La série noire se poursuit pour la compagnie Costa Cruises, spécialiste dans l’organisation de croisières à travers les océans. Sept semaines après le naufrage dramatique du Costa Concordia en Méditerranée, le Costa Allegra, avec à son bord 636 passagers, dont une quinzaine de Mauriciens déclarés, a été la proie des flammes en début d’après-midi hier alors qu’il croisait dans les eaux des Seychelles. Depuis, c’est un véritable cauchemar que vivent les passagers car le paquebot étant privé d’électricité, ils se sont retrouvés sur le pont pendant toute la nuit d’hier et la journée d’aujourd’hui et n’ont eu pour nourriture que du pain et de l’eau en attendant que des fruits ne soient héliportés dans la matinée. Toutefois, aucune victime n’est à déplorer et les organisateurs de la croisière ont obtenu l’aval des autorités des Seychelles pour un débarquement d’urgence des passagers en détresse sur l’île la plus proche de l’archipel, celle de Desroches.
« À ce stade, il est extrêmement difficile de dire quand le Costa Allegra accostera l’île Desroches pour le débarquement des passagers. Il se pourrait que cette étape soit franchie en fin de journée. Mais nous n’avons aucune précision. Il faut savoir que même si les conditions en mer sont bonnes, le remorquage de cet immense paquebot à l’aide d’un thonier français venu à la rescousse se fait lentement. Mais une fois sur l’île Desroches, les passagers pourront obtenir des repas chauds et même prendre un bain », a déclaré au Mauricien ce matin un porte-parole des Coast Guards des Seychelles supervisant les opérations de sauvetage en mer depuis hier.
Aux dernières nouvelles, le débarquement sur l’île Desroches ne devra intervenir que demain matin. Entre-temps, un hélicoptère venant vde Mahé a apporté des cargaisons de fruits aussi bien que des téléphones cellulaires et autres équipements de communications. Ala mi-journée, des directives ont été données aux passagers pour descendre dans leurs cabines en vue de faire leurs valises pour regagner la terre ferme demain matin.
Le plan de travail établi de concert par Costa Cruises et les autorités des Seychelles comprend que le transfert de ce millier de personnes – dont des membres d’équipage – de l’île Desroches vers Mahé se fera par avion et par bateau. « Nous nous efforcerons de faire de notre mieux pour apporter du réconfort à des passagers en difficultés car Desroches ne dispose pas de la capacité pour accueillir autant de personnes simultanément. En plus, nous ne savons pas si l’évacuation débutera aujourd’hui », poursuit le responsable seychellois.
Les Coast Guards des Seychelles ont voulu être rassurants quant à la présence de pirates somaliens dans cette partie de l’archipel. « L’opération de remorquage du Costa Allegra se déroule au sud des eaux des Seychelles. Les pirates opèrent davantage au nord. N’empêche qu’à bord du paquebot se trouvent des gardes armés pour assurer la sécurité des passagers contre des attaques de pirates. Des dispositions spéciales ont également été prises pour assurer l’escorte du Costa Allegra jusqu’à Victoria pour des réparations », souligne cette même source.
Contacts multipliés
En parallèle au débarquement des passagers sur l’île Desroches, deux remorqueurs des autorités portuaires des Seychelles ont été investis de la mission de tirer le paquebot jusqu’au port. Une escorte anti-pirate est également prévue avec des avions de surveillance patrouillant la région de manière systématique.
D’ailleurs, dès hier avec le SOS lancé par le commandant du Costa Allegra, un avion militaire indien a survolé la zone en prenant des photos aériennes du paquebot avec tous ses passagers sur les ponts supérieurs pour le reste du trajet jusqu’à Desroches. Cette décision de faire évacuer les cabines par les passagers s’explique par la panne d’électricité générale privant le paquebot de climatisation et les cuisines d’énergie pour préparer les repas. Un générateur d’urgence, qui peut tomber en panne d’un moment à l’autre, alimente la salle de contrôle et les moyens de communications à bord.
