L’incendie à Grand Sable, qui a fait deux victimes, et celui à l’ancien Happy World ont mis à rude épreuve nos pompiers la semaine dernière. Interventions délicates, niveau de stress élevé… rythment le quotidien de ces soldats du feu qui bravent régulièrement le danger pour sauver des vies. Reportage au coeur d’une caserne.
Samedi vers 8 h 30, aux abords de la caserne des pompiers de Port-Louis. Un batch de soldats du feu a démarré il y a une trentaine de minutes leur shift du jour. Ils passeront ensuite le relais à leurs collègues qui travailleront pendant au moins 16 heures.
Dans les différents compartiments de ce bâtiment historique en bois qui date de 1906, les pompiers en service se plient à un agenda rigoureux concocté minutieusement par Dorsamy Ayacouty, Divisional Fire Officer des Government Fire Services.
À l’issue du change over parade, le roll call et la vérification des véhicules, les pompiers sont en stand-by. Ils s’apprêtent à vivre une nouvelle journée stressante… Ils ne resteront toutefois pas les bras croisés en attendant un firecall ou autres interventions.
Ces soldats du feu suivent à la lettre l’agenda du Divisional Fire Officer, composé d’exercices de simulation variant selon la région que couvre la caserne. « Le programme dépend des risques que nous couvrons dans la région. Ici à Port-Louis nous avons des high risks… les pompiers de Port-Louis sont comme ceux de Paris. Ils ont besoin d’une formation plus poussée que ceux des autres casernes », explique Dorsamy Ayacouty.
Parmi ces lieux figurent la région portuaire avec son stockage des produits pétroliers hautement inflammables, des bâtiments historiques comme le Musée de Port-Louis, le parlement et les bureaux des ministres. Ces points sensibles, auxquels s’ajoutent des milliers de vie, obligent les pompiers à être en permanence sur le qui-vive afin de parer à toute éventualité…
Suivant le protocole établi, les soldats du feu doivent quitter leur caserne en moins d’une minute en cas d’intervention. « Se enn metier kouma lezot. Linn vinn enn routine ek nou ena discipline dans nou travay. Enn bann diffikilte dan metier la, se ki tout le tan nou ress en alerte. Ena tou le tan stress. Kan penser ki nimporte ki momen nou pou bizin sorti li touzour enn stress. Me en mem tan li bon kar piblik senti zot en sekirite avec nou service. Ena boukou diffikilte kan nou alle lor terrain, me kan mem nou reussi sirmonte li », soutient le pompier Thakoor Gowkaran, après un exercice de simulation.
Malgré des programmes rigides et des exercices de simulation à la caserne pour favoriser des réactions rapides chez les pompiers lors d’une alerte, sur le terrain en condition réelle, c’est une autre paire de manches. Toutes les conditions ne sont pas toujours réunies pour faciliter les opérations.
« Kan nou sorti en urgence pou ale lor difer nou ramass boukou problem avec bann otomobiliste. Zot pas cooperer pou donne nou simin. Parfwa zot mal park zor masine nou gagne problem pou circuler » martèle un pompier/chauffeur. Ces problèmes, soutient-il, sont plus fréquents à la rue Desforges à Port-Louis. D’ailleurs, la scène est assez familière : l’on voit souvent des automobilistes qui prennent leur temps avant de céder le moindre passage aux camions de pompiers, et ce en dépit de la sirène hurlante.
Ces perturbations au niveau de la circulation ont des conséquences directes sur le bon déroulement de l’intervention, dont un léger retard. « Kan nou rant dan enn dife lakaz dans enn lendroit nou kapav gagn enn tas problem. Dimounn lev ar nou akoz kifer nou pann vinn pli vitt », explique le pompier/chauffeur. Et d’ajouter : « Me zot pa compren ki nou fer nou maximum ek nou expose nou lavi oussi kan nou pe roule vit pou rent a tan. »
Les difficultés lors des opérations ne s’arrêtent pas là. Plusieurs chauffeurs/pompiers pestent que certains automobilistes rangent inconsciemment leur véhicule sur des bouches d’incendie. Sans oublier les fumées et autres polluants auxquelles sont exposés les pompiers durant leur combat contre le feu, et ce malgré l’utilisation d’équipements de protection individuelle. « Parfwa nou per. Nou exposer ar enn tas danger. Tou les zour nou pe mort inpe ek la fime e stress », soutient un pompier qui se dit toutefois fier d’oeuvrer pour la population.
