Encore une occasion pour faire connaître la culture chinoise. Après le China Town Festival, les Chinois célèbrent depuis hier le Dragon Boat Festival — cet événement de deux jours célébré principalement sur l’eau, marque, en Chine, l’entrée en été et constitue un jour férié. Chaque année, à Maurice, à l’occasion de cette fête traditionnelle, des courses de bateaux-dragons sont organisées au Caudan. Mais cette fête de bateaux-dragons n’aurait pas sa raison d’être sans la présence de la communauté sino-mauricienne chez nous. Quand et pourquoi sont-ils venus s’installer chez nous? L’histoire des immigrants chinois n’étant pas très connue des Mauriciens, nous vous proposons un retour en arrière, soit deux siècles auparavant pour découvrir l’arrivée des premiers Chinois à Maurice. Au Chinese Heritage Centre, ouvert en décembre dernier à Grand-Baie, six zones retracent l’histoire de l’immigration chinoise et décrivent la vie quotidienne des immigrants du XIXe siècle. De l’ambiance d’une boutique, en passant par les tâches de la ménagère et la reconstitution d’une pagode, cette exposition propose un voyage dans le temps qui permet de découvrir le chemin parcouru par les immigrants chinois.
Le Chinese Heritage Centre est un musée qui relate les temps forts de l’histoire de la diaspora chinoise. Ouvert en février 2008 à la Pagode Fock Diack à Port-Louis, il a été contraint de fermer ses portes en 2010 avant d’élire domicile au Grand Bay Store, en décembre 2013. Initié par l’architecte Henry Loo, l’espace abrite photos, documents et objets datant des années 1800. Le but de cette exposition permanente: transmettre la culture chinoise à la jeune génération. Car, comme le dit Thérèse Loo, «l’identité de la communauté sino-mauricienne se perd de génération en génération. Mettre en place une exposition permanente est d’une importance capitale pour les futures générations pour qu’elles n’oublient pas d’où elles viennent et se souviennent de leurs racines». Cette dernière et son époux Henry Loo sont les fondateurs du musée.
Le musée est organisé autour de six thèmes: “L’histoire et l’arrivée des Chinois à Maurice”, “La boutique”, “La cuisine”, “La culture”, “La pagode” et “La presse”. Ici, chaque aspect de la culture chinoise a droit à son espace avec son lot d’objets et de panneaux explicatifs. La visite commence par l’arrivée des Chinois à Maurice, vers la fin des années 1800. On apprend que l’entière population de l’immigration chinoise vient principalement du sud de la Chine, particulièrement des provinces de Fujian et de Guangdong. Il y a d’abord les Hakka et d’autres groupes de minorités ethniques, dont les Hainanese, les Hokkien, les Teochew, les Cantonese. La salle retrace cette histoire : d’où ils viennent, comment et quand ils sont arrivés et révèle les patronymes des familles. Parmi eux: Deng, Dong, Zou, Zhao, Xiong, Guan.
Sur tout le parcours, les panneaux permettent d’avoir des explications précises en français et en anglais. Ainsi, on y peut lire que «la majorité des Chinois établis sont arrivés comme immigrants libres. La dépression économique dans laquelle la Chine est tombée dans la seconde moitié du 19e siècle a forcé beaucoup de ressortissants à voir ailleurs pour leur survie, dès que l’immigration a été légalisée par le décret impérial. L’immigration des Chinois à Maurice a été facilitée après 1850. Les immigrants chinois ont obtenu facilement leur passage sur les navires emmenant des laboureurs indiens sous contrat de Calcutta à Maurice. En ce temps, un billet de première classe coûtait Rs 220 et une seconde place Rs 137. Les Anglais mirent fin à l’esclavage en 1835 et mirent en place comme substitution un système de contrat de la main-d’oeuvre».
La salle met aussi en scène les véhicules les plus utilisés de l’époque: le rickshaw. On y trouve d’autres objets comme des malles, des accessoires pour mouler le riz, de la monnaie ancienne, un service en porcelaine, la bicyclette du père d’Henry Loo. Mais aussi des documents et photos: des portraits d’immigrants chinois, un certificat de mariage, etc.
Riche en détails
Le parcours est aussi ponctué de reconstitution, particulièrement riche en détails. Comme cette boutique qui cristallise l’attention. En effet, l’exposition recrée dans une deuxième pièce l’ambiance d’un commerce de détail, avec son comptoir, ses épices, le boutiquier, les objets utilisés pour compter (le fameux abaque, ancêtre de la calculatrice) ou pour peser la marchandise (balance), les fameux cornets fabriqués par les boutiquiers eux-mêmes… Ici, on apprend que la présence des commerçants chinois à Maurice remonte au XIXe siècle, quoique ce ne fût qu’en 1837 que le Mauritius Almanac publiait les noms de 9 commerçants chinois dont 7 d’entre eux opéraient à la Rue Royale et les deux autres à la Rue Moka. Au fil du temps, ces immigrants se sont peu à peu installés dans la capitale, principalement dans la région aujourd’hui connue comme China Town.
Sous le gouvernement de Sir Robert Farquhar, l’immigration chinoise vers Maurice prit son essor notamment grâce à la contribution de Hayme Choisanne, le leader approuvé des Chinois de Maurice. Se rendant compte des inconvénients du métier de laboureur, Hayme orienta bien vite les activités de ses compatriotes vers le commerce de détail. La plupart des commerçants chinois étaient surtout basés à Port-Louis. La grande majorité était des immigrants qui avaient accumulé des marchandises au cours de leurs voyages. Ils faisaient escale à Maurice, vendaient leurs marchandises, puis utilisaient l’argent gagné pour émigrer ailleurs. Des marchands ambulants vendaient leurs produits. D’autres, qui avaient mieux réussi, se construisaient une boutique avec l’intention de s’établir. Les boutiques chinoises de commerce de détail étaient taillées sur mesure pour la population. Grâce au boutiquier, les habitants pouvaient s’approvisionner en viande au lieu d’aller au bazar, bien souvent fort éloigné de leur demeure. Ils étaient aussi les seuls à proposer un système de crédit.
Après avoir découvert la vie des boutiquiers et leur histoire, nous pénétrons dans une autre pièce qui présente un panorama de la vie quotidienne d’une famille chinoise de l’époque. Cette zone présente la cuisine typique, avec ses soupes, ses nouilles servies sur une petite table. Sur les étagères, les assiettes en émail, bols en porcelaine, lampe à pétrole et autres ustensiles de cuisine accrochées au mur. Ici, le visiteur pénètre dans le quotidien de la famille chinoise avec la présentation du rôle et des taches assignées aux femmes: lessive sur les “roches lavé” et les fameux “baqués”.
Le musée aborde aussi les croyances. On pénètre dans une autre pièce qui représente une pagode avec ses statuettes, ses offrandes, ses rituels. La zone suivante présente une chambre typique reconstituée dans le style de l’époque avec son lit, sa commode, son horloge antique, ses habits traditionnels, sa “brosse coco” et sa vase de nuit (pot de chambre). Cette pièce expose aussi la calligraphie chinoise, une collection de pièces anciennes et autres objets qui ont fait le voyage de différentes régions de la Chine. La visite se clôt avec une section dédiée à la presse avec ses plaques et caractères typographiques et sa pierre à encre sculptée.
Le Chinese Heritage Centre met aussi en vente des objets décoratifs comme des têtes de lion, paper cutting, paqua coins et cartes postales en noir et blanc. La visite est de Rs 150 pour les adultes et Rs 75 pour les enfants.