Cinq semaines après le naufrage du MV Benita, cargo battant pavillon libérien de 45 000 tonnes, au large de Mahébourg, l’heure de vérité du renflouage est annoncée pour cet après-midi avec les prochaines marées. À hier après-midi, la confiance régnait au sein de l’équipe de Salvors de Five Oceans Salvage, dont le Naval Architect, quant aux chances d’arriver à désincarcérer le cargo des récifs, qui le retient jusqu’ici avec un trou de trois mètres de long, deux mètres de large et d’un mètre cinquante de profondeur dans la coque à la hauteur de la cale No 5. En fin de semaine, l’opération de pressurisations des cales et d’autres compartiments a été bouclée avec succès et depuis le compte à rebours pour le renflouage hydraulique a été enclenché en prévision des hautes marées du jour annoncées par la station Météo de Vacoas pour 14 h 29.
« Toutes les indications sont que le plan élaboré par le Naval Architect de Five Ocean Salvage avec le concours d’autres spécialistes en la matière devra donner les résultats escomptés avec le premier essai du renflouage. Et à partir de 15 heures ce samedi, nous devrons obtenir confirmation », a fait comprendre, hier après-midi, au Mauricien, une source proche de la cellule de crise, qui s’est réunie quotidiennement depuis le naufrage du 17 juin. En vue des opérations du jour, des équipes de soudeurs et d’ajusteurs, sollicités par les spécialistes grecs, ont procédé à la soudure des cales en compartiments, le tout totalisant une longueur de cinq kilomètres.
Un communiqué émis par Five Oceans Salvage confirme que « work to sanitize and seal the vessel is almost complete, with over five km of welding having taken place, such as the sealing and pressurising of the cargo tanks and void spaces ». Deux remorqueurs, le Coral Sea Fos et l’Ionian Sea Fos, sont sur la zone de détresse en permanence « on tow » avec le MV Benita pour assurer une stabilité au cargo en mer et pour intervenir en première ligne cet après-midi dans le cadre de l’opération de renflouage.
Toutefois, à l’approche de cette ultime étape, la préoccupation majeure s’avère être d’ordre environnemental. Avec la fin de l’étape de pressurisation du cargo, une première alerte à des oil patches a été déclarée dès jeudi dans la région du Bouchon, avec des membres de la communauté de pêcheurs déjà traumatisés par les risques de pollution marine. Depuis au moins un mois, toute activité de pêche ou autre sortie en mer est interdite par les autorités et cette dernière vague d’huile lourde avec une forte odeur désagréable s’échappant du cargo a fait craindre le pire.
Néanmoins, du côté du ministère de l’Environnement et également de Swire, société spécialisée dans la lutte contre la pollution marine, l’on se veut rassurant sur les dernières fuites du cargo en détresse. Dès jeudi, les centaines de mètres de booms déployés dans le lagon du Bouchon et les ancres pour les retenir ont été ajustés de manière systématique pour contrôler les polluants en mer. Des éléments de la National Coast Guard et de la NCG Pollution Response Team ont été déployés dans le cadre d’un exercice de damage control avec encore quelque 275 mètres de booms appartenant à Scott Shipping en stand-by au poste de commande de la NCG.
En parallèle, un survey général dans le lagon du Bouchon, à Îlot Brocus, a confirmé la présence d’huile lourde (HFO). D’importants dispositifs, dont six sorbent booms, ont été installés aux quatre entrées du barachois du Bouchon et douze autres à l’entrée principale du barachois pour empêcher les oil patches d’y pénétrer. Des équipes comprenant des éléments de la Swire, de la Special Mobile Force, du ministère des Pêcheries de même que des pêcheurs de la région, devaient s’engager dans une opération de nettoyage de l’Îlot Brocus, l’un des points les plus affectés par le naufrage du MV Benita.
En fin de semaine, le nettoyage s’est poursuivi avec en appui des rotations d’hélicoptère pendant toute la journée soit pour le déplacement du personnel impliqué dans les derniers préparatifs en vue du renflouage soit pour le contrôle des nappes d’huile lourde qui s’étaient échappées du cargo. Mais dans la journée d’hier, la situation était sous contrôle à ce chapitre.
De son côté, Five Oceans Salvage rappelle qu’à ce jour, quelque 200 mètres cubes d’huile lourde ont été pompés du réservoir du MV Benita pour être recyclées dans une raffinerie spécialisée à Montagne-Blanche. « Skimming of any oily water residue continues as a precaution. The protection of the environment remains of critical concern to the salvors who continue to work in close cooperation with the local authorities », réaffirme un communiqué émis par cette même société, qui se voit confier la responsabilité de l’opération depuis le naufrage du 17 juin.
Pour le renflouage aujourd’hui, les autorités ont déjà pris des précautions pour intervenir en cas de nouvelles fuites d’huile avec la remise à flots du MV Benita par des moyens hydrauliques. La priorité est de réduire au minimum les risques que de l’huile lourde en provenance du cargo ne pénètre fans le lagon. Dans la journée d’hier, les spécialistes du ministère de l’Environnement ont engagé des consultations avec les stakeholders pour des contingency plans pour le renflouage aujourd’hui, dont la première étape visera à décaler le cargo des récifs avec un minimum de dégâts pour le ramener en pleine mer avec l’aide des deux remorqueurs de Five Oceans Salvage. « C’est presque garanti que le plan validé au niveau de la cellule de crise sera une réussite dès la première tentative et nous n’aurons pas besoin d’avoir recours au plan ultime de dynamitage du récif comme évoqué initialement », fait-on comprendre en évitant d’aborder la question de plan B en cas d’échec cet après-midi.
Vu que le MV Benita a été condamné à la casse et que son état est beyond repair, le cargo devra prendre la haute mer jusqu’à un point où il devra rejoindre le fond de l’océan. Presque à ce même moment sonnera l’heure des comptes de ce naufrage suite à des dégâts prémédités aux trois générateurs du cargo, éliminant tout moyen de propulsion. La facture s’annonce salée car au coût de quelque Rs 5,5 millions par jour pour les frais d’immobilisation, elle pourrait avoisiner les Rs 200 millions pour les assurances sans compter toute éventuelle compensation en dédommagement aux dégâts à l’environnement car les autorités mauriciennes sont de plus en plus convaincues que ce naufrage est la conséquence d’un acte criminel avec pour auteur un des membres d’équipage sous la responsabilité de l’armateur…