Il y a le ciel, la mer et le cimetière. C’est là tout le charme du cimetière marin de Cap-Malheureux, connu mondialement parmi les sites touristiques les plus visités de Maurice. Mais ce havre de paix, unique au monde, dominant le lagon avec une vue pittoresque du Coin-de-Mire, est sujet à une transformation. Comme révélé la semaine dernière dans Week-End, depuis deux semaines, un muret, à l’initiative du Conseil de district de Rivière-du-Rempart, est en construction en bordure de ce cimetière. Ce, au grand dam de nombreux citoyens qui pestent contre ce qu’ils considèrent comme étant « un développement inutile ». Ainsi, ils déplorent le manque de bon sens des autorités pour ce qui est de la préservation du cachet naturel des lieux les plus originaux de Maurice. D’où leur requête auprès du ministre du Tourisme et du National Heritage Trust Fund, afin de stopper le « massacre, et de sauvegarder ce cimetière », en attendant de l’élever au rang de patrimoine national.
La contestation devient plus vive à Cap-Malheureux. Les habitants de la région, rejoints dans leur revendication par des citoyens avertis résidant aux quatre coins de Maurice et des touristes amoureux de la nature, se désolent du chantier en cours devant le cimetière en pour la construction d’un muret. Une construction entreprise sur ordre du Conseil de district de Rivière-du-Rempart, qui, suivant l’obtention d’un fonds de Rs 72 millions du gouvernement cette année, a alloué, selon le Chariman, Goorooduth Chuckun, un budget de Rs 5 millions pour le « upgrading» des tous les cimetières de la région. Toutefois, à Cap-Malheureux, ces travaux sont considérés comme « inutiles » par les citoyens. Pour cause, disent-ils, au lieu de « upgrade» le cimetière, « cela dégrade la vue pittoresque que l’on pouvait en avoir de la rue ».
Une histoire de cabris
Outre son église au toit rouge, le village de Cap-Malheureux est aussi connu pour son cimetière marin. Un site — avec une vue exceptionnelle sur la mer et les falaises lointaines du Coin de Mire— qui est une véritable carte postale de cette région que l’on retrouve dans tous les livres et guides touristiques et sur le Net. L’enchantement est unanime à vanter la beauté naturelle de ce lieu magique où « les morts reposent dans un véritable havre de paix, bercés le bruissement de l’océan ».
Les habitants de la localité estiment que la quiétude de ce lieu est menacée et ne comprennent pas la démarche du Conseil de district qui constitue, selon eux, « un véritable sacrilège et un manque de respect à la mémoire des ancêtres qui y sont inhumés ».
Si aucun panneau indicateur signalant la nature des travaux n’est visible sur le site, le bruit court qu’ils ont été entamés afin d’empêcher des animaux de piétiner les tombes et de venir brouter dans le cimetière. Ce qui laisse sceptiques plus d’un et en fait sourire d’autres, car il est évident qu’il y a des solutions moins radicales.
La sécurité des lieux aussi, selon les autorités
Au District council, on explique que l’érection de ce muret d’un mètre de haut, qui devrait par la suite être surplombé d’un treillage métallique, vise aussi à la sécuriser les lieux. Ce que contestent les habitants de la région. « Non seulement les cabris ne dérangent pas, mais en érigeant un mur, c’est créer de l’insécurité pour ceux qui viennent visiter leurs morts à toute heure de la journée », disent-ils. Ils sont d’avis qu’en fermant le cimetière, cela équivaudrait à « ouvrir la porte à des malfrats qui, lorsqu’il y a peu de gens dans le cimetière, en profiteront pour les attaquer ».
