Six semaines après le naufrage du MV Benita, cargo de quelque 45 000 tonnes battant pavillon libérien, survenu au large de Mahébourg, des manoeuvres décisives de renflouage devraient être enclenchées dès samedi. C’est ce qui ressort des dernières délibérations au niveau de la cellule de crise mise en place sous la supervision du Director of Shipping, et ce en étroite collaboration avec le commandement de la National Coast Guard (NCG) et de la direction de l’Environnement. En cas de réussite de cette première tentative de désincarcérer le cargo en détresse sur les récifs au large de Mahébourg, la décision a été prise de mettre le cap sur un cimetière des navires vu que les assureurs du London P & I Club ont conclu à une “constructive total loss and beyond repair”. En parallèle, l’escouade du Central CID, menée par l’assistant surintendant de police Sébastien Joseph, a franchi en début de semaine une étape majeure dans l’enquête avec la reconstitution des faits à bord en présence des trois principaux protagonistes, soit le marin suspect Omar Taton Palmes, le capitaine du cargo, Cadir Eduardo Ferraeras, et la victime de l’agression survenue dans la soirée du 16 juin, l’ingénieur en chef Alvin Marderse. Les autorités procèdent à un monitoring régulier des opérations en vue de confirmer des réclamations, qui pourraient atteindre Rs 20 millions, sans compter des réclamations pour des dégâts occasionnés à l’environnement marin.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès des sources concordantes indiquent que, dès les premières tentatives de renflouage, qui avaient été prévues hier, mais annulées en raison du mauvais temps du début de semaine, devraient se dérouler samedi prochain. Comme convenu, c’est l’option hydraulique qui sera mise à exécution pour décaler le cargo des récifs dans les parages de Le Bouchon et Mahébourg.
D’ici la fin de la semaine, les Salvors de Five Oceans Salvage Ltd et des spécialistes de la société américaine Demex International devront mettre au point les dernières étapes de l’opération de pressurisation des cales et des compartiments du MV Benita en vue de le remettre à flot samedi, le tout en occasionnant le minimum de dégâts possibles à la faune et à la flore marines. Le principal obstacle de cette opération demeure la roche basaltique, faisant partie des récifs et ayant perforé la coque du cargo au niveau de la cale No 5.
Les spécialistes du renflouage, qui se disent certains de pouvoir mener cette opération à bon port, ont déjà prévu un scénario en cas de réussite. En effet, le MV Benita est destiné à la casse, soit à un cimetière de navires au fond de l’océan. Les informations disponibles sont que les assureurs du cargo, soit le London P & I Club, après différents “surveys” au cours de ces dernières semaines, ont déjà conclu à une “constructive total loss” et qu’il n’est pas question d’envisager des réparations après la remise à flot. En revanche, ils ont déjà travaillé sur une autre option en cas d’échec des essais de renflouage de samedi. Mais aucune des sources approchées n’a voulu donner la moindre indication à ce sujet, même si le dynamitage des récifs a été repoussé « as a last resort ».
Toutefois, avant le renflouage, l’escouade de l’ASP Joseph, responsable de l’enquête sur le naufrage dans la nuit du 16 au 17 juin dernier, alors que le MV Benita croisait à 17 milles nautiques au large de Mahébourg, a tenu à se rendre à bord pour les besoins de l’étape des reconstitutions des faits. En fait, les enquêteurs du CCID ont procédé en début de semaine à deux exercices. Les trois principaux protagonistes, soit le matin agresseur, le capitaine et la victime de l’agression, sont retournés à bord pour montrer aux enquêteurs et experts de la police les différentes phases de la quasi-mutinerie survenue avant le naufrage.
La thèse du sabotage délibéré du bateau devient de plus en plus plausible sur la base des éléments versés dans le dossier à charge. D’ailleurs, le suspect, Taton Omar Palmes, âgé de 38 ans et de nationalité philippine, fait face à partir d’aujourd’hui de la très grave inculpation de “endangering safety navigation” sous les dispositions de la Piracy Act. Cette accusation, passible d’une peine d’emprisonnement de 60 ans, a été logée devant le tribunal de Grand-Port aujourd’hui, le suspect ayant été reconduit en cellule en attendant son procès.
Lors de la reconstitution des faits, le capitaine du MV Benita a indiqué aux enquêteurs que le suspect avait pris pour cible, dans la soirée du 16 juin dernier, trois générateurs stratégiques, lesquels ont été endommagés. « Avec ces trois générateurs sabotés, les moyens de propulsion du cargo avaient été éliminés totalement, laissant le bâtiment abandonné au gré des vagues, avec des risques pour la sécurité des membres de l’équipage. De ce fait, le capitaine n’avait plus aucun contrôle sur les mouvements du cargo », soulignent des spécialistes en la matière.
Cette version des faits remet en question la thèse initiale des assureurs contestant la mutinerie à bord du MV Benita. « The grounding followed an incident on board involving a crew member who suffered a serious medical episode which led to him attacking one colleague before causing extensive damage to the engine room systems that led to a loss of power to the vessel. During the intervening time that it took to restore power, the vessel went aground. The injured crew member is receiving medical attention ashore for this seizure. There was no suggestion of a wider conflict on board and all the remaining crew members are safe and accounted for », avaient soutenu les assureurs de London P & I Club initialement.
D’autres preuves au sujet de graves incidents à bord devraient être mises à la disposition des autorités au cours de la semaine prochaine. Le décryptage du Voyage Data Recorder du cargo est sur le point d’être bouclé par des spécialistes en Afrique du Sud. La transcription des échanges de la boîte noire devra être communiquée officiellement à la cellule de crise et à la police dès la semaine prochaine.
En parallèle, le gouvernement, qui a déjà eu une première facture de réclamations de Rs 13 millions aux armateurs du cargo, se préparent à un “update” vu la suite des opérations en mer. Les réclamations pourraient atteindre Rs 20 millions, sans compter les éventuels dégâts à l’environnement marin. Pour ce dernier aspect, les autorités devront recours à des expertises pour les évaluations et les réclamations…