Les opérations de renflouage du MV Benita, cargo libérien de quelque 45000 tonnes et construit en 1998, drossé sur les récifs au large de Mahébourg le 17 juin dernier, ont été réglées comme du papier à musique. A 11 h 30, c’était la fin des préparatifs avec de l’air comprimé injecté dans les cales et compartiment du cargo jusqu’au maximum allowable. Les 12 Salvors grecs de Five Oceans Salvage Ltd, désignés pour assurer les opérations sur le cargo en détresse, avaient pris place sur le pont avec les deux remorqueurs, soit le Coral Sea Fos et l’Ionian Sea Fos, en position pour assurer la stabilité du navire, toujours retenu par cette roche basaltique ayant perforé la coque à la haute de la cale No 5 depuis 37 jours déjà. A partir de là, le travail de Refloating devait être parachevé par haute marée annoncée vers 15h ce samedi. Tout était en place pour ce premier essai et le Naval Architect et ses proches collaborateurs, qui ont élaboré ce plan dans les moindres détails, ne pouvaient maintenant que croiser les doigts.
Puis à 13h03, soit bien avant l’heure prévue, avec la marée haute et quelques vagues, le tour était joué au grand émerveillement de ceux qui avaient craint le pire à un certain. « Le plan échafaudé a marché comme sur des roulettes. Avec ces premières vagues, nous avons fait swinguer le cargo de 15 degrés et hop ! Le MV Benita est sorti des récifs. D’abord, ça a décollé d’un mètre. Puis de deux mètres. Les deux remorqueurs sont entrés en action pour tirer le bâtiment de la marine marchande de l’arrière et le naufrage de ce cargo sur des récifs n’allait être qu’un mauvais souvenir à effacer », a confié à Week-End un des responsables qui ont été à pied d’oeuvre quasiment sans interruption depuis ce vendredi 17 juin jusqu’à la mi-journée d’hier.
Le plan de renflouage a été mis à exécution avec une telle facilité qu’un troisième remorqueur, le Nelson de la compagnie Comarco, qui avait été dépêché sur la zone de détresse pour prêter main-forte aux deux autres, n’a pas eu à intervenir. A partir de là, la mission du Coral Sea Fos et de l’Inonian Sea Fos a été de tirer le MV Benita pour l’emmener hors des limites des 12 milles nautiques des eaux territoriales mauriciennes. A ce convoi est venu se joindre un bateau de pêche, Le Baron, pour accueillir les Salvors placés à bord du cargo remorqué en cas d’urgence ou de panique. Ces mesures font partie du plan d’évacuation validé au niveau de la cellule de crise.
Dans un premier temps, douze Salvors les plus expérimentés et équipés de gilets de sauvetage étaient maintenus à bord pour assurer la coordination avec les membres d’équipage des deux remorqueurs. A la fin de la journée d’hier, un Skeloton Crew de cinq spécialistes de Five Oceans Salvage a été maintenu à bord ayant pour mission de procéder à une évaluation du comportement du MV Benita en mer avec dans sa coque un trou faisant trois mètres de long, deux mètres de large et un mètre cinquante de profondeur, à hauteur de la cale No 5. Seul un Emergency Generator a été enclenché en vue de fournir de l’énergie électrique sur le bateau et de faire fonctionner les pompes. Pour cause, la salle des machines reste encore inondée avec les moteurs hors d’usage. Le cargo sera toujours remorqué par les deux unités de Five Oceans Salvage jusqu’à ce qu’une décision soit prise sur son sort.
Dans les milieux proches de la cellule de crise, présidée par le Director of Shipping, toute décision reviendra aux armateurs du cargo. « Une fois hors des limites des eaux territoriales, le MV Benita tombe sous la responsabilité de la compagnie propriétaire. Cette dernière doit décider ce qu’elle veut en faire, soit le remorquer jusqu’à un chantier naval ou dans un port soit le saborder en plein océan à quelque 5000 mètres de profondeur », fait-on comprendre en partant du principe que le Constructive Total Loss and Cargo Beyond a été déclaré par la compagnie d’assurance.