Et d’insister qu’en outre, ce muret obstruerait la vue de la route sur le cimetière et ne ferait qu’enlaidir les lieux qui subissent par ailleurs les méfaits de la pollution. Pour ces citoyens indignés, « il y a mille et une façon d’upgrade le cimetière». Ils citent en exemple l’état délabré du kiosque à l’intérieur du site où aiment pique-niquer les visiteurs. « Le kiosque est pourri. Ç’aurait été une façon intelligente de dépenser de l’argent en restaurant ce kiosque», estiment-ils. Ils soulignent également que l’entretien du cimetière laisse à désirer. D’ailleurs, lundi dernier, un groupe de personnes s’est mobilisé pour effectuer le ramassage de bouteilles plastiques qui traînent un peu partout dans le cimetière. « Pourquoi le Conseil de district ne s’attelle-t-il pas à embellir le cimetière au lieu d’ériger un mur qui gâcherait la vue, et empêcherait les touristes qui passent par la route, de s’arrêter dans l’un des plus beaux lieux de Maurice? » se demandent-ils déplorant que ces travaux aient été entamés sans consultation avec les habitants de la région.
Le Chairman du District council rétorque, lui, que cette décision a été prise par le comité exécutif en présence du conseiller du village. «Nous pensions bien faire », dit Goorooduth Chuckun, qui ajoute que jusqu’ici il n’aurait reçu qu’une doléance verbale de la part d’un habitant de la région. Or, les contestataires affirment avoir fait parvenir plusieurs courriels au Conseil de district depuis qu’ils ont pris connaissance des travaux il y a deux semaines. Des courriels qui sont restés lettres mortes. Si bien que samedi dernier, un groupe de contestataires venus de différentes régions de l’île, est descendu au cimetière de Cap-Malheureux pour exprimer ses griefs auprès du conseiller du village et d’un autre représentant du District council.
Les travaux en mode “stop”
Une réunion qui aurait peut-être eu son effet, les travaux ayant été stoppés cette semaine, après l’article de Week-End. Toutefois, les contestataires craignent que leur revendication concernant ce mur ne soit pas pour autant considérée. D’autant que, selon Goorooduth Chuckun, « un contrat a déjà été alloué pour ces travaux qui ont déjà démarré ». Mais les habitants de la région ne perdent pas espoir. Durant la semaine écoulée, ils ont fait parvenir, avec copie au Conseil de district, une lettre au ministre du Tourisme, Xavier Duval, pour l’alerter du massacre d’un site tourisque et qui sera, si rien n’est fait, caché derrière un mur.
Se disant disposés eux-mêmes à détruire le muret en construction si nécessaire, les citoyens indignés proposent qu’à la place des parpaings, le District Council puisse y planter des haies de bougainvilliers nains, ou des flamboyants qui embelliraient le pittoresque cimetière marin de Cap-Malheureux. Ce qui conférerait au lieu une allure plus naturelle avec un ruban de belles fleurs, tout le long de la route. « Nous devons nous battre pour que la nature soit préservée dans notre île. On parle de Nu ti zil Moris, mais le bétonnage partout ne fait qu’enlaidir le paysage. Maurice, c’est la sensation de liberté, c’est cela qui doit être préservé, et non s’entourer de béton », disent les citoyens indignés.
Patrimoine national
Ils déplorent par là-même le fait qu’il « y a deux conceptions à Maurice : l’une qui veut conserver tout ce qui fait la beauté de notre île, l’autre qui veut développer et bétonner à tout prix. Or, il faudrait trouver un moyen pour que le charme de notre île soit préservé avec les développements. C’est pourquoi l’avis des citoyens est aussi important ». Les habitants espèrent que leurs démarches contribueront à ce que le cimetière marin de Cap-Malheureux retrouve son charme d’antan avec la démolition de ce muret qui n’a pas sa raison d’être.
D’aucuns estiment qu’il devrait être classé patrimoine national. Si le Chairman du Conseil de district de Rivière-du-Rempart nous a soutenu qu’il n’a reçu aucun courrier en ce sens, il laisse cependant comprendre qu’il est à l’écoute des suggestions des habitants de la région, mais n’a point donné d’indications sur ce qu’il compte faire dans les jours qui viennent. Maintenir le muret de la bêtise ou le détruire ? That is the question !