Une semaine après le naufrage du MV Benita sur les récifs de Mahébourg, la polémique prend de l’ampleur, et ce non seulement sur le plan local au sujet de la promptitude de l’intervention de la National Coast Guard. Le dernier élément qui a surgi concerne la prise de position des assureurs du cargo en détresse, récusant la thèse de la quasi-mutinerie à bords dans la soirée de jeudi dernier. Ainsi, la London P & I Club, l’assureur du navire, préfère évoquer « a serious medical epsiode » à bord qu’une mutinerie. De son côté, le capitaine du MV Benita, qui confirme avoir perdu tout contrôle du navire à quelque 12 milles nautique au large de Mahébourg après de graves incidents à bord, devra être interrogé, aujourd’hui, par les limiers du CID de la Southern Division au poste de Plaine-Magnien. Entre-temps, sur les lieux du sinistre en mer, les rotations de l’hélicoptère entre le pont du cargo et à terre pour le transfert des fûts de fioul ont atteint leur vitesse de croisière en vue de lutter contre tout risque potentiel d’Oil Spill.
Dans une première réaction officielle, les assureurs du MV Benita, London Club P & I Club, rejettent des plus catégoriquement la thèse initiale de la mutinerie comme étant à l’origine du naufrage. Pourtant, dès le début de cette affaire, il avait été question de graves incidents à bord avec le chef ingénieur grièvement blessé à la tête et au bras et nécessitant d’être évacué d’urgence par hélicoptère en raison de la gravité de ses blessures. Le chef ingénieur a été admis à la Clinique du Nord après des premiers soins à l’hôpital de Rose-Belle.
De son côté, le capitaine du MV Benita, qui est accompagné du Me Kushal Lobine et de deux conseils légaux britanniques, dépêchés par les armateurs du cargo, est attendu aujourd’hui au poste de police de Plaine-Magnien pour son interrogatoire Under Warning. Il devra révéler les circonstances dans lesquelles il a perdu le contrôle de son bateau dans la nuit de jeudi à vendredi la semaine dernière et comment les moteurs ont été coupés avec le cargo dérivant dangereusement pendant plus de six heures. Il devra également expliquer comment le cargo a perdu ses deux ancres en pleine mer. Le capitaine sera confronté à la version du suspect Omar Taton Palmes, 38 ans, au sujet de l’origine de la bagarre et de la prise de contrôle du cargo.
Ce marin philippin avait soutenu lors de son arrestation, vendredi, qu’il avait agi en légitime défense car le capitaine et le chef ingénieur auraient ourdi un complot pour le jeter à la mer. Le fait demeure qu’il y a eu de violentes bagarres à bord du bateau avec le chef ingénieur sauvagement agressé. Subséquemment, le dénommé Omar Taton Palmes s’était enfermé dans une cabine alors que personne ne pouvait avoir accès à la salle des machines pour reprendre le contrôle du bateau, qui s’approchait des côtes.
D’autre part, les assureurs du MV Benita proposent une tout autre explication des événements dans la nuit de jeudi à vendredi. La publication spécialisée de la marine gCaptain avance que « the insurer of a Liberian-flagged bulk carrier which ran around last week in Mauritius following an apparent brawl on board says that the incident was the result of a serious medical episode suffered by one of the vessel’s crew members, and not the result of a wider conflict ».
Dans une déclaration émise à Londres, London P & I Club note que « the grounding followed an incident on board involving a crew member who suffered a serious medical episode which led to him attacking one colleague before causing extensive damage to the engine room systems that led to a loss of power to the vessel, the statement said. During the intervening time that it took to restore power, the vessel went aground. The injured crew member is receiving medical attention ashore for this seizure. There was no suggestion of a wider conflict on board and all the remaining crew members are safe and accounted for ».
Des spécialistes soutiennent que cette déclaration des assureurs s’inscrit dans le cadre d’une opération de Damage Control car la facture de réclamations en dommages et intérêts de la part de Maurice pourrait être encore plus conséquente dans le scénario avec la responsabilité du capitaine et de l’équipage du MV Benita directement engagée dans le naufrage.
À ce stade, les autorités mauriciennes se concentrent sur les mesures en vue de limiter les risques de pollution au sud-est du pays et de remettre à flots le cargo. Dans un deuxième temps, il sera question de la possibilité de réclamations en dommages et intérêts de la part de l’État contre les armateurs. Dans cette perspective, la promptitude de l’intervention de la National Coast Guard dès la première alarme devra être évaluée. Dans certains milieux, le Time lag dans la réaction de la NCG est mis en avant avec le capitaine s’appesantissant sur cet élément pour tenter de se tirer d’affaire.
Au sujet des opérations sur le MV Benita sous le contrôle du Senior Salvage Master Nikolaos Pappas, les rotations d’hélicoptère pour évacuer les Cubic fuel tanks se poursuivent. Les dernières indications fournies par Five Oceans Salvage sont que « a number of cargo tanks have been damaged and are flooded, however as of Wednesday the MV Benita appears to be stable and remains firmly aground. Meanwhile, the remaining oil on board is in the process of being pumped from the fuel tanks to specialized containers on the vessel that will then be removed by helicopter. A dedicated tug, the 10,560 bhp Ionian Sea FOS, is in place to provide the MV Benita with stability and control as the operations are ongoing ».