Le Divisional Fire Officer, pour sa part, relativise. « Le travail des pompiers est maintenant valorisé par les autres interventions. Auparavant nous nous occupions que des incendies mais aujourd’hui nous avons de nouvelles attributions, mais celles-ci ne sont pas encore réglementées par la loi. Nous intervenons dans les accidents car nous avons les équipements nécessaires. Le service est en train de se moderniser avec le Chief Fire Officer qui prend les devants pour que nous devenions des sapeurs-pompiers », soutient Dorsamy Ayacouty.
Le Recrutement de femmes pompiers prochainement au sein de ce département et la construction de nouvelles casernes devraient d’ailleurs apporter une bouffée d’air frais…
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Incendie : actions et réactions
Voici quelques conseils pratiques pour éviter tout risque d’incendie de maison :
* Ne fumez jamais au lit
* Ne branchez pas trop d’appareils sur la même prise
* Méfiez-vous de l’huile sur le feu, des grille-pain ou encore des fers à repasser
* N’utilisez jamais d’alcool ou d’essence pour raviver les braises d’un barbecue
* Éloignez les produits inflammables des sources de chaleur (convecteurs, ampoules électriques, plaques chauffantes)
* Mettez allumettes et briquets hors de portée des enfants
* Mettre les bougies dans un solide chandelier, sur une surface résistante qui ne risque pas de s’enflammer, hors de portée des enfants et des animaux de compagnie. Ne jamais les placer près d’une fenêtre, il suffit d’un coup de vent pour que les rideaux prennent feu.
* Vérifier l’état du tuyau de gaz (cuisine ou douche)
* Avoir un extincteur chez soi
Que faire en cas d’incendie :
* Gardez votre calme et, une fois en sécurité, appelez les pompiers (115)
* Ne jetez pas d’eau sur de l’huile en feu
* Convenez avec les membres de votre famille d’un endroit où vous vous rejoindrez en cas d’incendie : un arbre dans votre cour, un lampadaire sur le trottoir
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SYNDICATS — Ashraf Buxoo : « Le manque de personnel se fait sentir »
Dans une déclaration au Mauricien, Ashraf Buxoo, président de la Government Services Employees’ Association (GSEA) Fire Fighters Cadre, décrie vivement le manque de personnel au sein des Government Fire Services. Le manque d’effectif dans les différentes casernes à travers l’île se fait cruellement sentir, dit-il, avec environ 140 postes vacants dans ce département des Services publics.
Ashraf Buxoo avance que ces quatre dernières années, aucun recrutement n’a été effectué. De plus, les pompiers partis à la retraite ne sont toujours pas remplacés. Ashraf Buxoo avance cependant que selon ses renseignements, la Public Service Commission envisagerait de recruter 40 pompiers. Le problème actuellement, dit-il, c’est qu’en opérant en sous-effectif, les pompiers voient leur travail constamment perturbé. Plusieurs casernes sont concernées par ces carences en ressources humaines : Coromandel, Port-Louis, Quatre-Bornes, Curepipe, St-Aubin et Mahébourg.
La flotte de véhicules des Government Fire Services est également considérée comme une autre source de problème. Certains camions dateraient de… 20 ans et demandent à être remplacés. Le nombre restreint de Double Cab (pick-up) est également critiqué. Autre grief du syndicat, c’est que depuis 2008, les pompiers n’ont pas obtenu d’uniformes. Il y a deux semaines, une réunion consultative a eu lieu avec Hervé Aimée, ministre des Collectivités locales, pour évoquer ce problème. Selon Ashraf Buxoo, les pompiers obtiendront une somme d’argent pour les uniformes, qu’ils n’ont pas eue depuis environ quatre ans.
