, Jessica Adaken et Angelica Capillaire respectivement 5e, 7e et 9e aux épreuves de PE en SC « font honneur » au Belle-Rose SSS, bien loin des centres d’excellence faisant la nostalgie des intercollèges. Des lauréates « sport » qui amorcent l’éclosion d’une élite différente des canons mauriciens. À Belle-Rose, on parle aisément d’une pédagogie de PE où l’on ne fait pas que joindre l’utile à l’agréable.
« Déjà, le sport ne se fait pas au détriment des autres matières », rassure Colette Pernet, rectrice du Belle-Rose SSS. « C’est un gros plus, un moyen de permettre à l’élève de s’épanouir, se découvrir des valeurs et trouver un équilibre. Ça touche aussi aux sciences, à la nutrition et au développement de la personnalité. »
Krita Beeharry, professeur d’EPS au Belle-Rose SSS, n’hésite pas à parler des filles du collège comme de « véritables meneurs d’hommes ». « Elles sont différentes, plus ouvertes, bien dans leur peau. Elles ont une assurance que d’autres filles n’ont pas », souligne-t-elle.
Et à Angelica Capillaire, qui n’a pas choisi la PE comme matière subsidiaire en Higher School Certificate (HSC), de déclarer qu’elle bénéficie toujours des résidus de cette Form 5 plutôt sportive. L’adolescente explique ainsi que pour les group works c’est souvent elle qui prend les devants. « Le sport nous permet d’apprendre à vivre sainement, à garder la forme et à équilibrer étude et sport. »
Pour Eloïse Delmasse, l’exigence sportive va cependant encore plus loin. Elle évoque la solidité mentale, le « savoir-se-retenir » et surtout sa passion pour le basket. La première fille au niveau national a trouvé dans cette activité sportive le moyen d’exceller et d’intégrer « le centre national de formation à Phoenix ». D’où son ambition de faire des études en Suisse pour embrasser une carrière de « prof de sport spécialisée Basket ».
Quant à Jessica Adaken, qui ne savait pas nager au début de cette aventure, elle compte faire de la natation sa discipline de prédilection. Et comme la bicyclette, cela ne se désapprend pas. L’assurance acquise non plus. La jeune demoiselle se dit d’ailleurs « plus confiante, moins stressée au niveau des études académiques et plus responsable ».
Pas du gâteau
Les mauvaises langues en remettraient bien une couche : « Oui mais courir, sauter, bouger, c’est la santé. Mais où est la difficulté ? » Un pavé dans la mare ? Pas si l’on s’en tient au manuel d’EPS, un véritable pavé qui n’a rien à envier au Lipsey d’Economics. À partir du Lower Six, le syllabus (voir hors-texte) est d’ailleurs « très bulky », avoue Avinash Mihdidin, collègue de Krita Beeharry. Chose qui n’encourage pas les filles, même les mieux classées, à poursuivre. « Français sub-la tro fasil sa », une réputation qui pousse les élèves sur les chemins de la facilité, loin de ce qui pourrait les passionner véritablement. Paradoxalement, ce n’est pas l’exigence académique qui pourrait éloigner les intéressés des aires de sport. Parmi les trois « lauréates » du Belle-Rose SSS, seule Eloïse continue avec le sport en HSC. Une matière qui est loin d’être « facile ».
Un brin de physio et de notions du système de circulation, des bases scientifiques auxquelles se greffent un soupçon de sciences sociales comme la psychologie du sport et le leadership… sont entre autres les connaissances acquises par Éloïse, Jessica et Angelica. Quid du « connais-toi toi-même » ? À l’image de « nos filles », le sport semble éveiller une certaine conscience de soi. Une belle option vers l’idéal de Socrate…
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Le syllabus
Le syllabus d’éducation physique et sportive (EPS) pour le School Certificate comprend un questionnaire de théorie en trois unités correspondant à 40 % de la note finale. Les autres 60 % forment le « practical component ». Quatre activités doivent être choisies et « performed » suivant la méthode de « continuous assessment ». La performance compte pour 50 points et un projet de 10 points complète le cursus.
Au Belle-Rose SSS, plus de quatre activités sont proposées. Les filles peuvent choisir parmi huit sports, dont deux danses : folk (par exemple : le séga) ou social (comme la salsa). Avinash Mihdidin, professeur d’EPS de l’établissement, explique : « Il y a cinq ans on ne pouvait s’imaginer que le séga pourrait faire partie d’un examen à part entière ». Les performances sont filmées et envoyées à Cambridge pour être notées.
Le programme de sport du Belle-Rose SSS devient de plus en plus populaire parmi les élèves. « On est passé de 13 à 18 filles inscrites pour cette matière en Form 5 ». La matière est disponible en Higher School Certificate au niveau subsidiaire. Cinq élèves ont commencé le programme qui est encore au stade de projet pilote. Cependant les choses se corsent à ce niveau. De moins en moins pratique, le sport devient théorique et encore plus pluridisciplinaire. Cocktail de chimie, de biologie et de physique pour un « very demanding theory component » et que 30 % de performance prévus. Nos sportifs passeront ainsi plus de temps assis et accoudés qu’à s’exercer. De là à chômer ? Parlons plutôt d’exigence académique. L’EPS : du lourd pour un sub.