« Ki ou kone lor Ebene ? Se enn plas kot enn ta zeness travay. La plipar se bann centre dapel… ». Voici la réponse qui se fait entendre quand cette question est posée. D’ailleurs, cette image d’Ébène n’est pas complètement erronée. Une petite balade dans ses ruelles suffit pour un constat de visu.
La Cybercité d’Ébène est réputée pour ses ruelles grouillant de jeunes, en costard et chemisier, souvent avec une touche occidentale. Niché au coeur de l’île Maurice, le centre d’Ébène se transforme petit à petit avec la construction des bâtiments, les aménagements et les facilités. N’est-elle pas appelée à devenir la capitale des jeunes ? N’apporte-t-elle pas à elle seule un nouveau souffle au monde du travail avec une politique d’emploi différente ?
À Ébène, les bâtiments servent de points de repère. Nexteracom, The Link, HSBC, Cybercity… Carte magnétique au cou ou encore cigarette à la main durant les pauses, les jeunes travaillant à Ébène donnent l’impression de vivre une autre culture, celle à l’européenne serait-on tenté de dire d’un point de vue vestimentaire, alimentaire ou encore dans leurs habitudes quotidiennes. Car si pour certains, il est difficile d’imaginer travailler en dehors de 9 h à 15 h, pour ces jeunes employés, débuter leur journée de travail à 11 h ou encore à 14 h n’a rien de surprenant. Au contraire, cela laisse place à plus de libertés et moins de stress. « Pas d’embouteillages… cela est déjà un énorme plus qui présage d’une bonne journée », disent ceux interrogés.
Mais plus encore, les conditions d’emploi dans les différents champs de métier disponibles là-bas sont des plus attrayantes. Salaires motivants, flexibilité des horaires, dispositif de transport… tout est mis en place pour que le jeune s’y sente à l’aise. Clency, 52 ans et chef d’entreprise, nous explique qu’il privilégie l’emploi des jeunes car il y a moins de problèmes. « Ils démarrent dans le monde de l’emploi et n’ont aucune responsabilité familiale. C’est tout à notre avantage », dit-il. Bien que sur sa liste des employés figurent certaines personnes d’âge mûr, il indique que l’atmosphère au travail doit être en ligne avec ce que recherche un jeune. Une politique adoptée après avoir constaté le succès des centres d’appels dans leur politique d’emploi.
« Les conditions d’emploi y sont uniques », affirme-t-il. Mais les employés se doivent d’organiser leur vie en fonction des célébrations, des styles de communication et des heures européennes en raison du décalage horaire. Les salaires proposés par les centres d’appels sont attrayants aux jeunes adultes lors du recrutement. Une fois dans l’équipe, les employés sont formés pour travailler dans un environnement où ils adoptent des pseudonymes, anglais ou français. Ils communiquent si bien que leur interlocuteur ne devine pas que l’appel vient de Maurice. « Les formations, l’atmosphère de bureau et les pratiques de socialisation auxquelles ils sont soumis, contribuent à transformer leur vision des choses », souligne notre interlocuteur pour expliquer comment les jeunes ont adopté le mode de vie occidental, différent de celui rencontré dans les autres milieux de travail à Maurice. Ainsi, les attentes des centres d’appels influencent les styles de vie, comportements sociaux et identités de leurs employés. Fabrice, âgé de 19 ans, a récemment pris de l’emploi dans une compagnie d’assurances à Ébène. Pour ce jeune qui vient d’obtenir son HSC, le lieu convient parfaitement à cette période de transition entre le secondaire et le monde du travail. « Le jeune se retrouve avec d’autres de sa génération. L’atmosphère de travail est agréable. Il est facile de partager ses soucis et difficultés sans pour autant être jugé », explique-t-il. D’ailleurs, dit-il, « je doute d’arriver à travailler et évoluer dans un autre environnement. Bien que je sois conscient que je ne pourrai pas rester dans cette entreprise éternellement. Mais pour acquérir de l’expérience et comprendre le monde de l’emploi, c’est l’idéal ». À Clency de préciser : « Mais ce ne sont pas uniquement les centres d’appels qui influencent l’identité de leurs employés. Il y a également les services du chat ou encore les journalistes web — un métier qui prend de l’ampleur à Maurice. »
Des secteurs en expansion où la rapide montée en grade est mise en avant lors du recrutement.