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Quelques sinistres les plus dévastateurs
24.10.11 : Deux bébés périssent dans un incendie à Grand Sable
Les demi-frères Thierry Fabien et Benitos Colas (deux ans) ont trouvé la mort dans l’incendie de leur maison de deux pièces. Cinq autres enfants, âgés de deux ans et demi à neuf ans, ont pu être sauvés des flammes alors que leur mère Daniella Prosper (35 ans) s’en est sortie avec des brûlures au bras. La maison des Colas a été complètement détruite.
11.10.09 : Des employés bloqués dans le bâtiment du Hassamal Shopping Centre
Huit employés et un agent de sécurité de la compagnie Brinks.  étaient de service à Outremer Telecom lorsque l’incendie s’est déclaré. Ils se sont retrouvés coincés pendant pratiquement une heure et demie sur le balcon à l’étage, qui abrite cette compagnie au Hassamal Shopping Centre à Rose-Hill. L’état des victimes n’a cependant suscité aucune inquiétude.
19.12.03 : Décès du père de Madan Dulloo
Un incendie survenu à Sainte-Croix à Port-Louis a coûté la vie à Balram Dulloo. Âgé de 92 ans, le père de Madan Dulloo se trouvait dans son lit et regardait la télévision au moment où sa maison a été la proie des flammes.
12.10.01 : Un pompier meurt à Neolithik Garments
L’incendie à l’usine de textile Neolithik Garments a fait une victime : Sajid Soodhoo (27 ans). Ce pompier laisse derrière lui une veuve et un enfant de trois mois. Deux de ses collègues ont été gravement brûlés. Au cours de l’enquête policière sur cet incendie criminel, Gorayadev Chinniah, propriétaire de l’entreprise, a été arrêté et présenté devant le tribunal de Rose-Hill. Une accusation provisoire de crime d’incendie a été logée contre lui. Il a été remis en liberté après avoir payé une caution de Rs 5 000.
28.10.00 : Un incendie ravage l’entrepôt de la MCFI
Le feu a éclaté dans l’entrepôt de la Mauritius Chemical Fertilizers Industry (MCFI), détruisant un stock d’environ 600 tonnes de fertilisants d’une valeur de Rs 5 millions. À l’issue de ce sinistre, Port-Louis – en particulier la zone portuaire et les agglomérations avoisinantes – a vécu sous la menace de gros nuages composés d’épaisses fumées toxiques, notamment de l’oxyde d’azote.
21.09.00 : Cinq commerces réduits en cendres à Rose-Hill
La librairie Le Cygne, les magasins Chez Pritania et Picadily, la pharmacie Standard — commerces des arcades Magic Lantern à Rose-Hill – et la quincaillerie Hossenally ont été ravagés par un incendie le jeudi 21 septembre 2000. Selon les témoins, dans un compte rendu de ce drame dans les colonnes du Mauricien, le feu s’est déclaré à la librairie Le Cygne peu après le rétablissement de la fourniture électrique à Rose-Hill, à la suite d’un black-out. Les propriétaires des commerces estimaient les dégâts à des dizaines de millions de roupies.
18.02.99 : Deux morts à Palma
L’incendie d’une maison en bois et tôle à l’impasse Renganaden Seeneevassen à Palma, Quatre-Bornes, fait deux morts : Marie Rosemay François (61 ans) et sa petite fille Francesca Perres (4 ans). Les trois familles, qui y vivaient, ont tout perdu en moins d’une demi-heure.
08.10.93 : Chinatown part en fumée…
Un incendie dans la soirée a rayé de la carte de nombreux commerces et habitations du quartier chinois de Port-Louis. Il n’y a eu aucun mort ni blessé. Les pompiers ont mis cinq heures pour maîtriser les flammes.