Avec la confirmation qu’un incendie a ravagé la salle des machines du paquebot en début d’après-midi à 24 heures de l’escale des Seychelles, des proches des passagers mauriciens ont multiplié les contacts pour avoir des nouvelles de la situation à bord pour mettre fin à toute angoisse. Officiellement, la liste des passagers émise par Costa Cruises indique la présence de 15 Mauriciens à bord. Du côté de deux agences de voyages ayant vendu ces croisières, le chiffre est différent.
Atom Travel affirme avoir fait des réservations à bord du Costa Allegra au nom de 15 Mauriciens, d’une Anglo-Mauricienne et de six Franco-Mauriciens. Du côté de Skyflyers, l’on avance le chiffre d’une dizaine de passagers pour son compte. L’explication probable de cette divergence quant au nombre exact de Mauriciens est que probablement, certains d’entre eux ont été classés sous des nationalités françaises ou britannique.
« C’est vrai que les représentants de la compagnie de croisières ont pris contact avec nous pour nous rassurer que nos proches sont sains et saufs après l’incendie à bord du paquebot. Nous étions au courant de ces détails avant même, en surfant sur internet. Nous n’en savons pas plus. Ils ont également confirmé que les passagers seront transférés. Nous n’en savons pas plus à propos de ce qu’il adviendra après. La croisière s’arrêtera-t-elle aux Seychelles ? Ou les passagers pourront-ils poursuivre le voyage et comment ? » affirme une Mauricienne dont les parents sont à bord du paquebot.
« Je meurs d’impatience d’entendre mes parents. Les conditions dans lesquelles ils se trouvent depuis hier ne sont pas évidentes. Je n’ai pu avoir de contact téléphonique car il n’y a aucun signal possible en mer. Je croise mes doigts pour pouvoir leur parler au moins ce soir pour en avoir le coeur net », devait-elle poursuivre.
———————————————————————————————————————————
Costa Allegra : opération de remorquage en mer
Un Purse Seiner, un thonier français, est arrivé dans la nuit d’hier à ce matin dans la zone au large des Seychelles où dérive le paquebot Costa Allegra avec plus de 1 000 personnes à bord. Les deux capitaines sont en contact radio, a annoncé la compagnie Costa Croisières. Entre-temps, les opérations de remorquage ont démarré.
« Le navire est à la dérive, il n’y a pas de propulsion, mais aucun incident n’est signalé à bord », devait préciser plus tôt un dirigeant de la compagnie, le commandant Giorgio Moretti, lors d’une conférence téléphonique avec la presse. « Un incendie s’est déclaré dans la matinée. Les pompiers l’ont rapidement éteint, mais il a endommagé les générateurs », a-t-il expliqué.
Selon le commandant Moretti, directeur des opérations maritimes, le navire dispose avec ses batteries de secours de l’électricité nécessaire pour faire fonctionner juste les lumières à bord, mais n’a pas la climatisation, les cuisines sont fermées et les hélices immobiles. Parti samedi de Madagascar, le bateau de croisière de 188 mètres de long, avec à son bord 636 passagers de 25 nationalités différentes, essentiellement des Italiens, des Français et des Autrichiens, mais aussi 15 Mauriciens et 413 membres d’équipage, se dirigeait vers les Seychelles, et devait se rendre ensuite à Oman puis en Égypte. Auparavant, le paquebot a fait escale à Port-Louis.
« Répondant au SOS du Costa Allegra, plusieurs bateaux, des navires marchands et de pêche, étaient attendus dans la zone où dérive le paquebot mais leur rôle est simplement de rester sur place en attendant que les experts évaluent la situation et décident de la marche à suivre — remorquage du navire, réparation sur place », a précisé le commandant.
Une équipe de quatorze experts de la compagnie Costa Croisières, dont des managers et des techniciens, est partie lundi de Gênes pour se rendre sur zone. Le commandant a confirmé la présence à bord d’un groupe de neuf militaires italiens en mission anti-piraterie.
Le Costa Allegra, un ancien transporteur de conteneurs reconverti pour la croisière en 1992, jauge près de 29 000 tonnes. Il a huit ponts passagers, 399 cabines et peut accueillir au total 1 400 personnes, selon la compagnie. Ce nouvel accident d’un navire de la compagnie Costa Croisières, filiale du géant américain Carnival, survient au plus mauvais moment alors que les plaintes fleurissent de toutes parts pour le naufrage du Concordia.