Le jeune et ses aspirations
Confrontés à la compétition dès l’école où il a toujours été question de la loi du plus fort, de celui qui assimile le plus rapidement, les jeunes ont adopté cet état d’esprit pour se faire une place dans le monde du travail. L’excellence dans le travail influence le salaire mensuel, contribue à une vie plus aisée et permet un mode de vie hors du commun. Accessoires de mode, vêtements de marque… tout est mis en avant pour se démarquer des autres. Rencontrées dans le centre commercial à Ébène, Ashwanty et Anoushk, la vingtaine, se font remarquer par leur look branché. En chemisier et pantalon, elles se démarquent des autres jeunes par leurs lunettes de soleil, leurs coupes de cheveux ou encore leurs chaussures. « Nous travaillons dans une compagnie de mise en page », expliquent-elles. Pour ces deux jeunes femmes, la période des soldes n’est pas d’actualité. « Maintenant que nous sommes employées, nous pouvons nous acheter tout ce que nous voulons. Il n’est plus question d’attendre les soldes. Nous vivons aisément mais cela implique de travailler beaucoup. Mais ce mode de vie nous plaît », explique Ashwanty. Il est 14 h lorsque nous les rencontrons. L’heure à laquelle elles prennent leur pause déjeuner. Elles débutent leur journée de travail à 11 h et termineront à 19 h. Des horaires qui ne représentent que des avantages pour elles. Et quant aux heures de repas ? « Nous nous y sommes habituées à la longue. Notre corps s’y est habitué. Bien qu’au début j’ai eu quelques petits soucis de santé », explique Anoushk. Et d’indiquer que le repas du jour sera composé de fast food acheté dans le centre commercial d’Ébène.
Dans la rue à côté du bâtiment de MTML, des jeunes hommes avec des habits totalement différents déjeunent. Ce sont des ouvriers d’un chantier en construction, autre face de la cité d’Ébène. « 50 % des ouvriers seraient des jeunes âgés entre 20 et 30 ans », confie Bruno, un ouvrier. « Un monde complètement différent certes mais qui propose également divers avantages principalement sur le plan financier », explique-t-il. Le rejoignant dans ces propos, ses collègues affirment « ki isi pe ziss bisin bann zenes ki ena couraz pou fer tou travay ki bisin. Bisin dimounn dan beton kouma dan biro. Ebene ou kapav trouv tou sa la parmi bann zeness ki pe travay ». D’ailleurs, Richy, marchand de “roti”, confirme cette tendance dans l’alimentation. « Mazorite zeness al manze dan centr commersial. Nou pa tro gagn lavi isi nou. Avan dimounn ti manz roti, aster bann la manz bann fast food », renchérit notre interlocuteur.
Influences internationales
Shanon et Shelby, deux jeunes femmes qui travaillent dans une société de presse européenne, ne sont guère intéressées par l’actualité à Maurice. Roan, 27 ans, dit également ne pas être au courant de l’actualité régionale. « C’est ce qui se passe sur le plan international qui est important à mes yeux car cela influence mon travail que se soit les horaires ou encore les congés publics. »
Bercés d’influences diverses parfois même contradictoires, ces jeunes ont soif d’information. Leur moyen de communication privilégié : l’internet. C’est ainsi que le style vestimentaire a connu une légère influence, d’où le changement de comportement dans la façon de dépenser, de s’habiller… un monde qui prône le souci des apparences pendant que d’autres prennent soin de leur alimentation. Ces jeunes d’Ébène n’expriment aucune crainte quant à leur avenir financier. « Nous avons des revenus assez conséquents pour ne pas avoir à nous en soucier », affirme Roan.
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