Quand en 1874 Othmar Zeidler, qui étudiait la chimie organique à l’université, synthétisa le DDT pour la première fois il ne se doutait peut-être pas de l’importance qu’aurait ce produit chimique dans la lutte contre les insectes nuisibles à travers le monde. En fait, ce ne fut qu’en 1939, pendant la Seconde Guerre mondiale, que Paul Muller « redécouvrit » le DDT alors qu’il faisait de la recherche pour trouver de nouveaux insecticides pour le compte de la firme Geigy en Suisse. Le DDT sauva des millions de vies en éliminant des poux qui répandaient le typhus parmi les soldats, des puces qui disséminaient la peste, sans oublier les moustiques vecteurs de maladies telles que la fièvre jaune et la malaria. Le succès que rencontra le DDT en tant qu’insecticide très efficace et rémanent incita bien des chercheurs à synthétiser d’autres molécules qui, espéraient-ils, seraient encore plus puissants que le DDT pour éliminer les insectes et autres arthropodes nuisibles. Aussi c’est à compter des années’50 que la recherche pour de tels produits prit un essor considérable dans plusieurs laboratoires. On menait également des recherches pour de nouveaux produits chimiques afin d’éliminer les « mauvaises herbes », les rats entre autres. On obtint ainsi des herbicides, des rodenticides, des fongicides et autres acaricides. Tous ces produits sont connus en général comme des pesticides. Toutefois, le problème est qu’un nombre croissant d’insectes nuisibles parvient à développer une certaine résistance aux insecticides ; il faut alors trouver des pesticides encore plus toxiques en vue de les éliminer. Avec la montée des groupes environnementaux, l’on a noté de fortes pressions pour ne pas utiliser ces produits chimiques vu qu’il s’agit de poisons qui polluent l’environnement et affectent les humains, aussi bien que des « non-target organisms », tels les abeilles, les papillons et les oiseaux. Ainsi tout doit être entrepris pour une utilisation judicieuse des pesticides. Dans bien des cas et au vu de l’assainissement du milieu, une évolution des mentalités est de mise, et ce sans oublier la volonté politique.
Les méthodes chimiques de lutte contre les arthropodes nuisibles font appel à de très nombreux produits synthétiques. Ces produits chimiques sont importés chez nous, et l’on en trouve toute une variété, dont des organophosphorés, des carbamates et autres pyréthrinoides. Apparemment Maurice est un des pays où des volumes importants de pesticides sont utilisés, surtout au plan agricole. Dans le contexte de « Maurice Ile-Durable », il est impératif de réduire notre dépendance sur les produits chimiques pour le contrôle des insectes et autres bestioles nuisibles, que ce soit dans le domaine sanitaire ou agricole. Il importe donc de trouver d’autres moyens, des méthodes écologiques ou biologiques, qui sont moins néfastes à l’environnement, en particulier lors du contrôle des populations des ravageurs. Nous devons faire ressortir que Maurice est peut-être le seul pays au monde où les insecticides ne sont pas utilisés dans les champs de cannes à sucre, les ravageurs étant maintenus sous contrôle à l’aide de moyens alternatifs tels que les variétés résistantes, la lutte biologique et les bonnes pratiques agricoles. Si nous avons réussi cela pour la canne à sucre, pourquoi n’en sera-t-il pas de même pour les autres cultures ?
C’est pour toutes ces raisons que le MHS (Mauritius Horticultural Society), avec le concours de RAFAL (Royals & Friends Action Line), organise un forum-débat sur le thème « Alternatives to Pesticides » au Collège Royal de Curepipe le samedi 19 mai 2012 de 9h30 à 11h30. Plusieurs scientifiques ont été invités à ce Forum dont Raifa Bundhun (APEXHOM), Anne Friesse (Agronome, Médine SE), Ambicadutt Bheecarry (Entomologiste, ministère de la Santé), Dr A.C.R. Gujjalu (Médecin légiste), Mukesh Rughoo (président, MHS) et Miko Tse, (Agronome, Omnicane). Les gens du secteur agricole, de l’environnement et de la santé, ainsi que le public en général, sont cordialement invités.