Alors que l’île Maurice était en avertissement de classe 2 depuis lundi matin, hier après-midi, on dénombrait presque 1 500 personnes réfugiées dans les différents centres prévus à cet effet. Au centre social de Ste-Croix, plusieurs familles souhaitent être relogées, certains montant au créneau pour réclamer un repas, alors que le protocole en vigueur stipule que ce n’est qu’à partir de l’avertissement de classe 3 que des repas chauds doivent être distribués aux réfugiés. « Depi gramatin, nou pe atann enn led pou manze », nous a confié une dame. Avec un cri de lassitude, certains réfugiés ont l’impression que leurs doléances restent sans réponse…
Au centre social de Ste-Croix, l’inquiétude des adultes tranche avec l’insouciance des enfants qui, eux, se sont fait de nouveaux amis, jouent et s’allongent sur des matelas posés à même le sol. Joani, enceinte de son quatrième enfant, essaie de garder le sourire même si elle ne sait pas quand elle pourra regagner son domicile envahi par l’eau boueuse. « Ena zanfan finn fer pipi lor matla e li pa fasil viv dan bann kondision parey. Tou bann fami ki isi merit mem konsiderasyon. Nou dimann gouvernman reget nou ka e vinn avek enn solision ».
Fleurette Perrine, une habitante de Cité-La-Cure, nous raconte son calvaire. Depuis le samedi 10 janvier, elle s’est réfugiée au centre social de Ste-Croix. « Il n’y a pas de drains là où j’habite. L’eau des toilettes a envahi ma maison et une certaine puanteur s’en dégage ». Squatteuse des terres de l’État, Fleurette Perrine ne veut pas se laisser abattre. Avec les autres femmes du centre de refuge, elle essaie de garder le moral. Colette, dont l’enfant est asthmatique, essaie de positiver. « Je remercie les officiers du centre de nous avoir hébergés. Nous voulons faire entendre notre voix. Donnez-nous un logement décent pour qu’aucune famille n’ait besoin de se rendre dans des centres à chaque passage de cyclone ».
À hier, ils étaient 140 réfugiés au centre de Ste-Croix. Le matin, certains d’entre eux vont travailler pour revenir dans la soirée. Un officier du centre nous déclare que ce lieu a été mis à la disposition des gens dont les maisons ont été inondées. « Ces centres sont des facilitateurs, mais cela ne comprend pas la nourriture offerte. Nous mettons un espace et des toilettes à disposition, car ce sont des êtres humains qui ne peuvent être laissés à l’abandon. Mais nous ne donnons pas à manger, même si parfois des bénévoles apportent de la nourriture ».
Le centre de refuge ne se désemplit pas, d’autres familles ayant rejoint le petit groupe. Certaines langues se délient et l’on parle de vérifier si tous sont vraiment dans un état de vulnérabilité extrême. Les officiers de police doivent faire un suivi pour déterminer quelles sont les personnes dont les maisons ont été inondées et qui ont besoin de se réfugier dans ces centres. Or, selon les contrôles, ce n’est pas toujours le cas. Révolté, un réfugié lance : « Ki dimoun ti pou anvi vinn dormi dan shelter ? »
Agacement et détresse
Par moments, un certain agacement se fait ressentir parmi ces réfugiés. Leur colère, leur détresse et leur envie de rentrer chez eux est palpable. Le “voucher” quotidien alloué par le ministère de la Sécurité sociale pour les personnes vulnérables est évoqué. À noter que cette somme n’est normalement allouée qu’après enquête du ministère.
Fleurette Perrine souhaite que les services sanitaires viennent désinfecter les terres de l’État où habitent les squatters de Cité-La-Cure ou Karo-Kalyptis. Jessica Félicité évoque pour sa part un encadrement plus efficace. « Beaucoup de familles présentes dans les centres de refuge sont livrées à elles-mêmes et il faut vivre notre situation pour comprendre. Boukou dimounn ale-vini, me nou pa finn trouv okenn sanzman. Sak fwa siklonn, inondasion, pa kapav sove depi lakaz ». La présence d’un ou deux infirmiers dans ces centres, surtout quand il y a des enfants en bas âge et des femmes enceintes, est réclamée.
Beaucoup de familles ne sont pas contre le principe de payer un loyer mensuel abordable pour pouvoir être relogées. Dans les centres de refuge, les interrogations persistent quant à leur avenir. Face à la précarité, elles lancent un pressant appel aux autorités pour qu’une solution soit trouvée au plus vite. « Pas zis siklonn ki bizin retenir latansion pei. La population doit se mobiliser pour qu’il n’y ait aucun drame humain à cause des intempéries et que chaque famille ait droit à un logement décent ».